C'est un coup de gueule que poussent les syndicats et représentants de la profession agricole en Isère. « L'emploi et l'économie agricole sont une vraie force pour le département », martèle Pascal Denolly, président de la FDSEA. C'est d'ailleurs un langage que ne renierait pas un chef d'industrie qui est utilisé : il est question d'investissements, de fonds de roulement, de marchés potentiels, de création de valeur ajoutée, d'emplois, de calculs de productivité, de rentabilité, de marges, de parts de marché, de crise et de perspectives... Le président rappelle que l'agriculture en Isère représente 6.340 chefs d'exploitation, 6.700 emplois salariés directs et sept emplois induits par exploitation, soit l'équivalent d'une « grosse entreprise qui génère une production brute de plus de 330 M€ chaque année. Or, ce poids économique n'est pas pris en compte à sa juste valeur par les élus locaux ». La principale demande du monde agricole est d'être consulté sur l'utilisation du foncier. Jean-Claude Darlet, président de la Chambre d'agriculture, souligne que « Rhône-Alpes, deuxième région économique de France, accueille des résidents, des industries, des services et des infrastructures de types routes ou voies ferrées. En conséquence, la consommation foncière est sous haute pression. On a ainsi puisé dans la vallée entre Grenoble et Chambéry, le grenier isérois. Or l'agriculture sans foncier, c'est impossible ! Nous demandons donc que soient pérennisées dans le temps des zones à compétences agricoles et que les communes utilisent le strict nécessaire pour le développement économique et résidentiel, et sur des zones à moindre potentiel agricole. »
Le Nord-Isère pointé du doigt
Il dénonce notamment « d'importants projets fonciers sur le Nord-Isère, dans le secteur de la Capi et de l'aéroport Saint-Exupéry où 1.300 ha seraient pris à l'agriculture. Nous nous y opposons ! Réutilisons les 50 ha de friches existants sur la zone logistique de Chesnes plutôt que de puiser sur les terrains agricoles. » Il suggère aux élus une autre approche pour éviter « la course à la surface », comme la création de parkings en hauteur pour l'aéroport. Toute la Bourbre est également pointée comme étant « un point névralgique avec une demande forte de foncier industriel et résidentiel », alors que s'y trouvent de bonnes zones humides propices à l'agriculture. « Les agriculteurs ont le sentiment d'être méprisés dans les discours politiques » et demandent à « être associés aux décisions concernant les documents d'urbanisme, PLU et SCOT. » « La valeur du foncier n'est pas seulement la valeur faciale du mètre carré, souligne Pascal Denolly, c'est aussi sa valeur alimentaire à long terme. Nous ne voulons plus que les terrains agricoles soient une pioche pour l'urbanisme et l'écologie. Nous n'opposons pas agriculture, écologie, aménagement du territoire et économie, mais nous voulons les faire avancer tous ensemble. Nous devons coconstruire et être responsables conjointement. »
Aménagement du territoire. Les syndicats et représentants du monde agricole isérois interpellent les élus pour être enfin pris en compte dans les décisions.