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Agnès Jullian, la dirigeante de la PME industrielle Technilum, fait dialoguer l'art et l'urbanisme
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Agnès Jullian, la dirigeante de la PME industrielle Technilum, fait dialoguer l'art et l'urbanisme

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Agnès Jullian, la dirigeante de la PME biterroise Technilum, spécialiste du mobilier urbain d’éclairage, fait évoluer son site de production en lieu d’échange entre artistes et urbanistes. Une démarche de mécène fortement engagée, qui interroge la fabrique de la ville.

Agnès Jullian en maîtresse de cérémonie lors de l'édition 2024 de "Heureuses Coïncidences" — Photo : Hugo Da Costa

Dès son arrivée sur le domaine de Lézigno, aux portes de Béziers (Hérault), le visiteur évolue au sein d’un parcours d’œuvres d’art jalonnant 6 hectares de prairie. Cheminant entre des cadres monumentaux qui soulignent la beauté du paysage, imaginés par Nathalie Elemento, et des sculptures en forme de belvédères praticables, conçues par Olivier Vadrot, il finit par rejoindre le siège social de Technilum (64 salariés, CA 2024 : 10,5 M€), fabricant de mobilier urbain d’éclairage. L’entreprise a réhabilité cet ancien domaine viticole du XIXe siècle, en 1999, pour en faire un site de production de 7 500 m2, dont l’essentiel est enterré. Sa dirigeante Agnès Jullian y a aussi créé, en 2006, l’Association Lézigno qui accueille des artistes régionaux ou extérieurs à l’Occitanie, et valorise leur travail dans les domaines de l’architecture, de l’art, du design et du paysage.

Une démarche d’interrogations

Cette structure organise un cycle annuel de conférences et de rencontres appelé "Heureuses coïncidences", dont la 16e édition se tiendra le 13 juin. Reflétant le goût d’Agnès Jullian – par ailleurs collectionneuse – pour la création artistique, l’événement est aussi le support de ses interrogations sur le devenir de la ville contemporaine. "À l’âge de 22 ans, j’ai été très marquée par un voyage en Australie, où j’ai découvert des paysages dépourvus du moindre panneau publicitaire. Cela change la perception de l’espace. Je retrouve ceci aujourd’hui en Espagne qui a fait de gros efforts dans la façon de réarranger l’espace public", apprécie l’entrepreneure, qui précise : "L’architecture et le design sont des moteurs forts du vivre-ensemble, de l’attractivité économique et touristique. Tout est lié à l’aménagement du monde qui nous entoure".

Des partenariats multiples

Dès l’origine, Technilum s’est inscrite dans une forte logique créative, déclinant ses gammes en produits griffés "prêt-à-porter" ou "haute couture". Mais au fil du temps, Agnès Jullian a amplifié l’orientation du site lui-même vers le monde artistique : après avoir accueilli des expositions dans l’ancien chai réhabilité, elle y a aménagé un centre d’art de 300 m² à part entière, qui accueille toutes formes d’arts et de médias, y compris des projections vidéo. De même, l’entrepreneure met l’outil de production au service des artistes accueillis et soutenus par "Heureuses Coïncidences" : certaines pièces, comme les cadres géants de Nathalie Elemento, ont été réalisées par Technilum, réputée entre autres pour son travail de l’aluminium. "Le lieu s’y prête. Il a porté notre croissance mais il parle lui-même d’innovation, de création. Je tiens à une vision idéale de l’industrie, dont le savoir-faire s’élève vers d’autres sujets que le simple business", indique Agnès Jullian. Certaines de ces pièces voyagent ensuite au gré des expositions en France, comme "Concentration de services" de l’artiste Julien Berthier, vue sur l’événement nocturne "Nuit Blanche" à Paris ou au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne.

Prime à la parole libérée

Agnès Jullian a pensé "Heureuses Coïncidences" comme un événement destiné à un public professionnel, qui attire des prescripteurs, architectes, urbanistes et concepteurs lumière, en plus des passionnés d’art. "Loin du microcosme parisien, les intervenants apprécient de se retrouver dans un contexte de parole libérée. Au-delà de ce que nous exposons, c’est aussi une satisfaction de voir les gens se rencontrer, échanger, et parfois constituer une équipe pour répondre à de futurs projets", sourit la dirigeante. Même si l’opération a son prix, avec un budget annuel d’environ 100 000 euros. L’Association Lézigno compte à ce jour une cinquantaine d’adhérents, en plus de Technilum qui en est le premier mécène depuis l’origine. "C’est très prenant. La manifestation a un coût, mais elle positionne une façon d’être et de penser. Et elle reste de très, très bon niveau. C’est gratifiant de la prolonger, sans jamais fléchir sur le niveau des intervenants. J’ai besoin de ressentir cette satisfaction, besoin de faire autre chose que d’avoir la tête dans le guidon en tant que cheffe d’entreprise".

Une édition 2025 transdisciplinaire

Sur le volet artistique, Agnès Jullian est accompagnée par le Musée régional d’art contemporain de Sérignan (Hérault), en profitant de programmations d’artistes concomitantes, ou encore par Hélène Audiffren, nouvelle directrice du Musée Carré d’Art de Nîmes (Gard). Pour l’édition 2025, la dirigeante a souhaité approfondir encore plus la vocation transdisciplinaire de l’événement : sur le thème "A deux, c’est mieux", la partie colloque verra se succéder des tandems d’experts complémentaires, de type architecte/designer ou entrepreneur/maître d’œuvre. "Il sera construit sous la forme d’éloges multiples : éloges de la main, de la technique, de l’innovation, du collectif, de la simplicité… Du bonheur par les temps qui courent !"

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