Le "Made in France" s'est régulièrement invité au cours de la campagne présidentielle. Si on peut parier que ce débat, à l'échelle nationale, sera vite oublié, on peut penser qu'il restera encore d'actualité en Bretagne tant la notion identitaire est prégnante. Il suffit d'ailleurs de se pencher sur la dernière campagne formulée par Produit en Bretagne pour s'en convaincre. L'association bretonne d'industriels achève une phase de communication avec sa campagne de webmarketing "Vous aussi devenez président de la relocalisation". Un jeu-concours pour inciter les Bretons à acheter des produits bretons et au bout défendre l'emploi local. Un coup de com' qui, sur la forme, n'a pas semblé pas au goût de tous.
«Ils sont libres de leur communication»
Un sentiment qui exaspère Loïc Hénaff, P-dg du groupe Hénaff, entreprise membre de Produit en Bretagne. «Ceux qui pensent cela sont très loin du monde de l'entreprise, des réalités du commerce.Notre démarche a depuis toujours communiqué par des voies humoristiques. Ce n'est pas moralisateur.» Un point de vue partagé par Loïg Chesnais-Girard, monsieur économie de la Région Bretagne. «Ce qui nous intéresse c'est de suivre une structure atypique qui fait des jaloux dans d'autres régions. Et ils sont libres de leur communication à partir du moment où on n'insulte pas la Bretagne et les valeurs républicaines.» Sur le fond, cette notion de relocalisation des achats pose par ailleurs la question du protectionnisme, peu compatible avec une stratégie exportatrice. «Si on a créé Bretagne Excellence, ce n'est pas pour rien. D'un côté, on ne peut pas se targuer auprès des Bretons qu'on exporte et, de l'autre, leur dire "Ne consommez que breton". Ce serait ridicule». L'autre problème du "Achetez en France" comme du "Achetez en Bretagne" relevé par Juliette Hubert, en charge des études territoriales au sein du cabinet Asterès. «Vis-à-vis du droit communautaire, avec la jurisprudence Buy Irish.» Derrière ces mots, l'histoire d'une campagne initiée et financée à la fin des années 70 par l'État irlandais qui incitait les habitants à acheter des produits du pays. Considérant que cette campagne était contraire au droit communautaire, la Cour de justice des Communautés européennes l'avait sanctionnée. «C'est une jurisprudence liée à l'article34 du traité de l'Union européenne sur la libre circulation des services, des capitaux et des marchandises, décrypte Maître Pierre-Xavier Boubée, avocat au Barreau de Paris, spécialiste en droit européen.Si cet article ne peut être invoqué entre deux entreprises, il peut l'être par exemple dans le cas où une entreprise allemande souhaite contester la réglementation française.» Sur ce point, la campagne de Produit en Bretagne n'a toutefois pas grand-chose à craindre.
Le «Made in France» a marqué la présidentielle. Une thématique identitaire qui donne un peu plus de poids à la dernière campagne de Produit en Bretagne.