Fin juillet, Abivax a levé 747,5 millions de dollars aux États-Unis (soit environ 637,5 millions d’euros), pour son offre au public sur le Nasdaq. La biotech française avait publié la semaine précédente des résultats positifs pour la phase 3 de test de son candidat-médicament, Obefazimod, dédié au traitement de la rectocolite hémorragique. Grâce à ces financements, l’entreprise basée à Paris (siège), Montpellier et Boston envisage de conduire les essais de maintenance, à savoir suivre ses patients pendant 44 semaines. "Nous projetons de déposer les dossiers d’enregistrement aux États-Unis au deuxième semestre 2026, en Europe fin 2026 et pour les autres pays en 2027, pour aboutir à la commercialisation à partir du 3e trimestre 2027 aux États-Unis et fin 2027 ou début 2028 en Europe", expose Marc de Garidel, le PDG. Elle devrait alors employer 300 collaborateurs, contre 70 aujourd’hui.
À l’origine, un produit contre le Sida
Cette success-story était pourtant loin d’être écrite. La société d’origine, nommée Splicos, avait été créée en 2009, à la suite de travaux menés par des équipes de l’Institut Curie à Paris, du CNRS de Montpellier et de l’université de Montpellier. Elle testait l’Obefazimod pour lutter contre le virus du Sida. La réponse n’a pas été à la hauteur des espoirs. Premier échec. Mais, surprise, les essais ont révélé un effet positif inattendu de la molécule sur le fonctionnement intestinal des patients. Une qualité que les chercheurs ont alors décidé de creuser.
La revente de l’entreprise échoue
En 2015, les premières expérimentations sur des souris donnent des résultats prometteurs. Abivax voit le jour et est introduite en Bourse sur Euronext, réalisant une première levée de fonds de 58 millions d’euros. Les essais cliniques sur les humains débutent, suivant le protocole (phase 1, phase 2A, phase 2B) et confirment l’efficacité de la molécule. Les dirigeants tentent alors de vendre la société à une firme pharmaceutique. Mais le projet échoue.
Plan de sauvetage et arrivée aux États-Unis
Le temps a passé et en 2022, "la situation était devenue précaire, la société n’avait plus de cash", raconte le dirigeant, qui n’était pas encore en poste à l’époque. Sofinnova Partners, l’un des actionnaires, facilite alors l’arrivée de trois fonds américains pour organiser le sauvetage d’Abivax. Nouveaux et anciens injectent 50 millions d’euros pour pérenniser l’entreprise et préparer une levée plus importante. Celle-ci est réalisée en février 2023, elle se monte à 130 millions d’euros. Les actionnaires continuent de recruter de nouveaux fonds américains, qui les rejoignent au capital. Marc de Garidel, qui venait de vendre avec succès sa biotech CinCor Pharma, devient PDG d’Abivax en mai 2023. Il mène l’introduction au Nasdaq (IPO), levant 230 millions de dollars en octobre 2023. Une antenne est ouverte à Boston fin 2023. Les effectifs sont doublés : l’entreprise compte désormais 43 personnes en France, dont une quinzaine à Montpellier, et 27 aux États-Unis.
L’étude de phase 3 est conduite auprès de 1 275 patients de 36 pays, aboutissant aux bons résultats que l’on connaît et à cette levée de fonds qui se classe dans le Top15 mondial.
Celle-ci contribuera également à financer la phase 2B d’une deuxième étude, menée pour la maladie de Crohn.
Une production en France
Outre les recrutements en interne, la montée en puissance de la production donnera de l’activité aux partenaires sous-traitants français pour le façonnage : le lyonnais Seqens (1 Md€, 3 300 salariés) et le francilien Delpharm (CA 1,1 Md€, 6 500 collaborateurs), dont les usines de production du médicament se trouvent respectivement à Aramon (Gard) et près de Lille (Nord).