«2012 est une année en demi-teinte: gris morose. Gris pour la couleur économique, morose pour caractériser le moral des chefs d'entreprise», commence Patrick Monéger, dirigeant du cabinet d'expertise-comptable Exco Bretagne, à Brest. Selon lui, les difficultés de grandes entreprises locales a frappé les esprits, induisant une inquiétude sur l'avenir. De Doux à Brittany Ferries, en passant par Brit Air, Kanabeach, Boutet & Nicolas ou encore Amzair, les mauvaises nouvelles pour l'économie locale se sont en effet multipliées. «Ces situations ont révélé que des filières entières étaient en danger», poursuit l'expert-comptable. Un second phénomène est venu perturber l'année: «Il y a eu une certaine stupéfaction, voire une irritation devant la méconnaissance des mécanismes économiques par les politiques», note Patrick Monéger. Le projet de loi de finance 2013 a provoqué une levée de bouclier. Celle des «pigeons» d'abord, un collectif d'entrepreneurs du web alarmés à l'idée que la taxation sur les plus-values de cession d'entreprises augmente. «Si prendre des risques en entreprenant n'est pas plus intéressant financièrement que d'être salarié, qui va créer des entreprises en France?», s'interrogeait dans nos colonnes Charles Cabillic, directeur général d'AC3 Distribution, à Brest, qui a rejoint le mouvement des pigeons. Le Medef leur a embrayé le pas (lire ci-contre). Mais pour Patrick Monéger, l'incompréhension n'est pas l'apanage de la nouvelle majorité: «Je pense à l'incohérence des aides concernant les économies d'énergie, le photovoltaïque,etc. Les revirements brutaux ont mis à bas les efforts des industriels.» Des incertitudes qui pèsent sur la confiance des entrepreneurs. «Cela érode leur volonté d'aller de l'avant, regrette-t-il. Cela a pesé lourd sur les marchés et entraîné une baisse des projets.Les financements étaient aussi plus compliqués à obtenir.» Pour 2013, le dirigeant reste sceptique: «Une crise de confiance ne se règle pas avec des déclarations», mais espère, au minimum, une stabilité fiscale qui permettrait plus de visibilité pour les chefs d'entreprises.
Oséo en hausse sur le financement de l'export
Du côté d'Oséo, l'établissement public, à fonctionnement privé qui finance les PME, Hervé Lelarge, responsable de l'organisme pour le Morbihan et le Finistère, observe que «globalement 2012 a été une année de forte progression pour Oséo. Nous avons beaucoup financé la créance publique. L'augmentation sur cette activité de court terme s'explique par le rallongement des délais de paiements par les grands donneurs d'ordres, mais aussi par le fait que les entreprises se sont pas mal tournées vers les marchés publics.» Sur le financement de l'innovation, 1M€ a été injecté dans l'économie des deux départements, par le biais de prêts à taux zéro. «Nous avons financé pas mal l'agroalimentaire car c'est la structure de l'économie locale, mais tous les secteurs ont bénéficié de ces prêts», note Hervé Lelarge. La garantie de prêt est la seule activité d'Oséo ayant connu une régression en 2012. À fin octobre, 1.424 entreprises ont été accompagnées, contre 1.750 en 2011. «Aujourd'hui, les banques n'hésitent plus à faire appel à nous, mais il y a tout simplement moins de projets. Les entreprises attendent avant d'investir sur leurs marchés», explique Hervé Lelarge. Le responsable Oséo remarque aussi que les nouveaux produits de prêt pour développer l'export, prêts internationaux et contrats de développement participatif, ont bien fonctionné: «C'est important car ce sont des projets structurants pour de gros montants.» Pour 2013, Oséo attend la création de la Banque Publique d'Investissement, dont l'établissement fera partie intégrante. «On attend plus de moyens. C'est l'une des promesses de François Hollande», ajoute-t-il.
CONTEXTE Après un début d'année plutôt prometteur, l'activité économique a complètement ralenti à partir d'avril. Dans le Finistère, les experts témoignent du moral en berne des patrons. Inquiets, ils choisissent d'attendre plutôt que d'investir.