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Interview Sÿnia : "Les aides face à la crise énergétique laissent des trous dans la raquette"

Entretien avec Sylvain Maillard, PDG de Sÿnia

Propos recueillis par Anthony Rey - 07 novembre 2022

La PME Sÿnia, fabricant d’étiquettes adhésives en relief (domings) à Lavérune (Hérault), mise de longue date sur sa stratégie RSE pour optimiser sa production. Mais face aux surcoûts induits par la crise énergétique, son PDG Sylvain Maillard constate que cette anticipation n’a pas suffi.

Sylvain Maillard a repris l’imprimeur héraultais Sÿnia en 2014.
Sylvain Maillard a repris l’imprimeur héraultais Sÿnia en 2014. — Photo : Bruno PANTEL

De quelle façon la crise énergétique touche-t-elle votre PME Sÿnia (20 salariés, CA 2021 : 2 M€) ?

Sylvain Maillard : Le fournisseur d’électricité TotalEnergies nous a contactés en mai car notre contrat se terminait fin août. C'était avant que les effets de la guerre en Ukraine ne se fassent ressentir sur le marché de l’énergie mais alors que nous payions jusqu’ici 46 euros du mégawattheure (MWh), il nous a proposé de passer à 500 euros du MWh, soit un tarif multiplié par dix ! J’ai aussitôt contacté un courtier en énergie pour avoir d’autres solutions, et le meilleur tarif qu’on m’a proposé se situe à 255 euros du MWh. Ma facture d'électricité va bondir de 28 000 euros en 2021 à 135 000 euros cette année. En parallèle, les matières premières ont augmenté de 5 % par trimestre depuis la fin du Covid, la résine que nous utilisons pour nos domings (étiquettes adhésives en relief, NDLR) a pris 50 % en six mois…

Comment jugez-vous les dispositifs d’aide mis en place par l’État ?

L’État met en place des aides pour les entreprises dont la consommation électrique représente au moins 3 % de leur chiffre d’affaires 2021. Mais c’est un calcul discutable puisqu’il se base sur le précédent exercice où, de plus, l’activité des entreprises a été diminuée par le Covid. Il serait plus logique de caler les aides sur leurs chiffres d'affaires ou leurs niveaux de consommation électrique actuels*. De plus, dans le cadre de notre démarche RSE mise en place il y a trois ans, nous avions décidé de former un référent énergétique, qui nous a aidés à faire des économies. À ce jour, notre facture d'électricité représente 2,1 % de notre chiffre d'affaires, soit en-dessous du seuil fixé pour les aides. Autrement dit, le fait d'avoir amélioré l'efficacité énergétique de notre entreprise a pour conséquence de n'obtenir aucune aide aujourd'hui. Il y a des trous dans la raquette.

Quels sont les leviers d’action encore à votre disposition ?

Il n’y en a plus. Nous appliquons déjà la sobriété énergétique et, après expertise, nous ne pouvons pas installer des panneaux photovoltaïques sur nos locaux actuels. La seule option restante serait d’augmenter nos tarifs. Mais c’est aléatoire, car si nos clients, qui travaillent en majorité dans la communication, peuvent décider de baisser ce budget, nous devons de notre côté continuer à absorber les surcoûts de nos fournisseurs. Nous misons aussi sur un PGE Résilience, créé pour les entreprises dans notre cas, mais les PGE sont des prêts qu’il faut rembourser et pas des cadeaux… Sÿnia est une entreprise qui fait des bénéfices depuis neuf ans, date à laquelle je l’ai reprise. Nous avons fait un PGE pour tenir, et nous avons tenu. Nous n’avons jamais rentré autant de commandes que cette année, notre parc machines tourne à plein, nos salariés ont été placés en trois-huit. Mais si nous ne pouvons pas augmenter nos prix, nous ne tiendrons pas un an de plus.

Vos investissements à venir sont-ils remis en cause ?

Nous avons trouvé un terrain pour construire une nouvelle usine et déménager d’ici trois ans. Nous prévoyons de passer nos effectifs de 25 à 60 salariés à cette date. Nous avons déposé un brevet pour exploiter une innovation de niveau mondial. Mais la crise que nous vivons rend craintif pour l’avenir. Si elle se poursuit, ce projet pourrait être remis en cause.

* Entretien réalisé le 31 octobre. Depuis le 1er novembre, l’aide est désormais indexée sur les derniers mois de 2022. Le seuil de 3 % du CA demeure.

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