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Les Ateliers du Bocage dynamisés par l’essor du réemploi

Par Romain Béteille, le 18 juillet 2023

Depuis sa création, l’ancienne association Les Ateliers du Bocage, aujourd’hui devenue société coopérative d’intérêt collectif, a mis le réemploi et la réinsertion professionnelle au cœur de ses activités de reconditionnement. Profitant de l’essor des nouvelles filières de seconde main, elle performe et continue d’investir pour augmenter ses capacités de traitement.

L’entreprise a récemment investi plus de 5 millions d’euros pour construire un nouveau site dédié à la fabrication de palettes.
L’entreprise a récemment investi plus de 5 millions d’euros pour construire un nouveau site dédié à la fabrication de palettes. — Photo : Tim Fox

L’engagement des Ateliers du Bocage (181 salariés dont 74 en parcours d’insertion), c’est d’abord celui du territoire et de l’époque dans laquelle cette association, devenue en 2014 société coopérative d’intérêt collectif, est née en 1992. "Nous sommes sur un territoire très rural, le bocage bressuirais, qui a la particularité d’être très industriel. Nous avons connu une débâcle du secteur de l’automobile, notamment celle de l’équipementier Heuliez. Face à cette crise et ces problèmes d’emplois, les pouvoirs publics ont voulu ranimer ce territoire. C’est la communauté Emmaüs du Peux, aujourd’hui basée à Mauléon, qui a pris l’initiative avec ses compagnons, des gens précaires, de faire ce que l’abbé Pierre appelait du "travail de chiffonnier", soit prendre les déchets de la société de consommation pour en faire des salles de vente", raconte Nicolas Lebeau, un ancien cadre de la distribution spécialisé en non alimentaire (Marionnaud, Télé-Achat, France Loisirs…), fraîchement nommé directeur de la société deux-sévrienne.

Palettes et électronique

La structuration des Ateliers a beaucoup changé depuis, mais l’essentiel de l’activité est toujours là : l’entreprise réalise aujourd’hui un tiers de son chiffre d’affaires (15 M€ en 2022) grâce à la fabrication de palettes en bois sur mesure, neuves ou reconditionnées ; une activité très locale qui entend notamment répondre aux besoins des fabricants de menuiseries industrielles "qui cherchent des palettes à dossier pour mettre leurs fenêtres debout lors de la fabrication", poursuit le responsable.

Depuis le début des années 2000, sous l’impulsion de son fondateur Bernard Harru, les Ateliers se sont lancés dans le reconditionnement de déchets électroniques, un secteur aujourd’hui très concurrentiel et récemment boosté par la loi AGEC. Téléphones portables (8 271 réparés en 2022), cartouches d’encres (1,7 million triées) et matériel informatique (4 407 ordinateurs portables), réformés par de grandes entreprises, sont ainsi reconditionnés et vendus. Une quinzaine de personnes se dédie aussi à l’entretien d’espaces verts et naturels et, à la marge, la société redistribue des surplus de livres de la communauté Emmaüs à laquelle elle est toujours attachée.

Smartphones suspendus

Après deux plans sociaux en 2014 et 2015 causés par "la délocalisation, de la part de deux gros donneurs d’ordre, d’activités qui nous étaient confiées au profit de l’Europe de l’Est et de l’Afrique du Nord", explique Nicolas Lebeau, le Covid a été une période "assez exceptionnelle, dans le bon sens, pour notre activité de reconditionnement électronique. Avec le télétravail, tout le monde avait besoin de s’équiper, nos ateliers avaient de bons gisements et ont vendu des quantités sur 2020 et 2021 qui nous ont permis de rebondir".

Les Ateliers du Bocage reconditionnent 45 000 à 50 000 smartphones par an.
Les Ateliers du Bocage reconditionnent 45 000 à 50 000 smartphones par an. - Photo : Tim Fox

Le rebond a aussi pris une tournure inattendue : fin 2022, l’éco-organisme Ecosystem a confié à l’entreprise un lot de 55 000 smartphones Sony Xperia X provenant d’une "institution publique française". À l’inverse des volumes qu’elle traite habituellement, soit 400 000 téléphones collectés en 2022 (300 références) 45 000 à 50 000 reconditionnés et 10 000 à 15 000 vendus dans quatre boutiques - à Bressuire, Niort, Poitiers et Cholet -, cette manne présentait un bon taux de réemploi (40 000). "Nous aurions pu tous les revendre, mais avoir un smartphone pour un SDF ou quelqu’un qui veut accéder à ses droits, de plus en plus dématérialisés, n’est aujourd’hui pas forcément superflu. Nous avons donc mis en place un système de smartphone suspendu : pour un smartphone reconditionné à prix réduit acheté, on en donne un à la solidarité." Les Ateliers du Bocage ont ainsi employé huit personnes dont trois en CDI pour gérer l’opération lancée début mai et qui court jusqu’à la fin de l’année. "600 téléphones ont été achetés par ce biais. En comptant les autres circuits de vente, essentiellement sur Back Market et à l’export, on doit être à environ 5 000 vendus. Nous devrions redistribuer les premiers avec dix associations de la jungle de Calais en septembre", termine le porte-parole.

Les Ateliers du Bocage espèrent ainsi montrer aux entreprises ou institutions "détenant des gisements importants de matériel réformé qu’ils peuvent aller chercher de l’impact réel en nous sollicitant. Le but est aussi d’élever le niveau de conscience sur le cycle de vie des produits et la consommation elle-même, pour développer un savoir d’achat en parallèle du pouvoir d’achat".

Relance industrielle

Au-delà de ce regain d’activité, les Ateliers viennent de poser la dernière pierre de leur plus important investissement à ce jour : 5 millions d’euros dont 1,7 million de fonds européens pour construire un nouveau site en lieu et place d’un ancien parking sur son site du Pin (ancienne usine d’Heuliez) : 2 400 m2 d’ateliers, des bureaux de 300 m2 et deux bâtiments semi-ouverts pour stocker du bois et abriter une machine de découpe. L’objectif : déménager son activité de reconditionnement de palettes, auparavant basée au Peux. Cet investissement, qui augure la création d’une dizaine de postes, doit permettre d’augmenter la part de reconditionné dans la production de palettes. "Avant cela, nous produisions 100 000 palettes dont 5 000 à 6 000 reconditionnées. Avec cette nouvelle usine, nous voulons atteindre 150 000 palettes dont 50 000 reconditionnées, pour utiliser moins de bois neuf", explique Nicolas Lebeau. Les premières palettes devraient sortir des chaînes de fabrication fin août.

"L’activité palette est orientée à la hausse, car le marché du logement neuf et de la rénovation énergétique est dans une dynamique durable, même s’il est très lié à des décisions politiques et qu’il subit actuellement des remous à cause de la hausse des taux sur la construction", poursuit Nicolas Lebeau. "Nous sommes attentifs aux développements de nouvelles filières de réemploi, comme les vélos électriques, les dispositifs REP (responsabilité élargie des producteurs) ou l’électroménager. Globalement, aujourd’hui, tous nos marchés sont bien orientés et notre histoire a montré que nous pouvons être multi-activités et saisir des opportunités étonnantes". Dont actes.

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