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Interview David Pincet (Hynaero) : "L’investissement total d’Hynaero représente 1 milliard d’euros"

Entretien avec David Pincet, cofondateur d’Hynaero

Propos recueillis par Romain Béteille - 30 novembre 2023

La start-up girondine Hynaero, qui développe un bombardier d’eau, franchit actuellement plusieurs jalons importants. Elle vient de signer un partenariat industriel avec la société girondine BT2i et cherche à lever des fonds. David Pincet, cofondateur de la société, revient sur ses plans à court, moyen et long termes.

David Pincet, cofondateur d’Hynaero, prévoit les premiers vols des prototypes des bombardiers d’eau entre 2028 et 2029, pour une mise en service en 2031.
David Pincet, cofondateur d’Hynaero, prévoit les premiers vols des prototypes des bombardiers d’eau entre 2028 et 2029, pour une mise en service en 2031. — Photo : Hynaero

Le programme Fregate-F100 d’Hynaero vise un marché historiquement dominé par Canadair. Quelles en sont les spécificités et les objectifs ?

Canadair est la référence depuis 1970 mais n’est plus construit depuis dix ans, ses technologies sont dépassées. Notre avion souhaite doubler la capacité opérationnelle pour la même gamme de prix en passant de 6 à 10 tonnes d’eau et de 175 à 250 nœuds. Nous gardons une précision de pilotage qui permettra d’écoper sur la grande majorité des plans d’eau. Nous souhaitons aussi intégrer un système de mission pour disposer d’une représentation de la situation aéroterrestre et d’une coordination de moyens. Des capteurs permettront d’identifier des obstacles et foyers de feu. Le système complet sera défini avec les pompiers et pilotes lorsque nous avancerons sur ce volet.

On estime la flotte mondiale à 170 canadairs aujourd’hui. Elle est vieillissante, les opérateurs cherchent à accroître ses capacités opérationnelles et certains pays comme la Suède, le Portugal, l’Australie ou l’Indonésie souhaitent s’équiper. Ces facteurs nous permettent d’identifier un marché de l’ordre de 300 avions. Il y a donc de la place pour de la concurrence, nous visons la moitié du marché.

Vous venez de signer un partenariat avec l’industriel bordelais BT2i (60 M€ de CA), spécialiste de la chaudronnerie et de l’usinage de pièces mécaniques et d’assemblage. En quoi consiste-t-il ? D’autres collaborations sont-elles prévues ?

Nous ne sommes pas des industriels avionneurs établis, il nous faut donc des partenariats pour le design, l’assemblage et la réalisation des ensembles et sous-ensembles. Nous discutons actuellement avec une quarantaine d’entreprises dont Thalès, Safran ou Dassault afin de prendre en maturité sur la réalité de la mise en place du programme.

BT2i est le premier partenariat que l’on signe. Le groupe cherche à s’implanter sur le secteur des ensembles à forte valeur ajoutée en livrant de gros sous-ensembles. Ils vont mettre à disposition leur expertise pour participer à la conception et au design de l’avion à partir de l’été prochain.

L’hydravion Fregate-F100 est porté par la start-up girondine Hynaero.
L’hydravion Fregate-F100 est porté par la start-up girondine Hynaero. - Photo : Hynaero

Comment le plan de financement que vous avez validé se découpe-t-il ?

L’investissement total représente 1 milliard d’euros. L’objectif est d’aller chercher un équilibre entre les fonds Equity et les prêts, aides ou revenus issus des précommandes.

Notre plan de financement est en plusieurs phases. Au travers d’un contrat de type BSA-AIR (Accord d’Investissement Rapide), nous cherchons des investisseurs privés et business angels, et nous solliciterons la région Nouvelle-Aquitaine pour obtenir une subvention d’aide à la R & D. Avec ce premier financement, nous pourrons couvrir les six mois de la phase d’amorçage. Dans un second temps, nous nous ferons accompagner par une banque d’affaires pour une seconde levée de fonds plus importante de plusieurs dizaines de millions d’euros. Elle nous permettra, dès l’été 2024 et pendant un an, d’assurer la phase de conception.

En parallèle, vous cherchez à vous implanter dans un nouveau bâtiment sur une partie du foncier de l’aéroport de Bordeaux Mérignac. Où en êtes-vous ?

Nous savons qu’il faudra environ 25 000 m2 de bâti et 15 000 m2 de tarmac. Nous allons nous faire accompagner par un promoteur immobilier implanté localement pour le financement et la construction. Cet investissement représente environ 100 millions d’euros.

Le bâtiment hébergera un bureau d’études d’une centaine de personnes et la ligne d’assemblage. Nous comptons prendre en charge la majorité de la conception et du design de l’avion, ainsi que l’assemblage final, ce qui représente 450 à 500 emplois directs et environ 2 000 de plus sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Un accord devrait être signé prochainement avec l’aéroport pour la mise à disposition du foncier en bord de piste.

La production de 150 avions sera étalée sur 20 ans. Nous avons également identifié un besoin pour une version dédiée au transport de passagers que nous pourrons envisager dans un second temps. Les premiers vols de prototypes du bombardier d’eau sont prévus entre 2028 et 2029, la certification en 2030 et l’entrée en service en 2031.

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