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Interview Xavier Prévost : « Je veux une CPME prépondérante en Normandie »

Entretien avec Xavier Prévost, président de la CPME Normandie

Propos recueillis par Sébastien Colle - 13 juin 2019

Élu à la tête de la CPME Normandie début avril, Xavier Prévost s’inquiète des récentes mesures annoncées par Emmanuel Macron pour tenter de résoudre la crise des Gilets jaunes. Le dirigeant d’Adéquation, entreprise rouennaise de conseil et de formation, souhaite par ailleurs renforcer l’influence de l'organisation patronale dans la région. 

"A la CPME, nous croyons beaucoup à la proximité. C'est pourquoi nous créons les référents territoriaux", explique Xavier Prévost.
"A la CPME, nous croyons beaucoup à la proximité. C'est pourquoi nous créons les référents territoriaux", explique Xavier Prévost. — Photo : CPME

Comment avez-vous perçu les annonces d’Emmanuel Macron destinées à répondre à la crise des Gilets jaunes ? L’une des plus emblématiques pour les entreprises étant la réduction des niches fiscales…

Xavier Prévost : On a encore très peu d’information sur ce que les niches fiscales concernées. Ce qui est certain, c’est que ce type d’annonce va à l’encontre de nos demandes d'une fiscalité plus douce pour les entreprises. J’avais l’impression que nous avions été entendus sur ce point et sur la question d'une harmonisation fiscale à l'échelle européenne. Apparemment, le président de la République n’a pas entendu le ras-le-bol fiscal exprimé par les entrepreneurs. Il est très clair que la réduction de ces niches veut dire augmentation de la fiscalité pour les entreprises. J’ai de vraies craintes concernant le crédit d'impôt recherche, car il favorise l’innovation, donc l’avenir des entreprises. Surtout, il ne faut pas y toucher ! L'annonce de la suppression de certaines niches fiscales est d'autant moins facile à comprendre que les entreprises ont joué le jeu dans la crise des Gilets jaunes, en octroyant pour beaucoup d'entre elles des "primes Macron" par exemple. 

Le gouvernement explique avoir déjà fait beaucoup pour les entreprises avec la baisse de l’impôt sur les sociétés…

X.P : On nous avait dit qu’on ramènerait la fiscalité à hauteur de la moyenne européenne à 25 %, et c’est ce que l’on attend à la CPME. Nous sommes vigilants et, à travers les annonces du président Macron, nous entendons hausse de la fiscalité. Ce que nous voulons, c’est rester sur les engagements donnés et une baisse des impôts sur les sociétés.

Quel est le moteur de votre engagement à la tête de la CPME Normandie ?

X.P : Je pense que les TPE et PME du territoire méritent d’être représentées, défendues et de prendre encore mieux leur place dans les négociations et sujets à venir. Ma première ambition est d’asseoir encore mieux la CPME dans ses mandats (environ 500 en Normandie, NDLR). Nous devons donner plus de moyens à nos mandataires pour défendre les entreprises mais aussi effectuer un travail de reconnaissance et de soutien de leur action. Ce que je veux, c’est une CPME prépondérante en Normandie. Pour cela, l'un de nos axes de travail portera sur l'influence de notre organisation, une influence qui dépend en grande partie du nombre de nos adhérents (2000 en Normandie, NDLR) et que j'ai l'intention de faire grandir.

Quels vont être vos axes d’amélioration ?

X.P : D’abord, développer les services aux adhérents. Ainsi, nous avons un service juridique qui répond aux questions des entreprises mais ce n’est pas assez su. Je dis aux dirigeants : "Appelez-nous, nous saurons vous répondre ou vous orienter !" Nous avons également créé un service destiné à aider les entreprises à construire une stratégie commerciale. J’engage les TPE et PME à nous solliciter en ce domaine car nous disposons d’outils simples à mettre en place et d’indicateurs utiles. Autre dossier capital, celui du renforcement des relations entre les jeunes et le monde de l’entreprise, du lien entre l’éducation et l’économie, avec deux idées : comment rendre les générations attractives les unes envers les autres et expliquer nos entreprises aux jeunes. Il y a un travail à mener sur l’esprit d’entreprendre qui est présent chez tout un chacun, les jeunes, les demandeurs d’emploi, nos collaborateurs. Je crois que tout le monde a un potentiel. Toute la question est de savoir comment le révéler, le mettre en lumière.

 « Le premier capital de l’entreprise, c’est la santé du dirigeant ».

Avez-vous des pistes concrètes pour booster l’entrepreneuriat en région ?

X.P : Oui, je souhaiterais créer en Normandie une journée de l’entrepreneuriat, en association avec toutes les parties prenantes, du monde consulaire à Pôle Emploi. L’idée est de révéler les possibilités de l’entrepreneuriat, de la création à la reprise, en passant par les missions projets. La CPME Normandie pourrait également devenir une plateforme capable d’aiguiller et aider les dirigeants et collaborateurs à trouver les formations et outils utiles, du marketing commercial à la communication, en passant par la qualité. Avoir un rôle d’information, d’incitation, et cela de manière transverse afin de créer des ponts avec les acteurs de la formation comme les CCI et les écoles de management.

Vous avez précédemment été le président de la CPME de Seine-Maritime, mandat au cours duquel vous vous êtes particulièrement intéressé à la santé du dirigeant. Cela reste une priorité ? 

X.P : Le premier capital de nos entreprises, c’est le capital santé de nos dirigeants. Depuis deux ans en Seine-Maritime, nous avons mené un travail autour de la santé du dirigeant avec un axe fort en matière d’information. L’autre axe de réflexion concernait les services à mettre en place pour contribuer au bien-être du dirigeant et de ses collaborateurs. Nous avons ainsi créé un groupe d’aide, avec des dirigeants formés, qui peut être facilement sollicité par l’un de nos adhérents. Cela peut concerner des questions de développement ou bien des difficultés passagères. L’objectif est de briser la solitude du chef d’entreprise. Sur ce sujet de la santé du dirigeant, nous travaillons en collaboration avec la Cnam (Conservatoire national des arts et métiers, NDLR) pour comprendre s’il y a une singularité de la santé du dirigeant. Nous avons eu du succès avec cette démarche en Seine-Maritime que nous avons nommé Odyssée. Mon ambition est de multiplier ces actions dans nos cinq départements normands.

Justement, la Normandie est un vaste territoire, comment arriver à bien saisir les problématiques de chaque département ?

X.P : Nous croyons beaucoup à la proximité à la CPME, et c’est pourquoi nous avons décidé de créer une mission de référent territorial sur tous les territoires normands en fonction des bassins d’emploi et de formation. Cela nous permettra d’entendre les questions et les besoins spécifiques. Les référents territoriaux vont nous permettre de travailler à la création d’actions collectives, sur la mobilité de nos collaborateurs par exemple. Ainsi, sur une même zone d’activité, on peut imaginer harmoniser les horaires de travail afin de favoriser le covoiturage et réduire les dépenses de transports. Ce travail collectif pourrait aussi amener des réflexions sur la mise en commun de moyens pour participer à des salons ou encore créer des parcours entreprises à destination d’étudiants en stage. Avec dans l’idée, pas uniquement réfléchir et dire, mais faire et rendre compte. Il y a une vraie énergie, une envie d’avancer à la CPME Normandie. Mon ambition est d’avoir une région forte et des départements qui travaillent ensemble.

"A la CPME, nous croyons beaucoup à la proximité. C'est pourquoi nous créons les référents territoriaux", explique Xavier Prévost.
"A la CPME, nous croyons beaucoup à la proximité. C'est pourquoi nous créons les référents territoriaux", explique Xavier Prévost. — Photo : CPME

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