Jean-Louis Subileau : Le bâtisseur sauveur d'Euralille

Par la rédaction, le 03 juillet 2009

Architecte-urbaniste, Jean-Louis Subileau a marqué de son empreinte le quartier de La Défense à Paris ou encore l'Île Séguin à Boulogne-Billancourt. Aujourd'hui directeur de la Saem Euralille, il écrit la mutation du quartier d'affaires qui porte la signature de ce manager.
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C'est au 18eétage de la Tour de Lille au coeur du quartier d'affaires, entouré de plans, de photos aériennes et de maquettes, que Jean-Louis Subileau oeuvre. Ses bureaux surplombent la ville, pas par souci de domination mais de vision globale. Appelé à la rescousse par Pierre Mauroy, l'architecte-urbaniste parisien débarque en 1998 dans la capitale des Flandres, suite au décès de son prédécesseur Jean-Paul Baïetto. Sa mission: sauver le paquebot Euralille. Il a d'abord refusé, mais «la force du projet» l'a finalement convaincu.




Construire la ville Arrivé à Lille, Jean-Louis Subileau doit composer avec la critique. Euralille ressemble alors à un champ de bataille. Ses bureaux sont vides, difficiles à commercialiser. «On avait vu très haut, très grand. Il y avait une anticipation trop brutale d'un demi-siècle. Lille n'est pas Tokyo», analyse-t-il. Délibérément en rupture, l'architecte Rem Koolhaas avait choqué. Il fallait dès lors «un courage pour défendre Euralille». Le ton posé, derrière d'épais sourcils, Jean-Louis Subileau décrypte encore: «Il est rare de faire une opération sans traverser une ou deux crises.» À propos de la Tour de Lille, la botte des banques, il dit à Pierre Mauroy: «Vous avez fait le monument, il faut maintenant faire la ville autour.» Un monument, une gare: les ingrédients du succès d'un quartier d'affaires sont là.

De Paris au Nord À Lille, manageant une équipe de 17personnes, Jean-Louis Subileau apporte sa grande expérience parisienne. Sur les collines de la Défense, il a défendu l'Arche, ce «vide pouvant paraître inutile» mais indispensable au développement du quartier. L'audacieux directeur général de la société d'économie mixte nationale Tête-Défense de 1986 à 1991 promeut la Grande Arche où il est chargé d'organiser le Sommet du G7 pour le bicentenaire de la Révolution. De 1982 à 1986, c'est lui que François Mitterrand choisit pour créer et diriger la mission de coordination des grandes opérations d'architecture et d'urbanisme de l'État. Jean-Louis Subileau pilote les chantiers de la Villette, de l'Institut du monde arabe, du Louvre, du ministère des Finances, de l'Opéra Bastille... Il met déjà un pied au Nord aux Archives du Travail à Roubaix. L'étudiant de Sciences Po poussé à Paris par un professeur de philo était loin d'imaginer qu'il se retrouverait un jour à ce poste, lui, issu d'une famille de paysans des Mauges, près d'Angers où il retournera donner quelques cours.

Un «hasard» Entré par hasard dans «un milieu», celui de l'architecture, il planche sur la sociologie urbaine pour financer ses études. En mai 68, il n'a que 25ans lorsqu'il présente le fruit de ses travaux pour l'Équipement, lors d'un colloque «Urbanisme et sociologie». Remarqué, il rejoint l'agence d'urbanisme de la ville de Paris, l'Apur (Atelier parisien d'urbanisme) dont il sera directeur adjoint 12ans. C'est lui qui élabore le schéma directeur et le plan d'occupation des sols de la capitale. «On militait pour préserver la diversité des tissus urbains», se souvient-il citant son travail avec de grands architectes. Et déjà, il implante des pôles tertiaires «sur les gares», comme à la gare de Lyon.

Créateur Adepte des missions croisées, il dirige à la fois, dès 1990, deux filiales de la Caisse des Dépôts: la Société centrale pour l'équipement du territoire (Scet) au rayonnement national, et G3A. Ce cabinet qu'il fonde et dont il est le P-dg jusqu'en 2001 réaménage notamment les Entrepôts et magasins généraux de Saint-Denis en studios de cinéma. À l'aise dans les montages complexes de partenariats public-privé, Jean-Louis Subileau a géré l'aménagement des terrains Renault à Boulogne-Billancourt pour la Saem Val de Seine Aménagement dont il devient DG en 2003. Il invente un système contractuel paritaire tripartite entre Renault, les promoteurs et la Saem pour la fameuse opération de l'Île Seguin. Mais il se fera débarquer en 2008, suite aux municipales. «On avait besoin d'une tête», dit-il sans s'éterniser. À bientôt 66ans, Jean-Louis Subileau remplit depuis février une mission de définition du projet de Louvre-Lens. Un beau trait d'union entre ses agendas de Lille et Paris. «Je me sens de la ville où je travaille, donc un peu Lensois», conclut-il.

Géry Bertrande

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