Conjoncture

Centre-ville : Débancariser? Oui, mais pourquoi?

Par Jean-Michel Caillat, le 05 février 2010

Alain Flipo de la CCI Grand Lille ouvre le débat sur la débancarisation des centres-villes. Retour sur la place qu'occupent les banques au milieu des commerces de proximité.
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Alain Flipo, président de la commission commerce de la CCI Grand Lille, traite un sujet qui lui tient à coeur: la débancarisation des centres-villes. Mais derrière la formule abrupte, et provocatrice, le discours est ouvert: «Nous avons tous besoin des banques, mais cela sous-entend leur intégration dans le tissu commercial».




Disparition du commerce?

«Lorsque le sujet est évoqué avec des maires ou des unions commerciales, assure Alain Flipo, on évoque tout de suite la disparition des commerces au profit des boutiques de téléphonie, des banques et des agences immobilières, en particulier sur les emplacements nº1. C'est récurrent au niveau national.» À l'image de la rue Nationale à Lille: «Une vingtaine d'établissements financiers occupe plus du tiers du linéaire en rez-de-chaussée. Autrefois artère commerçante, elle est aujourd'hui faiblement animée après 18 h», déplore-t-il.




Une analyse contestée

Il regrette aussi la «stratégie» des banques qui, mêlant concurrence et recherche des meilleurs emplacements, les amène à «se précipiter sur les mêmes linéaires». Une analyse que conteste Pierre Trudelle, directeur commercial du Crédit agricole Lille-Métropole (1): «D'abord, nos implantations sont souvent liées à une sollicitation, pour faire revivre certains secteurs. Notre décision s'appuie alors sur un respect des équilibres entre les besoins, l'emplacement, les commerçants environnants, le coût... Ensuite, les banques sont le poumon de l'économie: nous sommes là pour aider les commerçants, pas pour les voir disparaître.» Quant à la rue Nationale, les banques «répondent à un besoin» créé, toujours selon lui, par «le flux qu'entraînent les commerces de grande taille».




Parole d'investisseur

Quant au coût de ces emplacements n° 1, «ils sont trop élevés», estime Ghislain Gilbert, investisseur patrimonial, qui a récemment vendu l'ancien immeuble Monoprix à Hugues Mulliez (2). Et l'investisseur de continuer: «C'est un mauvais calcul d'étrangler les locataires, d'autant que les départs ne se font jamais sans casse: 75% sont des dépôts de bilan.»




Réflexions canadiennes

Alain Flipo réfléchit à des pratiques inspirées du Canada ? «Si 15% des acteurs économiques d'une zone demandent une votation pour constituer un fonds d'aménagement ou d'animation, le vote s'impose à tous» ? ou de Nantes, où une charte réunit ville, CCI et établissements financiers. Le président de la commission commerce de préciser: «Une solution consisterait à intégrer les partenaires bancaires et financiers dans les plans locaux d'aménagement commercial, où ils sont peu présents». «Pourquoi pas ?, estime Pierre Trudelle. Rien n'est exclu, nous sommes ouverts aux discussions et aux échanges».




(1) L'une des banques contactée n'a «pas souhaité» s'exprimer; les autres n'ont pas donné suite à nos appels. (2) Celui-ci va y installer l'enseigne Surcouf.

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