Rhône

Santé

Interview Laboratoires Boiron : « L'efficacité de l'homéopathie, nous la constatons tous les jours »

Entretien avec Valérie Poinsot, directrice générale déléguée de Boiron

Propos recueillis par Audrey Henrion - 07 septembre 2018

Alors que la polémique enfle autour du remboursement des traitements homéopathiques, Valérie Poinsot n'en démord pas : l’homéopathie est une évidence thérapeutique. Celle qui succédera au 1er janvier prochain à Christian Boiron à la tête des laboratoires homéopathiques Boiron (3 600 salariés) assure qu'elle travaillera « d’arrache-pied pour faire en sorte que les Français puissent encore bénéficier du remboursement ». Interview exclusive. 

Valérie Poinsot, directrice générale déléguée des laboratoires Boiron depuis sept ans, succédera à Christian Boiron en tant que directrice générale de l'entreprise lyonnaise en janvier 2019. — Photo : Boiron

Le Journal des Entreprises : La faculté de médecine de Lille annonce la suspension du diplôme d’homéopathie en attendant le « verdict » de la Haute autorité de Santé. Comment gérez-vous cette période de turbulences ?

Valérie Poinsot : Comme les autres laboratoires homéopathiques, nous allons travailler sur ce sujet mais à ce jour (7 septembre, NDLR) nous n’avons reçu aucune demande de la Haute Autorité de Santé (HAS). Pour mémoire, le médicament homéopathique est inscrit à la pharmacopée depuis 1965, fait l’objet d’une directive européenne de 1992. La France a transposé la directive, tous nos médicaments font l’objet d’une autorisation de mise sur le marché.

Fin août, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a demandé à la Haute Autorité de Santé d’évaluer l'homéopathie. Quelle est la demande précise du ministre ?
V. P. : A ce stade, je n’ai reçu aucun courrier, aucune demande de la part de la HAS ni eu accès au courrier officiel de la ministre (contacté, le cabinet de la ministre indique au Journal des Entreprises que ce document n’est pas public, NDLR). Et selon moi, Agnès Buzyn demande une évaluation sur l’intérêt à prendre en charge le remboursement et non sur l’efficacité de l’homéopathie. Or, l’efficacité, nous la constatons tous les jours.

« L’homéopathie est une évidence sociale, une évidence thérapeutique. »

Pourtant, le déremboursement est décidé dès lors que la validité d’un médicament n’est pas avéré…

V. P. : En France, 30 millions de personnes se soignent régulièrement par homéopathie. Pour les laboratoires Boiron et ses 3 600 salariés, c’est important de faire en sorte de continuer à répondre aux besoins des Français. Ce laboratoire a été créé à la demande des médecins et pharmaciens : nous mettons un point d’honneur à fabriquer nos produits dans le respect de la réglementation avec une grande fiabilité. Pour nos salariés, c’est une question d’honneur de fabriquer correctement ces médicaments qui rendent service aux Français qui utilisent nos médicaments.

Ce qui est en cause semble être davantage l’efficacité que la fiabilité du process de fabrication…

V. P. : C’est plus compliqué que cela et je ne souhaite pas rentrer dans ce débat. Nous allons travailler d’arrache-pied pour faire en sorte que les Français puissent encore bénéficier du remboursement. L’homéopathie est une évidence sociale, une évidence thérapeutique : 30 millions de Français l’utilisent chaque jour depuis plus de 200 ans. Le médicament homéopathique est aussi une réalité pharmaceutique, utilisé par 56 % des Français selon les chiffres de l’Ordre du Médecin, mais aussi dans quasiment dans tous les pays, à l’exception pour l’instant de la Chine. Je rappelle qu’aux États-Unis au premier trimestre 2018, les ventes sont passées de 27 à 39 millions d’euros de chiffre d’affaires soit 44 % d’augmentation de CA.

Quelle est la proportion de médicaments homéopathiques prescrits et remboursés par la Sécurité sociale ?

V. P. : 67 % de nos médicaments sont prescrits et donc remboursés à hauteur de 30 %. En 2016, selon les chiffres de l'assurance maladie, le remboursement de l’homéopathie représente 0,29 % des médicaments remboursés (soit, en valeur absolue, 55 millions d’euros d’homéopathie sur 18,8 milliards d’euros de médicaments remboursés, NDLR).

Valérie Poinsot, directrice générale déléguée des laboratoires Boiron depuis sept ans, succédera à Christian Boiron en tant que directrice générale de l'entreprise lyonnaise en janvier 2019. — Photo : Boiron