Energie

Auvergne : Une bio-raffinerie forestière en projet

Par A.H, le 28 mars 2016

Avec Michelin comme principal client, cette bio-raffinerie issue des déchets forestiers pourrait voir le jour d'ici 2020. Les aléas sont nombreux avant que le projet n'aboutisse. À commencer par la sécurisation de l'approvisionnement. Élus et acteurs locaux s'y emploient.
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Demain grâce à ses forêts, l'Auvergne pourrait devenir producteur de biobutadiène, une matière issue des déchets forestiers destinée à se substituer -partiellement- au pétrole. Cette partie de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes profiterait de plusieurs facteurs convergents : l'incertitude qui pèse dans les années à venir sur l'évolution du prix du pétrole, la nécessité de « biosourcer » les énergies combustibles (Cop21) et... les projets de Michelin (112.300 salariés, dont 6.000 en R & D, 20Mds€ CA). Le groupe envisage la construction d'une usine à partir de 2022 qui devrait produire 150.000 tonnes de biobutadiène par an, une matière qui entrerait dans la composition de ses pneus. En 2012, le groupe avait en effet approché l'IFPEN pour l'aider à développer cette ressource.




Usine expérimentale

Michelin et cet organisme de recherche passent d'ailleurs en phase de développement du procédé avec la construction d'une Unité Préindustrielle (EPI) expérimentale à Bassens (Gironde). Cette usine n'est pour l'heure qu'expérimentale. Rien n'est encore décidé pour la construction de la véritable unité de production si le projet devait aller à son terme. Conséquence, en Auvergne, les élus et acteurs de la filière se mobilisent pour que cette manne ne leur échappe pas...




Usine en 2022

Un document a été diffusé par le Grand Clermont à différents acteurs dont Engie, Michelin ou encore l'IFPEN. Ce document détaille les conditions de la construction d'une usine qui transformerait le déchet forestier et agricole en énergie. Le site de Montpertuis Palazol (communauté d'agglomération Vichy Val d'Allier), ancien site Giat Nexter serait convoité. Le conseil de développement du Grand Clermont estime « l'investissement pour cette usine de bio-raffinerie entre 150 et 200 millions d'euros ». Elle pourrait engendrer la création d'environ 65 emplois directs. « La future plate-forme devrait contribuer à la création de 200 emplois, en plus des emplois en zone rurale pour la collecte du bois », indique ce document. L'objectif est de créer, sur le territoire de la métropole, « une unité industrielle d'une capacité de production annuelle de 100.000 tonnes à 150.000 tonnes d'alcool de deuxième génération ou de déchets à forte teneur en carbone et hydrogène ». Une production qui couvrirait les besoins de Michelin, mais qui pourrait aller au-delà. Jérôme Fournier, directeur R & D développement élastomères au sein de Bibendum explique que Michelin et l'IFPEN « arrivent au terme d'une phase d'exploration de trois ans. Nous avons désormais identifié le chemin technologique. En 2020 nous serons en mesure de proposer une licence pour les industriels qui voudront fabriquer du biobutadiène ». « Sécuriser les approvisionnements en bois est l'une des nombreuses conditions pour que cette usine voit le jour » souligne Nicolas Seeboth, son supérieur chez Michelin.




Compter les forces

Cette sécurisation de la filière est l'un des enjeux. Selon l'Insee, la forêt auvergnate, fortement morcelée, est exploitée par un très grand nombre de petits établissements, ce qui constitue un point faible pour la production et la récolte du bois. L'objectif désormais : compter les forces pour sécuriser la filière et " nourrir " l'usine. Ainsi, le 17 mars prochain, le pôle de compétitivité Axelera organise à l'IFPEN un colloque intitulé « Organisation des filières biomasse pour l'énergie : quelles perspectives pour les acteurs économiques ? Le cas de la biomasse forestière ». Une belle occasion d'attirer et recenser les acteurs potentiels, qui rassemblent 5.700 salariés. Reste bien d'autres inconnues qui conditionnera la création ou non d'une usine : le prix du baril de Brent en 2020. « À 30 $ le baril comme c'est le cas aujourd'hui, il n'y a aucun intérêt à produire du bio butadiène, estime le président de l'IFPEN, Didier Houssin, mais nous pensons que ce prix très bas nous prépare à un retour de cycle brutal à la hausse ». Cette inversion de cycle pourrait bien se produire lors de l'industrialisation de la technologie, d'ici 5 ans, ce qui assurerait la rentabilité de cette voie.

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