Saint-Nazaire

Énergie

Enquête Le vent tourne en Pays de la Loire pour l’éolien offshore

Par David Pouilloux, le 13 septembre 2022

À l’heure où le premier parc éolien offshore français, celui de Saint-Nazaire, va être livré, l’électricité produite en mer apparaît comme l’une des solutions pertinentes pour retrouver notre souveraineté énergétique. Une nouvelle filière économique est en train de grandir dans les Pays de la Loire, mais non sans inquiétude pour son avenir. Va-t-elle profiter du boom de l’éolien offshore, jusqu’à quand et à quelles conditions ?

Matthieu Blandin, vice-président du cluster régional Neopolia, responsable de l’éolien offshore chez Valorem et dirigeant d’Akrocean.
Matthieu Blandin, vice-président du cluster régional Neopolia, responsable de l’éolien offshore chez Valorem et dirigeant d’Akrocean. — Photo : David Pouilloux

L’apparition soudaine d’éoliennes offshore sur la ligne d’horizon est une nouveauté pour les Pays de la Loire, bien entendu, mais aussi pour la France. Elles dérangent certains autant qu’elles en enthousiasment d’autres, de par les défis technologiques relevés. Ce débat qui s’ouvre pourrait faire oublier les enjeux gigantesques, et infiniment plus importants, de souveraineté énergétique qui pèsent aujourd’hui sur les décisions de notre gouvernement et de la Commission européenne.

Depuis quelques mois, des voyants virent au rouge et poussent à agir : guerre en Ukraine, dépendance au gaz russe, crise énergétique, économique, augmentation par dix du prix de l’électricité, réacteurs nucléaires en rade (32 réacteurs nucléaires français sont aujourd’hui à l’arrêt sur 56). Les objectifs européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030 et de neutralité carbone d’ici à 2050, impliquent une réorientation rapide des sources d’approvisionnement énergétique.

Dans ce contexte où la France et l’Europe doivent revoir leur copie énergétique, l’intérêt des énergies vertes, de l’éolien offshore en particulier, saute aux yeux. "Nous sommes dans un temps comparable à celui des chocs pétroliers des années 70, dans une situation aussi critique, où l’Occident doit repenser ses politiques énergétiques, estime Matthieu Monnier, adjoint au délégué général de France Énergie Éolienne (FEE), une association qui défend les intérêts de la filière industrielle de l’éolien et qui compte plus de 300 adhérents. L’éolien permet de produire une électricité décarbonée, peu chère, créatrice d’emplois et dont la source, le vent, est gratuite et infinie. Elle permettra de retrouver une part importante de notre souveraineté énergétique."

Électricité compétitive

"L’électricité éolienne offshore est la plus compétitive du marché, corrobore Frédéric Grizaud, directeur de la business unit énergies marines renouvelables aux Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. Les derniers appels d’offres aux Royaume-Uni ont été attribués avec un prix de l’électricité entre 40 et 44 euros le mégawattheure (MWh). Il n’y a pas une énergie moins chère, à part le solaire, à 30 euros là où il y a beaucoup de soleil. L’électricité produite par une centrale à gaz est à 250 euros le MWh. Pour le pétrole, c’est à peu près pareil. Pour le nucléaire, c’est 110 à 130 euros."

Alors, sur ce terrain, où en est la France ? En 2020, l'Hexagone était le seul pays de l’UE à avoir manqué ses objectifs sur son mix énergétique : les énergies renouvelables représentaient 19 % de sa consommation finale brute d’énergie alors que l’objectif (fixé dans une directive européenne) était de 23 %. Et dans ce 19 %, on trouvait 0 % d’éolien offshore… Nous sommes loin derrière les pays pionniers de l’électricité produite en mer, qui comptent des centaines d’éoliennes offshore en activités : 2 540 pour le Royaume-Uni, 1 501 pour l’Allemagne, 630 pour le Danemark, 600 pour les Pays-Bas… "Le parc de Saint-Nazaire est le premier parc éolien offshore français avec 80 éoliennes, constate Cédric Le Bousse, directeur du secteur énergies marines renouvelables chez EDF Renouvelables, l’un des grands producteurs mondiaux d’électricité, qui a remporté le premier appel d’offres éolien offshore, qui comportait notamment le parc de Saint-Nazaire. Il est temps de passer la seconde."

6 000 emplois en France

Stéven Curet, directeur offshore France de General Electric Renewable Energy.
Stéven Curet, directeur offshore France de General Electric Renewable Energy. - Photo : David Pouilloux

Avant même d’accélérer, le plus étonnant reste que le premier parc suscite déjà des grincements de dents. "C’est quand même incroyable, il y a des tas de personnes qui s’énervent de voir des éoliennes au large du Croisic mais la plupart d’entre eux ignorent sans doute qu’elles ont été fabriquées à Saint-Nazaire et conçues à Nantes, remarque Stéven Curet, le directeur offshore France de General Electric Renewable Energy, l’un des leaders mondiaux de la construction d’éoliennes. Ce sont des centaines d’emplois locaux, pas seulement pour GE mais aussi pour tous ses sous-traitants, sans parler des retombées financières pour les communes riveraines (4,5 millions d'euros par an pour les 13 communes impactées visuellement, NDLR). Il faut le dire aux gens, et peut-être qu’ils accepteraient mieux leur présence dans le paysage."

C’est un fait indéniable, les premiers appels d’offres remportés par EDF Renouvelables ont fait naître en dix ans une nouvelle filière industrielle en France, particulièrement dans le grand Ouest. Elle compte désormais plus de 6 000 emplois, génère des milliards d’euros de chiffre d’affaires, et a permis à plus d’une centaine d’entreprises de se développer en Pays de la Loire, dont des figures de proue comme General Electric ou Chantiers de l’Atlantique qui, en outre, en ont profité pour s’imposer à l’export sur ce marché.

Et cela ne s’est pas fait sans peine. Dix ans se sont écoulés entre le lancement de l’appel d’offres pour le parc de Saint-Nazaire et sa livraison concrète fin 2022. "Pour nous, industriels, et pour nos sous-traitants, c’est trop", fait remarquer Stéven Curet. Matthieu Blandin, vice-président de Neopolia, un cluster d’industriels qui rassemble plus de 240 PME et ETI dont 100 positionnées dans les énergies marines renouvelables, n’y va pas par quatre chemins : "Sur les dix ans, la moitié du temps a été consacrée à des recours juridiques, alors que trois à quatre ans ont suffi pour le développement des projets et deux ans pour les chantiers. Les projets de parcs éoliens comme celui de Saint-Nazaire sont des projets à deux milliards d’euros. Ils sont extrêmement bien cadrés sur les plan juridique, technique et environnemental."

Préjudice industriel

La première conséquence des recours, au-delà de la perte de temps est "un préjudice industriel très important pour notre écosystème, déplore Matthieu Blandin. GE Saint-Nazaire devait fournir des éoliennes de 6 MW pour les trois premiers champs offshore français (Saint-Nazaire, Courseulles-sur-Mer et Fécamp en Normandie). Mais le retard pris à cause des recours a fait que l’industriel a rompu ses contrats. Il voulait bien les fournir pour Saint-Nazaire, mais après il libérerait son usine pour fabriquer des éoliennes beaucoup plus puissantes, de 14 mégawatts. Résultat : au lieu d’avoir 240 éoliennes à fabriquer avec de la sous-traitance au sein du réseau Neopolia, on n’en avait plus que 80, celles de Saint-Nazaire. Pour les deux autres champs, EDF Renouvelables a dû trouver un autre fournisseur, en l’occurrence Siemens Gamesa, heureusement en France (au Havre, NDLR)."

"La seconde conséquence, s’agace Matthieu Blandin, c’est que les mégawatts renouvelables dont on aurait besoin aujourd’hui, au moment où la moitié de nos réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, ne sont pas là. À la place, on fait tourner Cordemais, une centrale à charbon !" "Dans les pays du Nord, on a plus d’expériences, et les choses sont mieux préparées, notamment par rapport aux études environnementales, et cinq ans suffisent pour que l’on passe du projet à sa réalisation, souligne Matthieu Monnier. Il faut s’en inspirer."

50 parcs éoliens offshore pour une production de 40 gigawatts

Pour tenter d'aller plus vite et de simplifier les contraintes administratives, le gouvernement français prépare un projet de loi dit "d’accélération de la transition énergétique". Il vise à accélérer la réalisation des projets pour les énergies renouvelables, solaire et éolien offshore en tête, en simplifiant les procédures. "Il faudra que l’appareil de l’État suive, et que l’administration ait les moyens humains nécessaires pour permettre cette accélération", lance un industriel en proie au scepticisme.

Initialement prévue début septembre puis annulée, la possible venue du Président de la République Emmanuel Macron sur le parc éolien de Saint-Nazaire mi-septembre serait un signe fort pour constater les résultats probants de la chaîne de valeur française de cette nouvelle filière industrielle.

L’autre signe fort était venu en février 2022, de Belfort, avec le cap fixé par le président lui-même dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) : construire, d’ici à 2050, au large de nos côtes, 50 parcs éoliens offshore pour une production de 40 gigawatts d’électricité. Soit grosso modo 2 500 éoliennes à installer. Dans la foulée de cette annonce, l’ancien Premier ministre Jean Castex avait claironné la volonté de bâtir à l’horizon 2030 deux parcs éoliens flottants en mer Méditerranée, d’une puissance de 250 mégawatts chacun. En juillet, le gouvernement a annoncé avoir retenu deux zones pour l’implantation de deux nouveaux parcs en mer au large de l’Île d’Oléron d’une puissance d’un gigawatt chacun. Enfin, en août, on découvrait dans le Journal officiel le lancement d’un appel d’offres pour la construction d’un parc éolien près de la pointe du Cotentin. Le futur parc "Centre-Manche 2" occuperait une superficie de 270 km² et devrait fournir une puissance de 1,5 gigawatt.

Une planification précise

Frédéric Grizaud, directeur de la business unit énergies marines renouvelables aux Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire.
Frédéric Grizaud, directeur de la business unit énergies marines renouvelables aux Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. - Photo : David Pouilloux

"Ce qui manque, c’est une planification précise, sur le long terme, à la fois géographique et temporelle, estime Frédéric Grizaud, qui construit aux Chantiers de l'Atlantique des sous-stations électriques, ces énormes transformateurs reliés aux éoliennes et qui transfèrent l’électricité au continent à la tension de 225 000 volts. Où et quand va-t-on construire les futurs parcs éoliens ? Les industriels ont besoin de visibilité. L’idéal serait de programmer rapidement une quinzaine de nouveaux parcs et de donner des éléments pour les trente autres." Aujourd’hui, seulement sept sont en cours de développement ; celui de Saint-Nazaire sera le premier livré fin 2022 et fournira 20 % de l’électricité de Loire-Atlantique.

Un grand nombre d’industriels font part de leur crainte du "trou d’air", c’est-à-dire d’une période durant laquelle il n’y aurait pas de commandes passées aux industriels et acteurs maritimes français pour les futurs parcs de Yeu-Noirmoutier, Dieppe-Le Tréport et Dunkerque, période qui fragiliserait un écosystème industriel encore jeune. Certains craignent même de voir des industriels de rang 1, comme General Electric, faire leurs valises. "Ils tirent toute la filière. S’ils partent, tout s’écroule", glisse un interlocuteur. "Comment peut-on imaginer cela ?, s’irrite Stéven Curet, directeur offshore France GE Renewable Energy. On vient d’investir 60 millions d’euros dans l’agrandissement de l’usine qui va produire l’Haliade X, la première éolienne à 14 mégawatts, et nous avons construit notre hub logistique sur le port de Saint-Nazaire où sont pré-assemblées les éoliennes. Nous avons un plan de charge rempli jusqu’en 2025, avec 6 gigawatts de commandes fermes de nos clients, à l’export, notamment britanniques et américains. Enfin, avec les annonces du gouvernement français qui souhaite accélérer fortement sur l’éolien offshore, nous avons des perspectives immenses pour notre usine de Saint-Nazaire et notre centre d’ingénierie et de gestion de projets de Nantes où travaillent plus de 300 personnes, dont 70 nouveaux salariés recrutés cette année."

Concurrence internationale

Cédric Le Bousse, directeur du secteur énergies marines renouvelables chez EDF Renouvelables.
Cédric Le Bousse, directeur du secteur énergies marines renouvelables chez EDF Renouvelables. - Photo : David Pouilloux

Aux ambitions françaises s'ajoutent celles de l’Allemagne, du Danemark, des Pays-Bas et de la Belgique, qui ont annoncé en mai vouloir installer pour près de 150 gigawatts d’éoliennes en mer du Nord d’ici à 2050 pour en faire la "centrale électrique verte de l’Europe". Soit l’installation de 15 à 20 000 éoliennes offshore. Un autre accord, entre huit pays européens riverains de la mer Baltique, a été conclu fin août pour multiplier par sept la production d’électricité offshore dans cette zone, en passant de 3 à 20 gigawatts. Difficile d’imaginer qu’en Europe des usines seraient amenées à fermer avec des objectifs cumulés qui dépassent actuellement les 300 gigawatts (25 % de la consommation électrique de l’Europe), et qui pourraient encore être relevés… "Aujourd’hui on installe 3 gigawatts d’éolien mer par an, il faudra multiplier par trois ce rythme pendant 30 ans pour atteindre cet objectif", estime Frédéric Grizaud, par ailleurs président de la commission éolien en mer du Syndicat des Énergies Renouvelables.

Les territoires profitent-ils à plein régime de ce boom de l’éolien maritime, présent et futur ? "Le parc éolien de Saint-Nazaire est la pure démonstration qu’un tel projet a de nombreuses retombées économiques locales, affirme Stéven Curet. Pour l’installation des éoliennes et la logistique, nous avons fait appel à 100 % à des entreprises françaises, comme Idea, Sogebras ou Valemo. Pour la production des éoliennes, le panel des fournisseurs est énorme, et la filière industrielle française n’est pas encore à maturité." Même discours du côté d’EDF Renouvelables : "Nous accompagnons au mieux nos fournisseurs français, rapporte Cédric Le Bousse, pour qu’ils étoffent leurs compétences et leurs savoir-faire industriels, et soient mieux armés face à la concurrence internationale."

Des trous dans la raquette industrielle

En langage moins policé, on doit comprendre, qu’en France, il y a des trous dans la raquette industrielle. C’est notamment le cas pour une partie de l’économie maritime, qui doit pouvoir se renforcer d’armateurs sous pavillon français avec des appels d’offres passés plus tôt et sur des contrats de long terme pour faciliter la construction nationale de navires de services maritimes, utiles pour les opérations de maintenance des parcs offshore.

"Pour certaines grosses pièces de fonderies, la France n’est pas au rendez-vous, illustre Stéven Curet, et elles arrivent de Chine." Les pales du parc de Saint-Nazaire ? Espagnoles. Mais l’usine de Cherbourg, propriété de GE, fabriquera les pales de 107 mètres de long qui équiperont des éoliennes posées au Royaume-Uni et aux États-Unis, et qui tourneront avec des nacelles construites à Saint-Nazaire. "Nous essayons au maximum d’avoir recours aux industriels proches des sites d’implantation des éoliennes, ajoute Stéven Curet, mais notre métier est de fournir à nos clients les meilleurs produits aux meilleurs coûts."

Didier Borowski, directeur général délégué de la PME vendéenne Rollix Defontaine.
Didier Borowski, directeur général délégué de la PME vendéenne Rollix Defontaine. - Photo : David Pouilloux

"L’industrie de l’éolien est aussi mondialisée et concurrentielle que le secteur automobile", résume Didier Borowski, directeur général délégué de Rollix Defontaine, une entreprise de La Bruffière (Vendée) qui fabrique des couronnes d’orientation d’éoliennes, pièces d’acier gigantesques sur lesquelles vient se fixer une pale et qui permettent de la faire pivoter pour qu’elle prenne le vent de la meilleure des façons. "Aujourd’hui, nous fournissons une éolienne sur trois dans le monde, et dans l’éolien offshore c’est une sur deux. Nous exportons dans 65 pays et avons 1 300 clients." L’entreprise réalise 254 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 150 dans l’éolien, et possède deux usines, l’une en France, l’autre en Chine…

"Au départ, nous avions en tête de livrer l’Europe depuis notre usine en France, et l’Asie (Chine, Inde, Japon), depuis notre usine chinoise, poursuit Didier Borowski. Mais c’est devenu compliqué, car on a une grosse pression sur les prix. Le principal problème, c’est que pour se développer, l’énergie éolienne a besoin de devenir plus compétitive." Le marché l’y oblige, car l’attribution des appels d’offres se fait à l’échelle mondiale et à des prix très bas pour l’électricité : 44 euros le mégawattheure pour les derniers appels d’offres. Quand on pense que le prix de l’électricité sur les marchés a récemment dépassé les 1 000 euros ! "Les producteurs d’électricité se retournent vers leurs fabricants d’éoliennes et leur demande de casser les prix, pour abaisser leurs coûts. Et évidemment les fabricants d’éoliennes se tournent vers leurs fournisseurs comme nous, et nous demandent de baisser les prix. En Europe, nous avons des concurrents, et la bataille est déjà rude, car les conditions salariales ne sont déjà pas exactement les mêmes. Il y a quelques années, nos clients nous comparaient entre fournisseurs européens. C’est désormais fini. On compare nos prix à ce que proposent les Chinois ! Si dans notre offre, on ne fait pas un mixte de produits entre ce que l’on fabrique en France et en Chine, on ne décroche pas un marché, et on ferme notre usine en Vendée !"

Le juste de prix de l’électricité

"Pour que la filière industrielle puisse en vivre, il faut un prix du mégawatt heure qui reflète le juste coût économique, social et environnemental, affirme Matthieu Blandin, du cluster Neopolia et par ailleurs responsable de l’éolien offshore chez Valorem et dirigeant d’Akrocean. En dessous d’un certain prix, les éoliennes et la main-d’œuvre viendront d’ailleurs, car les coûts ne sont pas les mêmes qu’en Europe. L’énergie pas chère est une aberration qui encourage aussi au gaspillage." Stéven Curet résume : "Tout le monde doit s’y retrouver, les industriels comme les consommateurs." En fonction des conditions du site (éloignement de la côte, capacité de raccordement électrique, profondeur, importance du gisement éolien, espace disponible…), le juste prix se situerait entre 80 et 120 euros le MWh pour assurer la survie de la chaîne de valeur locale.

Face à la férocité du marché mondial et la peur de passer à la trappe, les cinq clusters français du secteur se sont rebiffés. Dans le cadre des nouveaux appels d’offres éoliens offshore posés et flottants, Aquitaine Blue Energies, Bretagne Ocean Power, Neopolia, Normandie Maritime et Wind’Occ ont élaboré une charte de bonnes pratiques industrielles vis-à-vis des territoires. En septembre 2021, ils ont invité les acteurs de rang zéro (les producteurs d’électricité) à signer cette charte qui les engage à "participer activement à la structuration d’une filière industrielle compétitive associant l’ensemble des clusters, représentants des acteurs économiques du territoire français".

"Une nouvelle mouture pour les rangs 1 (fabricants d’éoliennes, sous-stations, travaux maritimes, etc.) et de rang 2 (fournisseurs divers) a été présentée en juin 2022 pour associer l’ensemble de la chaîne de valeur, explique Matthieu Blandin, vice-président de Neopolia. Ces chartes signées par les candidats aux appels d’offres et leurs sous-traitants connus ou potentiels visent à montrer qui est prêt à jouer le jeu avec les acteurs locaux, mais aussi à encourager l’État à poser des règles sur les conditions de travail et de sourcing, sur les règles environnementales, afin que les entreprises de rang zéro et de rang un s’engagent à faire appel à des fournisseurs respectueux des impacts économiques, sociaux et environnementaux de leur activité."

Coût du travail, normes environnementales

"Depuis quelques années, l’Inde monte en puissance sur l’éolien, souligne Didier Borowski. Mais l’Europe s’est tiré une balle dans le pied avec ce pays, en signant un accord bilatéral qui supprime les taxes douanières. En Inde, les coûts de main-d’œuvre et les conditions de travail, sans parler de normes environnementales, n’ont rien à voir avec celles appliquées en Europe." Et avec la Chine ? "Les taxes à l’export pour les produits chinois sont de 8 à 10 %, mais pour les pièces d’éoliennes, c’est 2,8 % ! On aide des pays qui n’appliquent pas les mêmes règles du jeu !" Ce type de charte pourrait voir les produits étrangers fabriqués dans des conditions douteuses être hors course.

Il y a dix ans, le solaire a explosé en Europe. "Des entreprises ont fait des investissements colossaux. On n’a pas défendu cette industrie, se rappelle Didier Borowski. Presque tous les panneaux solaires sont désormais chinois. Il est en train de se passer la même chose dans l’éolien. Si on ne défend pas aujourd’hui notre industrie éolienne, on ne fabriquera plus une seule éolienne en Europe dans quelques années."

Pour l’heure, sur la question de l’emploi, l’éolien offshore représente 6 600 emplois en France, avec des perspectives de 20 000 emplois d’ici à 2035. "On n’a pas de pétrole, pas de gaz, mais on a des usines et des bras pour fabriquer nos éoliennes, lance Frédéric Grizaud. Et cette industrie pourra produire de l’électricité pendant des siècles et des siècles."

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