Pas-de-Calais

Agroalimentaire

Investissement industriel

Régnier Sucré & Salé investit 4,5 millions d’euros pour étendre son activité

Par Jeanne Magnien, le 21 novembre 2023

Décalé au fil des différentes crises qui ont frappé ces dernières années, le plan d’investissement du boulanger industriel Régnier Sucré & Salé va finalement se concrétiser pour le début 2024. Avec un budget revu à la hausse au passage, il devrait permettre à l’entreprise de franchir la barre des 10 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le spécialiste de la pâtisserie surgelée Régnier Sucré & Salé investit pour agrandir son usine, et monter en volumes.
Le spécialiste de la pâtisserie surgelée Régnier Sucré & Salé investit pour agrandir son usine, et monter en volumes. — Photo : Régnier Sucré & Salé

C’est ce qu’on appelle reculer pour mieux sauter. Depuis la fin 2020, Vincent Sepieter, le dirigeant du boulanger industriel Régnier Sucré & Salé, réfléchit à étendre la capacité de son site de production d’Arques, dans le Pas-de-Calais. Un plan d’investissement de 3,5 millions d’euros est ainsi annoncé fin 2020. Mais finalement, tout ne se passe pas comme prévu. "Avec le Covid, nous avons suspendu le projet, que nous avons relancé fin 2021. Mais se sont enchaînées, la hausse des prix des matériaux de construction, puis leur pénurie, et enfin l’instruction du permis de construire a pris un certain temps… Nous n’avons obtenu tous les feux verts qu’en juillet 2023", retrace Vincent Sepieter, qui a repris en 2013 l’entreprise créée en 1964.

Entre-temps, le volume d’investissement est passé, aidé par l’inflation, de 3,5 millions à 4,5 millions d’euros, qui vont permettre l’agrandissement de la zone de production, déjà étendue en 2016-2017, mais aussi, des travaux énergétiques, et l’achat de nouvelles machines.

Une usine plus grande et plus "verte"

"Aujourd’hui, l’usine se déploie sur environ 4 000 m², dont 3 300 m² sont dédiés à la production. C’est cette zone qui va être agrandie d’environ 1 300 m². Cette nouvelle surface accueillera quatre lignes de production, une zone de pétrissage, des chambres de pousse, des fours, des surgélateurs, une zone de lavage et 2 nouvelles lignes de conditionnement, ainsi que du stockage supplémentaire. Environ 3,5 millions d’euros vont être consacrés au bâtiment, et 1 million à l’achat de nouvelles machines, qui vont permettre davantage d’automatisation", détaille Vincent Sepieter.

Dans la nouvelle mouture du projet, est en revanche abandonnée la création d’un point de retrait en vente directe pour les particuliers, une idée née du Covid, jugée trop coûteuse maintenant que les confinements semblent derrière nous.

Une large place est désormais faite au "verdissement" de l’usine. La gestion de l’eau va être repensée pour, notamment, améliorer la récupération des eaux pluviales, utilisées pour l’alimentation des toilettes et la brumisation des équipements de production de froid. Les eaux en sortie de process vont également être mieux filtrées et traitées.

En parallèle, 600 m² de panneaux photovoltaïques seront installés sur les toits, générant une production estimée de 100 Kwc, une puissance qui devrait couvrir une large part de la consommation de l’usine. Grâce à cette installation, cette dernière va d’ailleurs pouvoir s’affranchir totalement du gaz, tant dans ses process que pour son système de chauffage.

En parallèle, des efforts vont être menés pour améliorer l’accessibilité PMR de l’ensemble des installations, et pour moderniser les espaces de vie de la soixantaine de salariés du site. Une mesure qui pourrait faciliter les recrutements, espère Vincent Sepieter, qui peine à trouver de la main-d’œuvre disponible.

"Nous tournons avec 63 permanents, et une vingtaine de renforts qui interviennent chaque année entre septembre et décembre, la préparation des fêtes étant notre temps fort. Mais c’est compliqué de trouver des gens. Nous avons mis l’accent sur l’accessibilité PMR parce que ça me paraît, à titre personnel, indispensable que l’usine soit entièrement accessible. Nos métiers ne requièrent pas beaucoup de force, mais en revanche, pas mal de dextérité, et pourraient tout à fait être adaptés à des personnes à mobilité réduite. Nous sommes en train de nous rapprocher des Papillons Blancs, pour voir s’ils ne pourraient pas monter une équipe qui nous serait dédiée", présente Vincent Sepieter.

Monter en volumes, et à l’export

L’ensemble de ces investissements traduit l’ambition du dirigeant de gagner en volumes, et de retravailler son offre, tout en améliorant sa compétitivité, dans un contexte de concentration des acteurs du secteur.

Réalisant actuellement 6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, Vincent Sepieter prévoit de franchir la barre des 10 millions d’euros en 2026. D’ici là, sa production aura évolué. "Actuellement, nous produisons entre 60 et 70 % de produits sucrés, 20 % de brioches, et 10 % de produits salés. Mon objectif, c’est d’atteindre à terme un équilibre entre ces trois typologies de produits, et que chacune pèse environ un tiers du chiffre d’affaires global."

En parallèle, Régnier Sucré & Salé compte développer son portefeuille de clients à l’export, tout en conservant ses différentes clientèles, qui se répartissent à parts égales entre les freezer centers, la grande distribution, les food centers, et la restauration.

Déjà présente en Allemagne, en Angleterre et en Belgique, l’entreprise compte attaquer de gros morceaux à l’export, comme le Canada, les États-Unis, et le Moyen-Orient. Sans rien changer, ou presque, aux recettes qui font son succès en Europe, comme les merveilleux, les choux, ou autres tropéziennes.

"Nous ne développons pas de gammes spécifiques en fonction des pays que nous visons. Pour le salé, nous sommes bien sûr attentifs aux protéines animales que nous utilisons, et nous favorisons d’ailleurs des recettes végétariennes, plus simples à exporter. Mais nous ne modifions pas le catalogue ou les recettes, nos grands classiques, qui fonctionnent très bien ici et fonctionnent ailleurs. Il y a une forte appétence dans le monde pour la gastronomie française. Et, il faut bien le dire, un manque de main-d’œuvre qui touche l’hôtellerie-restauration, dans tous les pays. Les gestionnaires d’établissements sont à la recherche de solutions de qualité, pour gagner du temps-homme en cuisine", pointe Vincent Sepieter, pragmatique.

À ce titre, le dirigeant se dit peu inquiet des effets de la loi obligeant les restaurateurs à indiquer d’ici 2025 les plats qui ne seraient pas "faits maison" sur leurs cartes. "C’est un effet d’annonce comme il y en a régulièrement. Dans l’idée, c’est bien beau, mais je mets au défi le gouvernement de trouver les cuisiniers, les pâtissiers, les boulangers qui manquent aux hôteliers et aux restaurateurs, et qui leur permettraient de ne proposer que du 100 % fait maison. Et, à mon avis, les consommateurs sont lucides, pour leur déjeuner du quotidien, ils cherchent avant tout quelque chose de simple et de bon, à un prix abordable," raisonne le dirigeant.

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