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Le groupe Ramery entame une diversification d'envergure au-delà du BTP

Par Jeanne Magnien, le 30 novembre 2023

Le groupe familial Ramery, spécialisé depuis une cinquantaine d’années dans le BTP, annonce un virage majeur dans les dix ans à venir. Cette nouvelle orientation va le conduire à se détourner de ses métiers historiques, pour développer de nouvelles compétences et sources de revenus. Une véritable révolution à l’échelle du groupe.

Mathieu Ramery (debout, à gauche), entouré de son codir: Laurent Gibello à ses côtés, puis (assis de gauche à droite) Olivier Romain, Jérôme Boudier, et Pascal Foulon.
Mathieu Ramery (debout, à gauche), entouré de son codir: Laurent Gibello à ses côtés, puis (assis de gauche à droite) Olivier Romain, Jérôme Boudier, et Pascal Foulon. — Photo : Jeanne Magnien

C’est dans le cadre feutré de l’ancienne étable de la ferme familiale d'Erquinghem-Lys, transformée en salle de réunion, que Mathieu Ramery a choisi de faire son annonce. Une façon de rappeler les racines du groupe Ramery (2 700 salariés, 670 M€ de CA), né sur une exploitation agricole centenaire, où a depuis été construit le siège ultramoderne du groupe. Mais aussi, de rappeler que les changements de culture font partie de son ADN. Justement, il se prépare une nouvelle révolution chez Ramery, qui devrait amener des changements radicaux.

En effet, dans son nouveau plan stratégique, l’entreprise, qui fait aujourd’hui partie du "top 20" français des entreprises de construction, se donne une dizaine d’années pour réaliser une diversification d’envergure. Et se détourner largement du BTP. Un secteur d’activité qui représente, aujourd’hui, 70 % de ses 670 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

"Nous avons fêté nos cinquante ans en 2022, j’ai eu envie de projeter l’entreprise dans les 50 ans à venir", présente Mathieu Ramery, qui a pris la présidence du groupe familial en 2020. "Beaucoup reste encore à écrire mais une chose est sûre, dans dix ans nous ne serons plus un groupe de BTP et d’environnement comme aujourd’hui. Nous allons travailler à faire converger notre histoire avec les évolutions de la performance énergétique et de l’environnement, pour rendre nos métiers plus vertueux et nous diversifier."

Changer quand tout va bien

Dans cette stratégie audacieuse, Ramery veut s’appuyer sur ses forces, à un moment où le groupe est "solide et performant", souligne son dirigeant, entouré de son codir. C’est-à-dire, miser sur l’engagement de ses 2 700 salariés. Sur ses 70 "entités" en France, dont 70 % sont dans les Hauts-de-France. Sur la diversité de ses métiers et de ses clients, dont la moitié sont des acteurs publics, et l’autre, privés, "un atout" en des temps de crise. Et enfin, sur sa solidité financière : après 9 % de croissance en 2022, Ramery table sur 5 % en 2023, et affiche en 2024, 8 mois de visibilité sur ses carnets de commandes. Surtout, malgré les crises, les résultats nets du groupe sont stables, autour de 12 millions d’euros, ce qui lui garantit de la "sérénité", et une "bonne capacité d’investissement".

Cette solidité, Ramery va en avoir besoin pour financer son mouvement de pivot dans la période qui s’ouvre. La direction du groupe a identifié cinq axes stratégiques qu’elle va développer de front d’ici 2032 : l’ingénierie-conseil ; la performance énergétique et environnementale ; la promotion et la construction ; l’économie circulaire ; la production et la distribution d’énergie renouvelable.

Certains de ces métiers, outre la construction-promotion bien entendu, font déjà partie de la partition de Ramery : l’ingénierie et la performance énergétique par exemple, sont des axes de diversification activés ces dernières années.

"L’idée est de remonter la chaîne de valeur de nos métiers historiques. Et de développer de nouvelles compétences transverses sur lesquelles pourront s’appuyer l’ensemble de nos métiers. Cela passe par de la formation, du recrutement mais aussi, de la croissance externe. Comme avec le rachat du bureau d’études DCI, en juin 2023, d’une dizaine de collaborateurs. Ce genre de rachats, qui nous a en plus ouvert des portes dans l’Ouest où nous sommes peu présents, nous pourrions en faire plusieurs dans les prochaines années", décrit Jérôme Boudier, directeur général du groupe qui compte de plus en plus, étendre son implantation. De la même façon, le métier d’écoconcepteur, de quartiers ou de bâtiments, n’est pas inconnu pour Ramery, qui s’est déjà doté d’une entité "management de l’énergie", et travaille sur les écomatériaux, comme sur la rénovation et la réhabilitation de patrimoine ancien, en site occupé, depuis 2022.

Lâcher du lest sur la construction

C’est donc à un jeu d’équilibriste que va se livrer l’équipe dirigeante de Ramery dans les prochaines années. Il va falloir déplacer les poids, ni trop vite ni trop lentement, pour ne pas déstabiliser l’ensemble tout en l’amenant, à un point d’équilibre inédit. Avec à terme cinq Business Units pesant chacune, peu ou prou, 20 % du chiffre du groupe.

Tout en avançant ses pions sur ses nouveaux métiers, Ramery a commencé à lâcher du lest sur ses principales activités, la partie promotion et construction. Et d’abord, en arrêtant tout bonnement la promotion en BtoC, jugée trop peu rentable. Un virage entrepris "avant la crise du logement", précise le groupe, conforté dans sa stratégie par la conjoncture actuelle sur le logement neuf. Ramery mène à bien ses derniers projets en cours, et tente de les requalifier en projets BtoB, ou de les céder à la Caisse des Dépôts, qui vole actuellement à la rescousse des promoteurs en reprenant les projets en panne d’acheteurs. Outre la vente en bloc, Ramery veut se concentrer sur les questions de décarbonation, de réemploi et de digitalisation, et adopter "une approche systémique et coordonnée" d’un secteur qui entre tout juste dans "sa première révolution industrielle".

Ramery se voit demain comme un "chef d’orchestre de la construction", maniant tous les outils à sa disposition, y compris la préfabrication et les technologies innovantes, pour gagner l’amont de la chaîne de valeur. L’aval a également toute son attention, avec un nouveau pan d’activité dédié à l’économie circulaire. "Nous réduisons et revalorisons déjà nos déchets. Nous retraitons 500 000 tonnes de déchets de construction par an, dont 85 % sont revalorisés. Et nous travaillons pour atteindre 0 % d’enfouissement. Nous sommes déjà leader régional sur la collecte et la transformation des déchets d’éléments d’ameublement, que nous réutilisons ou transformons en isolants. Et en mars 2023, nous avons racheté Valpaq en Nouvelle-Aquitaine, qui revalorise des pneumatiques," présente Olivier Romain, directeur général. Cette PME de 20 personnes, réalisant 3 millions d’euros de chiffre d'affaires, constitue le 4e centre de valorisation du groupe, qui en compte déjà trois, plus généralistes, dans les Hauts-de-France.

Se faire une place dans les énergies renouvelables

C’est donc dans le secteur des énergies renouvelables, que Ramery fait un pas dans l’inconnu. "Incontournable pour la décarbonation des territoires et l’indépendance énergétique", cette activité est nouvelle pour le groupe. Qui n’en voit pas moins les choses en grand. Ramery est déjà lancé, avec Engie Green, dans la création d’un parc photovoltaïque de 15 ha à Violaines (Pas-de-Calaisd), sur le site d’une ancienne centrale à charbon. Il mise aussi sur la méthanisation et la pyrogazéification, des activités pour lesquelles, il a déjà, "le foncier disponible et l’approvisionnement". Et aura bientôt, les compétences : un projet de croissance externe, encore confidentiel, est en passe d’être signé, qui devrait permettre à Ramery de s’installer rapidement dans cette nouvelle activité. Solide sur ses appuis et suivi par des investisseurs "très intéressés", le groupe ne se donne pas d’enveloppe d’investissement pour ces activités présentant "un certain temps de latence". Mais mise en moyenne, sur 1 million d’euros investi pour 1 MWH de puissance installé. Et ne compte donc pas, lésiner sur les moyens.

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