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Interview Coronavirus - Thiriez Literie : « L'équation n'est pas simple pour garantir service client et santé des salariés »

Entretien avec Geoffrey Thiriez, dirigeant de Thiriez Literie

Propos recueillis par Elodie Soury-Lavergne - 25 mars 2020

Touché par la crise liée au coronavirus Covid-19, le fabricant nordiste de matelas, sommiers et accessoires de literie Thiriez Literie, basé à Wattrelos (Nord), s'est toutefois organisé pour maintenir une partie de sa production pour les établissements de santé et les collectivités. Son dirigeant, Geoffrey Thiriez, témoigne.

Production de matelas chez Thiriez Literie dans le Nord
Dans le Nord, Thiriez Literie maintient sa production malgré le confinement pour répondre à la demande des établissements de santé et des collectivités. — Photo : Thiriez Literie

Le Journal des Entreprises : Pourquoi avez-vous choisi de maintenir partiellement l’activité de Thiriez Literie (21 millions d'euros de CA en 2019, 100 salariés) ?

Geoffrey Thiriez : Nous avons répondu à trois questions pour décider de poursuivre ou non la production de matelas. Est-ce que nos salariés veulent toujours travailler ? La réponse est oui. Est-ce que nous avons assez de matière première ? Le vendredi précédant l’annonce du confinement par le Président de la République, nous avons anticipé en achetant davantage de matières, à savoir de la mousse et du tissu. Enfin, est-ce que nos clients attendent toujours nos produits ? Là encore, la réponse est oui. Notre production de matelas pour le grand public est à zéro car les magasins sont fermés. Seuls quelques sites e-commerce tournent encore. En revanche, notre activité pour les collectivités (prisons, foyers de travailleurs, casernes, etc.), se maintient, sans hausse, ni baisse. Elle représente en temps normal 25 % de notre chiffre d’affaires. Et nous faisons face à une hausse de la demande pour le secteur de la santé, qui est passé de 10 % à 20 voire 25 % du chiffre d’affaires. La semaine dernière, nous avons réalisé 45 % de chiffre d’affaires en moins par rapport à une semaine traditionnelle.

Ce maintien a-t-il été compliqué à organiser ?

G.T. : Thiriez Literie compte 100 salariés, dont 60 en production et logistique. Pour le moment, 20 salariés des fonctions support sont en télétravail et 30 collaborateurs sont maintenus à leur poste en production. Nous avons dû nous adapter aux consignes sanitaires avec un mètre ou plus d’écart entre les collaborateurs, du nettoyage quotidien, des tablettes devenues nominatives, du gel hydroalcoolique à disposition. L’équation n’est pas simple entre garantir le service client et la santé des salariés. Quant au télétravail, cela peut paraître facile à mettre en place mais il y a tout un aspect technique à gérer. Tous les salariés n’étaient pas équipés d’ordinateurs portables et nous n’avons pas pu en commander en urgence. De plus, notre réseau à distance n’acceptait pas plus de 8 connexions simultanées. Nous avons dû trouver un système D, ce qui nous a pris 48 heures. Les autres salariés épuisent pour le moment leur compteur d’heures supplémentaires, ensuite nous utiliserons les RTT et les congés, ainsi que le compte épargne temps, le tout pour maintenir le plus longtemps possible leur salaire à 100 %. Quant à la prime de 1 000 euros évoquée par le gouvernement, j’ai expliqué aux salariés que nous avons actuellement moins de ressources, contrairement à Auchan ou Carrefour. Je trouve que ce type de proposition a un effet réceptif sur les salariés, ce qui est dommageable pour les entreprises.

« Nous avons 4 millions d’euros de créances clients dehors, dont la moitié auprès de privés »

Comment envisagez-vous la suite ?

G.T. : La situation est un peu rageante, car nous avons fait un très bon début d’année, avec un chiffre d’affaires en hausse de + 11 % fin février, par rapport à la même période en 2019. Désormais, nous devons adapter nos charges. Les banques nous ont accordé 6 mois de décalage sur l’ensemble de nos prêts et nous avons réalisé une nouvelle levée auprès des partenaires bancaires et de Bpifrance, pour renforcer notre trésorerie. Ma crainte essentielle concerne nos clients privés : à la reprise, vont-ils payer les factures ? Nous avons 4 millions d’euros de créances clients dehors, dont 2 millions d’euros auprès de privés. Une entreprise comme Thiriez Literie peut se sortir de - 10 à - 20 % de chiffre d'affaires sur l’année. L’autre point noir concerne l’emménagement dans notre futur site, qui était prévu cet été. C’est un projet de deux ans et un investissement de 7,5 millions d'euros... Nous avons déjà établi plusieurs scénarios, en fonction de la date de reprise du chantier. Un déménagement à la fin de l’automne est probable, mais il y aura un impact sur la production.

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