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Management

Pourquoi une PME française sur deux joue la carte de la RSE

Par Caroline Scribe, le 17 octobre 2019

La moitié des PME et des ETI françaises déclare adopter une démarche RSE (responsabilité sociétale et environnementale des entreprises). Affichage ou véritable prise de conscience de la nécessité d’un mode de développement plus durable ? Quelles motivations et pratiques recouvre ce chiffre ? Et surtout : que peut vraiment apporter la RSE à l'entreprise ?

De plus en plus de PME et d'ETI se mettent à la RSE. A l'exemple du groupe nantais Tibco qui a réunit ses salariés en groupes de travail. Ils ont permis de lancer 70 chantiers sur des problématiques environnementales, sociales ou sociétales.
De plus en plus de PME et d'ETI se mettent à la RSE. A l'exemple du groupe nantais Tibco qui a réunit ses salariés en groupes de travail. Ils ont permis de lancer 70 chantiers sur des problématiques environnementales, sociales ou sociétales. — Photo : Tibco

« Nous faisons le pari que, dans un monde où les émissions de CO2 augmentent, les entreprises qui s’y préparent le mieux, qui se concentrent sur le développement durable, seront les plus performantes financièrement sur la durée. » L’auteur de cette analyse n’est pas un écologiste pur et dur, mais Larry Fink, président de BlackRock, le plus important gestionnaire d’actifs au monde (6 000 milliards de dollars).

Une démarche RSE dans la moitié des entreprises françaises

Les PME françaises ont-elles intégré cette nouvelle donne ? C’est ce que plusieurs enquêtes récentes ont tenté de mesurer, au travers du concept de Responsabilité sociétale et environnementale des entreprises (RSE). De l’étude menée par EcoVadis entre 2016 et 2018, auprès de 20 800 entreprises dans le monde (dont 3 000 PME et ETI françaises), il ressort que 70 % d’entre elles disposent d’un système de gestion de la RSE « adapté », voire « exemplaire ».

Des chiffres en progression, qui pourraient assurer aux PME françaises une place sur le podium mondial dans les prochaines années. Selon Bpifrance Le Lab, qui a interrogé plus de 1 000 entreprises, 50 % déclarent avoir une démarche RSE : structurée pour la moitié d’entre elles, peu formalisée pour l’autre. Quant aux 50 % de PME disant ne pas avoir de politique RSE, elles sont cependant la moitié à avoir mis en place des actions ponctuelles.

Les accélérateurs de la RSE

Quelle que soit la lecture que l’on fasse de ces chiffres, verre à moitié plein ou à moitié vide, il semblerait que la Responsabilité sociétale et environnementale trace son chemin dans les PME. Les dirigeants s’y mettent, soit par conviction, soit sous la pression de leurs salariés, clients, donneurs d’ordres… Même la Banque de France intègre désormais des critères RSE dans son système de notation des entreprises. Tout cela contribue à faire bouger les lignes.

• Améliorer la marque employeur

« Au début, ce sont les crises, notamment sanitaires, et les lanceurs d’alerte qui ont accéléré la dynamique RSE, indique ainsi Aurore Maire, manager chez Utopies, un cabinet parisien qui accompagne depuis 25 ans les entreprises dans leur démarche. Depuis quelque temps, le catalyseur, c’est la marque employeur et l’attractivité des entreprises, notamment auprès des plus jeunes générations. La RSE est une réponse évidente à la quête de sens et au besoin de reconnaissance. Pour moi, un cap a été franchi dans l’appréhension du sujet. »

Dans les faits, les entreprises qui ont adopté la RSE y associent souvent leurs salariés, à l'image de La Franco-Argentine, basée dans l'Aisne. C'est même une condition sine qua non pour le gérant de Synphonat (Haute-Garonne) : « Entrer dans cette démarche par un management vertical, ça ne marche pas ! », assure Fabien Besançon. Certaines actions de RSE consistent d'ailleurs à donner plus d'autonomie au personnel : c'est la voie suivie par l'imprimerie Trulli (Alpes-Maritimes) et par Francepal (Maine-et-Loire), qui a beaucoup misé sur la formation.

• Maîtriser le risque fournisseur

Pour Marc Jacouton, directeur développement durable en temps partagé de Cepovett, créateur de vêtements professionnels en région lyonnaise, le déclic de la RSE est venu d'ailleurs : « Nous nous sommes mis à la RSE en 2007, sous la pression des directions achats, qui voulaient éviter que leurs fournisseurs les mettent en risque avec des pratiques ou des origines des marchandises non maîtrisées. Nous avons alors travaillé sur l’origine de nos cotons, la traçabilité… Aujourd’hui, j’ai le sentiment que nous ne sommes plus dans le "pourquoi", mais dans le "comment" de la RSE », témoigne Marc Jacouton, également administrateur de C3D (Collège des directeurs du développement durable), qui réunit 160 membres.

Les freins à la RSE

Le "comment" de la mise en œuvre de la RSE est cependant loin d’être une évidence pour les PME. En effet, la notion est complexe. « Les PME ont le sentiment que la RSE, c’est important. Mais il y a encore beaucoup de pédagogie à faire pour l’appréhender dans toutes ses dimensions : sociétales, environnementales, économiques et de gouvernance, estime Benoît Thierry, président de Planet RSE Nantes. Beaucoup d’entreprises confondent, par exemple, RSE et amélioration continue. Il faut simplifier la RSE pour la rendre accessible à tous. » L’association, présente dans plusieurs villes françaises, valorise les performances RSE des TPE et PME via un audit réalisé de pair à pair par ses adhérents.

Outre sa complexité, les freins à la RSE fréquemment mis en avant sont un retour sur investissement pas évident, le manque de temps et de ressources en interne, ce dont témoigne Fabrice Brangeon, dirigeant de Someva (Loire-Atlantique). Entrent également en compte l’âge du dirigeant (à l’approche de la retraite, la RSE n’est souvent pas la priorité) et le fait de ne pas appartenir à un réseau. L'imprimerie alsacienne Geiger reconnaît, par exemple, avoir progressé grâce à sa participation au groupement Imprifrance.

« Avec la RSE, les entreprises peuvent avoir peur d’être taxées de greenwashing ou de se faire reprocher de consacrer du budget à des actions jugées non prioritaires. »

« Les PME perçoivent bien l’aspect environnemental de la RSE. De plus en plus son côté humain, avec un retour sur investissement réel en termes d’image, pour baisser les coûts de recrutement et fidéliser les salariés. Mais, dans le contexte français, elles hésitent à lier RSE et performance économique, par peur d’être taxées de greenwashing ou de se faire reprocher de consacrer du budget à des actions jugées non prioritaires par les salariés. D’où une certaine frilosité à mettre en avant la RSE », analyse pour sa part André Sobczak, titulaire de la chaire RSE d’Audencia Business School.

L’étude Bpifrance Le Lab révèle effectivement que les PME françaises sont en pointe sur le volet social de la RSE, grâce au lien fait avec la qualité de vie au travail et l’attractivité de l’entreprise. La partie environnementale paraît plus contraignante, notamment en ce qui concerne les normes. Ce qui n’empêche pas que 76 % des entreprises procèdent à la collecte, au tri ou à la valorisation des déchets.

Prochain défi : mieux intégrer la RSE à la stratégie d'entreprise

Mais, trop souvent encore, la RSE apparaît dans de nombreuses entreprises comme une multitude d’actions éparses, traitées de façon superficielle et en silo, plutôt que dans une approche globale, intégrée à la stratégie de l’entreprise. Pour les PME françaises, voici le prochain cap à franchir.

Un palier qu’a passé Tibco, une ETI nantaise qui s’est dotée d’une direction RSE constituée de douze salariés. Cela lui permet de structurer la RSE autour d’une dynamique collective, incluant des centaines de salariés et 70 chantiers, allant de la prévention des discriminations au lancement d’une offre commerciale écoresponsable.

« Il faut convertir les entreprises à la RSE comme levier d’innovation et de création de valeur. »

« Les PME orientent beaucoup la RSE sur la minimisation de leurs impacts (réduction des consommations d’énergie…), car c’est rentable et mesurable. Il faut les convertir à la RSE comme levier d’innovation et de création de valeur, à une vision de la RSE intégrée dans la stratégie de l’entreprise et l’amenant à repenser son offre, à travailler sur de nouveaux usages… », avance Aurore Maire du cabinet Utopies.

« Il faut donner du sens à la RSE, en la reliant à une démarche globale. Elle doit s’inscrire dans une démarche de progrès qui montre que l’entreprise réfléchit à ses impacts sociaux et environnementaux, toujours dans le souci de la performance économique, car la rentabilité est un enjeu fort pour les TPE et PME », insiste André Sobczak.

Moyennant quoi, ces dernières, grâce à leur agilité et leur ancrage dans les territoires, pourraient devenir, dans les années à venir, un moteur de la RSE en France. Et tout particulièrement les entreprises familiales, qui ont pour caractéristique d’inscrire leur stratégie et leurs actions dans un temps long.

De plus en plus de PME et d'ETI se mettent à la RSE. A l'exemple du groupe nantais Tibco qui a réunit ses salariés en groupes de travail. Ils ont permis de lancer 70 chantiers sur des problématiques environnementales, sociales ou sociétales.
De plus en plus de PME et d'ETI se mettent à la RSE. A l'exemple du groupe nantais Tibco qui a réunit ses salariés en groupes de travail. Ils ont permis de lancer 70 chantiers sur des problématiques environnementales, sociales ou sociétales. — Photo : Tibco

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