Numérique

Le site web écoresponsable, un choix environnemental et économique

Par Valérie Dahm, le 16 juin 2022

Le numérique est rentré au cœur des entreprises mais contribue de façon non négligeable au réchauffement climatique. Faire le choix d’un site internet plus responsable, c’est possible aujourd’hui. Des entreprises se lancent et des prestataires se développent. À la clé, des impacts positifs sur l’environnement et des économies à la clé.

Les 100 premiers sites internet français consomment plus en électricité que 3 000 foyers.
Les 100 premiers sites internet français consomment plus en électricité que 3 000 foyers. — Photo : Rawpixel.com

Un nouveau marché est en train de prendre de l’ampleur, celui des sites web "écolo", conçus pour limiter leur impact sur l’environnement. On le sait peu, mais un site web sollicite de nombreuses ressources, tant pour la fabrication des ordinateurs et des datacenters, que pour leurs usages. On estime à environ 4 % les émissions de gaz à effet de serre du secteur numérique à l’échelle mondiale, soit davantage que l’aviation civile !

Et la forte augmentation des usages laisser présager un doublement de leur empreinte carbone d’ici 2050. Le numérique, c’est aussi 9 % de la consommation d’électricité mondiale, liée à la fabrication et l’utilisation des appareils et aux stockages des données dans les datacenters. Selon une étude de Web Energy Archive et de l’Ademe, les 100 premiers sites français consomment plus en électricité que 3 000 foyers.

Allonger la durée de vie des ordinateurs

Fabriquer un ordinateur exige de surcroît de nombreuses ressources non renouvelables, des métaux ferreux et non ferreux (cuivre, aluminium, zinc…), des métaux précieux (or, argent, platine…), des métaux rares, et d’autres substances comme le magnésium, le carbone ou le lithium. Leur extraction est très polluante, limitée et le recyclage des équipements est extrêmement faible. De plus, la fabrication d’un ordinateur consomme 240 kg de combustibles fossiles, 22 kg de produits chimiques et 1,5 tonne d’eau.

Si l’entreprise n’a pas la main sur la fabrication des ordinateurs, elle peut arbitrer ses achats et usages. À l’achat, l’Ademe recommande d’investir dans des ordinateurs qui collent aux besoins de la structure, sans plus, de voir s’ils affichent des labels environnementaux. En outre, l’agence incite à allonger l’espérance de vie des ordinateurs par des gestes simples : pas de choc, de miettes, une bonne gestion de vie du matériel (réparation, réemploi, recyclage).

Rechercher la sobriété fonctionnelle et esthétique

L’entreprise a en revanche les mains beaucoup plus libres pour mettre en place un site internet plus respectueux de l’environnement. C’est le choix de l’agence de communication B Side à Nantes, qui a procédé à une refonte de son site pour améliorer ses performances environnementales. Engagée depuis plusieurs années dans une politique RSE et entreprise à mission depuis 2021, l’agence de 20 salariés, dirigée par Marion Andro et Ingrid Berthé, a mis en place en 2019, des groupes de travail pour dynamiser cette démarche en balayant tous les champs de l’entreprise, y compris le numérique.

"Nous souhaitions faire de l’écoconception pour nos clients et avons commencé par nos propres supports, dont le site web". Un travail mené avec l’agence Roquette, spécialisée dans l’écoconception de sites web. Point de départ : audit de toutes les pages et fonctionnalités du site existant, pour détecter ce qui est indispensable ou non. Objectif : rechercher la sobriété fonctionnelle et esthétique. Le développement se fait via un code propre et sur mesure, compatible avec des équipements plus anciens (ordinateurs, tablettes…), ce qui permet de lutter contre l’obsolescence programmée des appareils. "Cette évolution nous a amenés à réduire drastiquement le poids des contenus visuels, supprimer les vidéos hébergées sur notre site, éviter le sur-téléchargement", expliquent les dirigeantes de B Side. Résultat très positif : une moyenne de 0,14 g de CO2 émis par page, un temps de chargement réduit, le référencement naturel et la visibilité améliorés.

Les points clés d’un site internet "écolo"

Quels sont les points clés d’un site internet "écolo" ? L’hébergement du site, pour être plus écologique doit se faire avec un hébergeur local, dans la mesure du possible. Si en plus le datacenter est alimenté avec des énergies renouvelables, c’est encore mieux. Vient ensuite la technologie utilisée pour concevoir le site : l’agence de développement web privilégiera les langages web économes – et correspondants aux besoins de l’entreprise. Comme chaque ligne de code compte, il veillera à minimiser le code source du site de l’entreprise.

Puis vient le travail sur le design : sobre, sans superflu, il tendra davantage vers l’éco-conception. L’utilisation mesurée des polices de caractères, des contenus éditoriaux, ainsi que des visuels, limite les temps de chargement, donc les ressources énergétiques nécessaires et le CO2 émis. Le poids des visuels peut être réduit ou les photos peuvent être remplacées par des icônes, plus légères à charger. Quant aux vidéos, très gourmandes en ressources, il faut les limiter, les alléger ou s’en passer quand cela est possible. Et ne surtout pas les héberger sur son site.

Cette chasse au superflu, avec la recherche d’un graphisme épuré, n’exclut en rien la création d’un site responsive et design.

Choisir un prestataire dédié à l’écoconception

Aujourd’hui, les développeurs qui conçoivent les sites internet sont loin d’être tous formés à l’éco-conception web. Cependant, il existe des agences dédiées, qui se spécialisent dans la création de sites "écologiques". C’est le cas de l’agence Everest, fondée par Aurélien Pasquier en 2002, à Rennes. "Nous proposons du web responsable depuis la création de l’entreprise, parce que le développement durable me tient à cœur, même si à l’époque, ces termes ne faisaient pas partie du vocabulaire quotidien".

Avec 800 clients, Everest connaît un développement florissant et une clientèle diversifiée. L’agence compte parmi sa clientèle 40 % de PME, 30 % de structures publiques, 20 % de grands groupes et 10 % d’associations de toutes tailles. "Une partie de nos clients sont des convaincus de l’éco-conception et d’autres nous demandent des sites éco-conçus parce que c’est dans l’air du temps, l’affichage d’un site écoconçu compte vis-à-vis de leurs clients ou de leurs collaborateurs".

Les sites lowtech qu’ils créent ou refondent, baptisés "nanosites", affichent un poids moyen de seulement 300 ko par page (soit 7 fois moins que la moyenne mondiale), un temps de chargement en 3G basse qualité de moins de 2 secondes et un impact carbone de moins de 0,15 gramme par page.

Pour le dirigeant breton Aurélien Pasquier, c’est une satisfaction de ne pas contribuer de cette façon à l’obsolescence programmée. "C’est aussi un acte social, ces nanosites, car ils sont accessibles également à partir de vieux smartphones, même en 3G et n’excluent aucun utilisateur. Pour autant, ils restent très performants, jolis, dans l’air du temps, bénéficient d’un meilleur référencement et d’un temps de chargement beaucoup plus rapide".

Les débuts de l’éco-messagerie

Éco-communiquer, cela peut aussi passer par le choix d’une messagerie plus respectueuse de l’environnement. C’est le service que propose une autre entreprise rennaise, l’agende Dolmen, à travers la messagerie Treebal, imaginée par son fondateur, David Godest. Lancée en 2021 avec une version grand public gratuite et une version professionnelle pour le B to B, Treebal remplace des messageries comme WhatsApp, Signal, Telegram… avec deux avantages à la clé, souligne son dirigeant. "Treebal est éco-conçue et minimise son impact sur l’environnement", souligne David Godest qui a fait le choix de reverser une partie des revenus générés pour financer des projets de reforestation. "Autre avantage pour les entreprises : sur Treebal, les données sont chiffrées de bout en bout, donc sécurisées, elles restent confidentielles et l’entreprise en maîtrise l’usage à tout moment".

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