Politique

Point de vue Carburant : une taxe pour sauver la planète ?

Par Stéphane Vandangeon, rédacteur en chef, le 22 novembre 2018

Alors que les gilets jaunes grognent et que se profile toujours une hausse des taxes sur les carburants, serions-nous entrés dans une nouvelle ère, celle de la fiscalité écologique ?

Photo : Le Journal des Entreprises

Ils se disent trop pauvres pour être écolos. La fronde des 280 000 gilets jaunes nous rappelle que la France d’en bas, celle qui se lève tôt, celle des gens qui travaillent mais qui peinent à gagner leur croûte est toujours bien présente. Le début du quinquennat d’Emmanuel Macron n’a pas effacé d’un coup de baguette magique le sentiment de ras-le-bol des 40% de Français qui ont voté Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la dernière élection présidentielle.

Détonateur de la jacquerie d’automne, le prix de l’essence. A vrai dire, la grogne avait commencé dès la fin de l’été avec l’annonce gouvernementale visant à mettre partiellement fin à une niche fiscale sur le gazole non routier, celui qu’utilisent les engins de chantier. Pour la fédération des entreprises de travaux publics, la facture se monte à 700 millions d’euros. Ce qui est étonnant avec les gilets jaunes, c’est que l’essentiel de l’augmentation du prix du carburant n’est pas cette fois imputable au gouvernement. Si les taxes - TICPE principalement, mais aussi TVA – représentent les deux tiers du coût de l’essence, c’est l’envolée du prix du baril qui explique la grande partie de la hausse actuelle. Les taxes ne représentent que le tiers de l’augmentation, nous assure l’Union françaises des industries pétrolières.  

Les avions passent entre les gouttes 

Malgré la grogne, le gouvernement reste droit dans ses bottes. Et nous brandit une cause inattaquable : la défense de l’environnement.  Ce qui est dommage, c’est que l’argument ne tient pas longtemps la route. Car si la fiscalité écologique était devenue la règle, pourquoi certains gros consommateurs y échapperaient ? Les entreprises de transport routier peuvent ainsi se faire rembourser une partie des taxes sur le carburant. Les compagnies aériennes les esquivent aussi depuis des lustres. Autant autoriser les gros fumeurs à acheter leur paquet de cigarettes à moitié prix, et leur offrir une cartouche aux premiers symptômes du cancer de la gorge ! La réalité économique a parfois ce don de briser les plus nobles élans écologiques… Et comme l’Etat n’est pas à une aberration près, il ne flèche que 20% des recettes de la TICPE vers la « transition écologique », les deux tiers des sommes collectées vont gonfler le budget général de l’Etat, soucieux de ne pas trop creuser son déficit, et celui des collectivités.

L'oie de Colbert

Alors, cet impôt, il sauve la planète ? Ou il est comme tous les autres ?  « L’art de l’imposition consiste à plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris », aurait dit Colbert. Quand l’impôt est trop visible et trop injuste, il arrive que les gouvernés renversent des montagnes. C’est ce qui s’est passé avec cette poignée d’habitants de Boston grimés en amérindiens qui, un beau jour de décembre 1773, ont été jeter par-dessus bord les cargaisons de thé britanniques, qui échappaient aux taxes et provoquaient la ruine des marchands locaux.  Ceux-là n’ont pas eu besoin d’être 280 000 pour déclencher la guerre d’indépendance américaine. Tout n’est donc qu’une question de rapport de force et de perception. Pourquoi les gilets jaunes ne s’en prennent-ils pas à la TVA ?  Elle rapporte 150 milliards d’euros par an à l’Etat. C’est même sa première recette. De très loin. Et c’est l’un des impôts les plus injustes, puisqu’il ponctionne riches et pauvres aveuglément, sans distinction de revenus. Oui, mais il ne fait pas crier les oies…

Photo : Le Journal des Entreprises