Lyon

Juridique

Interview L'administrateur Robert-Louis Meynet veut « transformer l'échec en espoir »

Entretien avec Robert-Louis Meynet

Propos recueillis par Audrey Henrion - 29 juin 2017

Il est sans doute, comme ses 319 confrères administrateurs judiciaires en France, l'homme que les dirigeants redoutent le plus de croiser dans leur carrière. Robert-Louis Meynet assure qu'il ne subit jamais leur hostilité. Il n'en est pas de même des salariés comme il l'explique lui-même, en livrant quelques secrets de sa "méthologie".

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Etes-vous l'homme que les chefs d'entreprise redoutent de croiser sur leur chemin ?

Robert-Louis Meynet : On me dit souvent qu'un administrateur véhicule une image assez peu positive, qu'il est celui que l'on craint. En ce qui me concerne, je ne ressens aucun sentiment de ce type, c'est même tout le contraire. Nous faisons tout pour que les dirigeants apprécient notre travail, et il me semble que c'est le cas. J'ai conduit 11.000 missions depuis 1982 avec mes 31 collaborateurs (dont 5 avocats) avec les valeurs cardinales que sont la gestion au plus près et l'échange permanent avec le dirigeant.

Intégrez-vous la dimension psychologique dans le fait de travailler avec des hommes ou femmes confronté(e) s à un « échec» ?

R.B.M : Absolument, elle est essentielle. C'est pourquoi je recrute les membres de mon équipe sur leurs compétences métiers mais aussi en fonction de leurs qualités humaines. Au quotidien, nous voyons de belles choses mais nous rencontrons aussi des situations que l'on ne voudrait jamais vivre, certains dirigeants subissent des chocs terribles, conduisant à des maladies très graves, des destructurations de familles, des endettements liés à des cautions perdues.

Comment abordez-vous les dirigeants lors d'une première rencontre ?

R.B.M : J'ai la conviction, partagée par mon équipe, que l'on ne peut redresser une entreprise que lorsque l'on gagne la confiance de son dirigeant. Pour ce faire, il faut les rassurer. Celles et ceux qui franchissent mon étude remplissent un questionnaire, lequel fait apparaître un niveau de stress estimé à 70 %.

Comment définissez-vous votre fonction ?

R.B.M : Je travaille avec l'envie de transformer une situation promise à un échec financier, social, humain, économique, en un espoir qui doit se concrétiser par un plan de continuation. L'objectif est d'étaler les dettes, de conduire un plan de cession réussi au profit d'un entrepreneur qui assurera durablement le maintien des emplois, voire la prospérité du modèle qu'il a récupéré. Il faut du travail, de l'imagination et des moyens humains et matériels.

Comment vous sont attribuées les affaires ?

R.B.M : Posez cette question aux présidents de tribunaux de commerce !

Que répondez-vous à ceux qui estiment que vous vous payez « sur la bête », c'est-à-dire en fonction du nombre d'emplois et du chiffre d'affaires de l'entreprise ?

R.B.M : Soyons sérieux, c'est propre à toute activité de service. Le médecin est payé parce que vous êtes malade et le garagiste se paye sur la panne de votre véhicule. Il faut bien une assiette de rémunération. Aujourd'hui, l'administrateur est payé sur le nombre de salariés de l'entreprise et le chiffre d'affaires réalisé. Il n'est pas anormal qu'une entreprise qui a plus de salariés qu'une autre paye plus cher. Mais demain, ça peut être un tarif horaire, je n'ai aucune crainte. D'autant que ce n'est pas toujours la grande entreprise qui engendre le plus de travail, sur les petits dossiers nous avons de nombreux interlocuteurs, la structure est moins bien organisée et il y a plus de travail pour tout réorganiser.

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