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Interview Émilie Brot (Pipa) : "Nous sommes rattrapés par nos propres actions d’aménagement paysager"

Entretien avec Émilie Brot, directrice du parc industriel de la Plaine de l’Ain (Pipa)

Propos recueillis par Déborah Berthier - 20 octobre 2023

<p>Devenu site clé en main en 2020, le parc industriel de la Plaine de l’Ain (Pipa) a mis en place, depuis dix ans, une politique d’aménagement paysager, visant notamment à compenser la perte de biodiversité potentielle, liée à ces activités industrielles. Une anticipation qui n’est pas prise en compte par les nouvelles réglementations, regrette Émilie Brot, directrice du parc.</p>

Émilie Brot a été nommée directrice du parc industriel de la Plaine de l’Ain au printemps 2022.
Émilie Brot a été nommée directrice du parc industriel de la Plaine de l’Ain au printemps 2022. — Photo : Olivier Graff

Le gouvernement et les collectivités affichent une forte volonté de relocalisation des activités industrielles sur le territoire. Comment celle-ci se traduit-elle pour un parc industriel comme le vôtre ?

Nous connaissons une dynamique industrielle très forte, qui est exacerbée par la pression foncière dans la région et la métropole lyonnaise. Cela nous est très profitable car nous disposons encore de 170 hectares commercialisables sur les 960 hectares du site (70 ha sont sous compromis, 180 ha sont occupés par des espaces verts et 30 ha par des voiries). Par contre, il existe effectivement une réelle ambivalence entre les discours politiques et la réalité des contraintes administratives et environnementales, dont les implications ne sont pas toujours bien anticipées.

En quoi les implications des contraintes administratives et environnementales ne sont-elles pas prises en compte ?

Notre rôle, en tant que parc d’activité, est d’anticiper les procédures pour les entreprises qui souhaitent s’installer chez nous. Depuis 2020, nous sommes un site clé en main. Cela signifie notamment que nous prenons en charge les démarches en lien avec les recherches archéologiques, les études de biodiversité, les actions de compensation, etc. Cela permet à une entreprise d’économiser en moyenne 12 mois au moment d’une implantation. Nous avons commencé, il y a une dizaine d’années déjà, à réaliser une veille biologique, ainsi que des actions d’aménagement paysager (création d’espaces verts, haies bocagères…). Mais nous sommes aujourd’hui rattrapés par nos propres actions d’aménagement paysager.

Qu’entendez-vous par là ?

La réglementation évolue. La biodiversité aussi. Nos actions vont attirer une faune et une flore qui n’étaient pas présentes sur le site il y a dix ans. Et on risque de devoir compenser une biodiversité que nous avons nous-même introduite en voulant prendre les devants de la réglementation. Cette anticipation n’est pas valorisée. De la même manière, sur le volet agricole, nous signons des conventions d’occupation précaire, pour les terrains non occupés, afin d’éviter de les laisser en jachère. Mais si cette activité dépasse trois ans, le terrain est à nouveau considéré comme agricole et peut nécessiter une compensation.

Quelles sont les solutions face à ces problématiques ?

Nous sommes actuellement en discussion avec les services de l’État pour co-construire un système qui marche. Il faut pouvoir prendre en compte le passif et en appeler au bon sens.

Toujours dans l’idée de faciliter l’implantation des industriels, vous avez lancé, début 2022, un projet de bâtiment clé en main, proposé à la location à un ou plusieurs industriels. Où ce projet en est-il ?

Nous avons obtenu toutes les autorisations, mais le projet n’a pas encore été commercialisé. Nous sommes habitués de la promotion logistique et, à la suite de plusieurs demandes, nous avons voulu lancer un projet de promotion industrielle avec le groupe Barjane. Force est de constater que les résultats ne sont pas satisfaisants.

Comment expliquez-vous cet insuccès ?

Je pense que le produit est bon, mais que nous avons été un peu ambitieux concernant la taille. Le projet était prévu pour des bâtiments de deux fois 20 000 m2. C’est beaucoup. Mais nous avons trois ans au total pour le commercialiser. Il est donc encore trop tôt pour en tirer le bilan.

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