P-dg du distributeur d'instruments de musique Woodbrass, Christophe Chauvin ne croit plus aux croissances exponentielles sur internet. « Cette époque est terminée. Sur le web, on arrive à maintenir nos parts de marché, qui sont attaquées par les marketplace et Amazon. Pour ce qui est de la musique, le marché du web est arrivé à maturité », juge le chef d'entreprise herblinois. Woodbrass tire toujours 80 % de ses revenus de la vente en ligne. Mais la part liée aux points de vente réels est appelée à augmenter.
La tactique du Vieux Campeur
Le distributeur investit en effet 750.000 euros dans la création de deux nouvelles boutiques à Paris. La première consacre 260 m² aux claviers, aux home studios et aux DJ. La seconde offre 330 m² aux fanas de guitare. Avec ses 600 modèles accrochés aux murs et ses cinq studios d'essais, il s'agit, selon Christophe Chauvin, du plus grand magasin de guitares de Paris. Woodbrass conserve par ailleurs les 740 m² qu'il occupe depuis 1999 dans le 19e arrondissement. Totalement remanié, l'espace est dédié à la vente d'instruments à vent, de batteries et de percussions. Avec ces trois implantations, Woodbrass veut devenir pour la musique ce que le Vieux Campeur est aux loisirs de plein air. La PME nanto-parisienne ne possède pas encore 28 boutiques dans le quartier Latin, comme le Vieux Campeur, mais avec ses 1.330 m² de surfaces commerciales regroupées près de la Villette, elle revendique le titre du plus grand magasin de musique de la capitale. « Le web permet de présenter une offre pléthorique, d'avoir quasiment tous les modèles et toutes les couleurs. Mais le client veut aussi toucher le produit, l'essayer. C'est pourquoi nous avons décidé de monter en gamme », explique Christophe Chauvin. Et pour cela, le Nantais va truffer ses boutiques de technologies numériques. Les étiquettes des instruments sont ainsi dotées de QR Code permettant aux consommateurs d'accéder via leur téléphone à une fiche détaillée de présentation du produit. Dans cette même logique de conseil, les magasins sont également équipés de bornes interactives.
Boutique, école et studio
Mais au-delà de cet aspect conseil et high-tech, Woodbrass cherche à fédérer autour de nouveaux services toute une communauté de musiciens. La plus grande des boutiques parisiennes de la marque accueille ainsi huit studios conçus pour recevoir 24 heures sur 24 des musiciens en quête d'un espace de répétition. Ces mêmes studios abriteront également des cours de musique administrés par Woodbrass. Christophe Chauvin espère former entre 400 et 600 élèves en vitesse de croisière. « Un instrument de musique, ce n'est pas comme un iPad, il faut apprendre à l'utiliser. En proposant des cours, nous allons développer notre marché », indique le P-dg. Et proposer de nouvelles offres commerciales sous forme de forfaits mensuels comprenant à la fois l'instrument et les cours.
Déploiement en France ?
Si l'expérience parisienne se révèle concluante, ce concept de boutiques incluant école et studios pourrait être décliné dans d'autres villes. Pour des questions de proximité géographique, « la première sera forcément dans la région », indique Christophe Chauvin. Dans un second temps, le dirigeant dit vouloir cibler les villes de 150.000 à 200.000 habitants où la concurrence est moins âpre que dans les métropoles.
Woodbrass
(Nantes, Paris)
P-dg : Christophe Chauvin 70 salariés 28 M€ de CA 02 40 38 39 08