Des difficultés naissent des opportunités. C'est la philosophie des Volailles Bruno Siebert, à Ergersheim. Malgré la crise que traverse le secteur de la volaille en France, son dirigeant et fondateur, Bruno Siebert, lance un plan d'investissement de 6 M€ financé par emprunt bancaire, visant à agrandir, d'ici au printemps 2015, son usine d'abattage de volailles (90 % de l'activité) et lapins. De 38.000 volailles abattues par jour, l'objectif est de passer à 50.000. En 2007, en pleine crise de la grippe aviaire, Bruno Siebert avait déjà décidé - contre l'avis de son entourage - d'une première extension du site créé en 1992, injectant dans le projet 12 M€. Ces prises de risques se révèlent judicieuses au regard de la croissance que connaît l'entreprise depuis plusieurs années.
Fonctionnement autonome
Après un chiffre d'affaires de 58,5 M€ en 2012, en hausse de près de 6 % par rapport à 2011, les Volailles Siebert vont, selon son dirigeant, dépasser les 60 M€ cette année. « La fabrication de produits élaborés, qui représente déjà 20 % de l'activité, et la valorisation de nos déchets (carcasses, gras et bouts de viande revendus à des industriels) nous aident à dégager une rentabilité correcte », indique Bruno Siebert, sans donner de chiffres. À titre indicatif, l'entreprise dégageait en 2011 un résultat net de 527.200€. Le site fait travailler 270 personnes et une trentaine d'intérimaires. « Nous investissons en permanence pour réduire la pénibilité des postes », précise le dirigeant. Selon lui, la force de l'entreprise réside dans son fonctionnement en totale autonomie, « de l'élevage, avec des partenaires exclusifs, jusqu'aux aspects logistiques avec notre propre flotte de camions qui assurent 80 % des flux ». La mise en place en 2014 de l'ecotaxe (mesure pour l'heure suspendue par le gouvernement, NDLR) ne remet pas en cause cette organisation. « Nous anticipons en cherchant des sources d'économies, en revoyant le plan de nos tournées, par exemple », explique le P-dg.
Leader régional
Avec 15.000 t de viande commercialisée l'année dernière, l'entreprise est de loin leader régional de son secteur et travaille avec la plupart des éleveurs alsaciens. Ses clients sont les grandes surfaces de la région et alentours, les collectivités (écoles, groupes hospitaliers...) et quelques bouchers indépendants. Elle exporte 20 % de sa production, dans les pays limitrophes, en République Tchèque et même en Chine pour les pattes de poulet. « L'export, c'est notre réussite », pointe Cyril Besnard, directeur commercial de l'entreprise, qui ne s'inquiète pas outre mesure de la suppression anticipée des aides européennes à l'exportation de volailles. « Les Allemands sont les grands gagnants de la crise avicole française, favorisés par une main-d'oeuvre beaucoup moins chère, analyse-t-il. Mais par notre proximité géographique, notamment au Bade Wurtemberg qui est une région riche, et parce que nous parlons allemand, nous gagnons quelques parts de marché là-bas ».
Une extension, plusieurs volets
Son projet d'extension, Bruno Siebert y travaille depuis un an et demi et s'agace des lenteurs administratives qui retardent sa mise en route, notamment parce qu'une partie du site - placé dans l'aire de reconquête du grand hamster d'Alsace - est en zone inondable et nécessite une modification du plan local d'urbanisme. Une extension de 3.430 m² du bâtiment principal (qui s'ajouteront aux 18.000 m² existants) est prévue. L'atelier de transformation y sera déplacé et sa surface quadruplée. « Nous voulons créer des lignes spécifiques pour les produits élaborés crus et les cuits et éviter que les deux productions se croisent, comme c'est le cas aujourd'hui », explique Bruno Siebert. L'objectif est aussi d'améliorer le stockage, l'activité de conditionnement et de dédier un espace au lavage des bacs. La construction d'un entrepôt frigorifique de 1.050 m² est aussi prévue, ainsi que celle d'un bâtiment de 680 m² destiné à la réception des animaux avant abattage. Une nouvelle station d'épuration est en construction et viendra en complément de la station existante pour canaliser la hausse des rejets liés à l'augmentation de la production et faire face à des seuils revus à la baisse concernant la rivière toute proche. Dans un secteur de la volaille sinistré, « la remise en cause est quotidienne, mais il faut continuer à investir pour garder un outil performant », souligne le dirigeant qui, à 53 ans prépare déjà la transmission de l'entreprise. « D'ici à cinq ans, j'aimerais que mes enfants puissent prendre ma suite. Ma fille travaille déjà ici, mon fils devrait nous rejoindre dans quelque temps » indique-t-il.
Volailles Siebert
(Ergersheim) P-DG : Bruno Siebert CA 2012 : 58,5 M€ 270 salariés 03 88 47 94 64