140 ans. À l’échelle des transports comme de la sécurité alimentaire, c’est une révolution. "Aujourd’hui nous sommes un maillon de la sécurité alimentaire. Le conducteur doit s’intéresser au produit qu’il transporte, avec des citernes plombées à chaque étape et un camion connecté", explique le PDG des Transports Veynat, Pierre-Olivier Veynat. A mille lieues de 1884. Il y a 140 ans, les trajets se faisaient en hippomobile. Jean Veynat, son arrière-grand-père, avait une charrette au Bouscat près de Bordeaux. Il s’en servait pour livrer les pierres qu’il taillait. Sa petite entreprise est désormais un groupe incontournable en France et en Europe (196 M€ de CA), réputé pour le transport de liquides alimentaires qui constitue 90 % de son activité.
Du vin en barriques acheminé en calèche
"Mon arrière-grand-père a vite remplacé les pierres par le vin qu’il acheminait en barriques entre les quais de Bacalan et le quartier des Chartrons en centre-ville. C’est encore pour cela que l’on est le plus connu en Gironde, même si la matière phare en termes de quantités est désormais le lait", explique le PDG.
En 1919, son grand-père Georges Veynat reprend les rênes de l’entreprise et procède à deux mutations majeures : il achète le premier camion en 1930 - un réformé de la Guerre 14-18 - et déménage l’entreprise dans le quartier de la gare.
Ainsi motorisée, l’entreprise a considérablement élargi son périmètre. En 1945, la famille doit repartir de zéro : tous les camions ont été réquisitionnés pendant la guerre. L'entreprise reprend des camions d'occasion. "Il a fallu attendre 1950 pour que les Transports Veynat achètent une citerne et leur premier camion neuf, un Berliet, comme aime à le rappeler mon beau-père", sourit Claudie Veynat, épouse du PDG et directrice juridique.
Jacques Veynat, le père, représentant alors la troisième génération, intègre l’entreprise en 1957 et la dirige à partir de 1961. Il entame une diversification avec le lait et l'huile, et impulse un nouveau déménagement en 1970. "L’entreprise comptait alors une quinzaine de camions qui se garaient dans tout le quartier Belcier, ce n’était plus possible", raconte Pierre-Olivier Veynat.
Le siège dans la propriété familiale
Ils investissent alors la propriété familiale, rive droite à Tresses. La bâtisse en pierre, actuel siège, est superbe. Ils construisent un bâtiment au fond du jardin. C’est une ancienne propriété viticole dans laquelle ont cohabité trois générations de Veynat et qui demeura occupée jusqu’en 1996 avant d’être entièrement dévolue au groupe, comme c'est le cas encore aujourd’hui.
"De 1970 à 1990, Jacques Veyrat raconte avoir travaillé 365 jours par an, relate sa belle-fille. Pendant cette période, il a acheté plusieurs entreprises et a grossi les rangs des salariés de 15 à 200 personnes." Le groupe a changé de dimension, se lançant au passage à l’assaut de l’international à partir de 1977. En 2024, il dessert 30 pays en Europe, part qui alimente 30 % de son chiffre d’affaires.
La quatrième génération, Pierre-Olivier Veynat et sa sœur Céline (actuelle trésorière), renforce l’équipe à partir de 1994. Si Jacques Veynat ne la dirige plus, "il est tout le temps là, encore très impliqué notamment dans les recrutements et la formation des conducteurs dont il est très proche", précise son fils qui intensifie la stratégie de son père basée sur la croissance externe et la diversification.
Diversification dans les liquides, les poudres et les produits secs
Le groupe compte aujourd’hui 24 entités, glanées au fil des ans et chargées de mailler le territoire (Gobin en Loire-Atlantique, Dargelos dans le Gers, Eurolia en Bourgogne…). La dernière acquisition en date est la plus importante, celle de l’alsacien Transports Klein (10 M€ de CA, 56 salariés) réalisée en février. Au gré des opportunités, des rachats et des souhaits des clients, le groupe diversifie ses matières. Alcools, lait, jus, glucose, huile et chocolat pour les liquides, puis produits pulvérulents - en poudre - (sucre, farine, sel, etc.).
Plus récemment, elle s’est ouverte aux produits secs (graines et céréales), toujours guidée par un objectif : optimiser les flux, rouler le moins possible à vide. "Si l’on investit un territoire pour alimenter l’usine d’un client par exemple, il nous faut trouver avec quoi rentrer, sachant qu’aucun trajet n’est régulier et que nous vivons au rythme des saisons, de la production et de la consommation", rappelle le dirigeant.
Des spécificités propres au vrac alimentaire
Une nouvelle matière engendrant souvent un matériel spécifique : le chocolat exige des réchauffeurs, le lait une isothermie, l’alcool est considéré comme une matière dangereuse et nécessite une certification spécifique du conducteur. "Certains clients imposent aussi des contraintes propres et interdisent le transport préalable de produits non bio ou potentiellement allergène ; demandent des vannes spéciales pour charger ou décharger", liste la directrice juridique. Les murs du siège s’en trouvent couverts de tableaux listant les camions, les conducteurs, les trajets, les produits. Et les équipes optimisent.
Le groupe dispose de son propre service qualité, d’un service informatique (10 personnes), de son propre logiciel, de ses stations de lavage - cruciales pour la sécurité alimentaire - et de son centre de formation ouvert en 2016.
Un centre de formation interne, le seul de France
"Nous avons créé l’unique formation dédiée au transport de liquide alimentaire. Le diplôme est aujourd’hui reconnu par l’État, explique le dirigeant. C’est aussi ce qui nous permet de recruter sans difficulté, nous nous différencions. Notre démarche pour la certification Iso 22 000 dédiée à la sécurité alimentaire y contribue aussi. Elle ne nous est pas imposée mais nous avons l’avons choisie dès 2006 pour valoriser notre savoir-faire et nous démarquer. Elle formalise notre rigueur. Nous sommes aujourd’hui un des leaders dans ce domaine en France et en Europe", affirme le PDG.
Stockage et enjeu environnemental
Le groupe a aussi mis un pied dans le stockage et acheté un entrepôt à Vayres en Gironde, pour répondre à une demande de clients. Il est destiné aux produits finis et conditionnés.
Dernier enjeu et non des moindres : l’impact environnemental. Les Transports Veynat misent sur le multimodal depuis 2010 grâce à leurs 250 conteneurs. Le groupe investit aussi dans le biocarburant. Quelques jours avant la célébration de ses 140 ans en juillet, il réceptionnait son 200e camion alimenté par de l’Oléo100, 100 % colza, fabriqué par Avril.
En chiffres
1 235
Nombre de collaborateurs, dont 920 conducteurs. Veynat recrute 150 nouveaux employés en moyenne chaque année.
196 millions d'euros
Chiffre d'affaires du groupe en 2023, pour environ 3 500 transports hebdomadaires
18
nombre de sites en France, y compris l'entrepôt de logistique, au service de 24 entités.
90 %
Part du transport de liquides alimentaires en vrac (lait, alcools, jus, chocolat, glucose…), à côté du transport de poudres alimentaires (sucre, farine, etc.), produits secs (graines, céréales) et stockage.
70 %
Part de l'activité en France, le reste étant en Europe (30 pays desservis dont le Benelux, pays de l'Est, Portugal…).