En pleine reconversion industrielle S20 Industries multiplie les pistes de diversification. Depuis le printemps 2014, date à laquelle les anciens ateliers de FagorBrandt ont été repris par le directeur du site, Philippe Boudard, cinq contrats de sous-traitance ont été signés. Dernier en date, la fabrication des machines à café à dosette pour Malongo.
Si S20 travaille encore à 80 % pour Brandt, cette part devrait tomber « à moins de 50 % l'an prochain », prévoit Philippe Boudard. La marque d'électroménager aurait même déjà dû arrêter les commandes fin 2015, mais un nouveau contrat a été conclu pour deux ans, portant sur la fabrication d'un lave-linge à chargement par le haut, avec fonction séchage (entre 5 et 6M€ de CA en 2016). Un produit d'avenir, correspondant au besoin des consommateurs en gain de place, d'après Philippe Boudard. Pour durer, S20 va parallèlement s'étendre dans la sous-traitance, la production de pièces détachées, mais aussi de produits propres.
Les salariés votent pour lancer un produit
Son premier produit ? Une armoire de séchage pour vêtements professionnels, dotée de fonctions de désinfection, de traitement anti-odeur etc., destinée à l'industrie ou le BTP. En test chez des clients, l'appareil s'adresse par exemple aux salariés du bâtiment qui travaillent sous la pluie, pour sécher leurs tenues pendant leur pause.
À l'origine, S20 hésitait entre trois créations de produits. « Finalement, ce sont les salariés qui ont voté ». Tiens, une dose de démocratie dans l'entreprise ? « S20 prend la voie d'une entreprise libérée », confie Philippe Boudard. Une rupture avec le passé.
Fin du management à la Fagor
Exit la communication interne minimaliste qui prévalait du temps de Fagor. En 2013, la justice avait même condamné la direction du groupe FagorBrandt à lâcher au comité d'entreprise des informations concernant les productions à venir sur les sites vendéens et étrangers du groupe, avec leur incidence sur les effectifs.
Une situation qui a mis le directeur du site yonnais en porte-à-faux avec les salariés. Symbolique, l'une des premières décisions de Philippe Boudard chez S20, sera de quitter son bureau pour s'installer dans l'open space où travaillent les autres employés.
Désormais, chaque mois, des réunions rassemblent les équipes. « On y expose les chiffres, le niveau de rentabilité, l'avancée des projets, toute une série d'informations confidentielles sur les clients ou les prospects etc., détaille Philippe Boudard. Bref, aujourd'hui on rend des comptes ».
Qui dit entreprise libérée dit réduction des niveaux de hiérarchie avec des managers qui deviennent souvent des conseillers. À l'occasion du plan social et de la reprise, le nombre de managers a été réduit. Il y en a maintenant deux fois moins.
Des exemples sur le terrain ? « Avant cela il y avait un responsable qualité par secteur : à la tôlerie, au montage...
Aujourd'hui chaque opérateur a la responsabilité de la qualité sur son poste de travail, explique le directeur technique Nicolas Ravallec. Ce qui se traduit par moins de problèmes à résoudre et moins de réunions au final. Pour chiffrer, je dirais que le niveau qualité a bien été amélioré de 30 % ».
Plus de directeur de la maintenance, non plus, ce sont les techniciens qui suggèrent eux-mêmes les investissements à réaliser. Bref un changement de culture, quand « avant on attendait plutôt que la directive vienne des chefs ».
« Il fallait un engagement fort des salariés pour rebondir »
Autant qu'une réaction après le traumatisme de Fagor, la logique se veut également économique. « Pour rebondir vite, on avait besoin d'un fort engagement collectif, résume Philippe Boudard. Il y a un temps d'explication, mais une fois que tout le monde a compris, on avance bien ».
Pour cela, il aura tout de même fallu former, notamment au QRQC, une méthode de résolution des problèmes. Dernier présupposé : accepter de faire confiance, pour donner une vraie autonomie aux équipes. « Si vous déléguez et que vous ne surveillez par derrière, ça ne fonctionne pas », ajoute son directeur technique.
Creux d'activité en 2016
Jusqu'où ira S20 ? « On ne sait pas. On apprend en faisant. Mais des marges d'autonomie supplémentaires existent encore...» répond Nicolas Ravallec.
En attendant, les usines reparties en 2014, avec environ 170 salariés dont la moitié en CDI, devraient toutefois connaître un creux d'activité début 2016. Les effectifs comprendront alors « les 100 salariés aujourd'hui à contrat à durée indéterminée, mais sans inclure l'actuel volant de 48 CDD », indique la direction. L'ambition restant de réembaucher par la suite.
« On a fait le job en termes de reconversion, mais les activités nouvellement lancées n'ont pas encore pris leur envol », explique Philippe Boudard. L'activité devrait générer plutôt 12 à 14 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016, contre 20 millions cette année, un exercice prévu à l'équilibre.
Désormais multi-activités, le site de S20 a le mérite de rester l'un des derniers fabricants d'électroménager en France.