Vous avez fondé Anaximandre en 1998 à Lesneven, avant de déménager à Landerneau quatre ans plus tard. Quel était le pari initial de ce projet à la croisée de la science et du digital ?
Je suis biologiste de formation et chercheur de carrière. J’ai mené mes travaux sur le cancer à la station biologique de Roscoff puis à Vancouver. À mon retour en France en 1996, j’ai voulu créer une agence de communication scientifique, mais à l’époque le Technopôle Brest-Iroise m’avait assuré qu’il n’y avait aucun marché pour cela. Je me suis donc réorienté temporairement chez l’imprimeur Cloître pour monter sa cellule multimédia et me former aux logiciels de PAO et aux réseaux.
C’est finalement en 1998 que je me suis lancé seul, envers et contre tout. L’entreprise a grandi tranquillement. Nous nous sommes diversifiés pour ne pas dépendre uniquement du secteur scientifique, qui était alors très peu dense en Bretagne. Dès 2000, j’ai créé un centre de formation interne pour ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier. Cette activité a représenté plus de 50 % de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, Anaximandre, c’est une équipe de 9 personnes (5 salariés permanents et des alternants) pour un chiffre d’affaires d’environ 500 000 euros. L’agence est désormais structurée en trois business units clairement identifiées : communication classique, communication scientifique et formation. C’est ce qui lui a permis de véritablement décoller ces dernières années.
Pourquoi avoir choisi de transmettre l’entreprise et comment le choix du repreneur s’est-il opéré ?
À 60 ans, je ne voulais pas laisser passer le train. J’aurais pu attendre la retraite à 63 ans, mais l’opportunité avec Dimitri Boennec me semblait la bonne. Dimitri a été notre commercial entre 2014 et 2018 avant de partir explorer d’autres horizons chez des concurrents. Nous nous sommes retrouvés fin 2024 via le réseau BNI de l’Élorn. À l’époque, il était en train de monter Excalibur, un collectif de professionnels du numérique. Le projet de reprise d’Anaximandre l’intéressait car c’était la première entreprise dans laquelle il avait travaillé : pour lui, c’était une forme de retour aux sources. Les discussions ont duré 18 mois. Pas par désaccord, mais parce qu’une transmission prend du temps… Pour moi, le critère essentiel n’était pas le prix mais les valeurs, car j’estime qu’une transmission réussie repose avant tout sur une entente humaine.
Quels principaux obstacles avez-vous rencontrés ?
Le point le plus complexe pour Dimitri a été d’obtenir l’accord des banques, malgré une entreprise saine, sans "casserole" et avec une forte notoriété. L’accord définitif n’a été conclu qu’en juillet 2025. De mon côté, les deux derniers mois de 2025 ont été extrêmement intenses. Il a fallu prouver tout ce que j’avais fait pendant 20 ans. C’est une phase très chronophage : exhumer les contrats de mutuelle, de prévoyance, les justificatifs Urssaf, les carnets d’entretien des deux véhicules de la société… je conseille d’ailleurs aux dirigeants de préparer tous ces documents au fil de l’eau pour ne pas se faire submerger par le volet administratif.
Comment avez-vous intégré vos salariés dans ce projet de reprise ?
Dimitri a embarqué cinq salariés dans l’aventure, qui sont montés au capital à hauteur de 10 %. C’était une étape cruciale pour moi, car c’est un gage de pérennité : si les salariés montent au capital, cela veut dire qu’ils croient en l’entreprise et qu’ils s’y sentent bien. Nous avons mené un travail préparatoire pendant un an pour annoncer la cession et rassurer l’équipe. Le fait que Dimitri soit un ancien collègue a facilité les choses, car certains le connaissaient déjà. En parallèle, nous avons recruté deux alternantes en prévision de la bascule pour renforcer les pôles communication et formation. C’est presque une "transmission familiale" par l’esprit, d’autant que Manuel Boennec, le frère de Dimitri, a lui aussi rejoint l’entreprise en cours de route, d’abord en tant que commercial et désormais également comme actionnaire.
La transmission est officielle depuis le 1er janvier 2026. Quelle est la suite pour vous et pour Anaximandre ?
Je reste en prestation externe pour accompagner Dimitri pendant deux ans. Ce tuilage est indispensable pour transmettre les leviers de gestion et présenter le nouveau dirigeant aux clients les plus importants. En parallèle, je lance une agence d’accompagnement, Dielfenn Conseil (analyse en breton, NDLR). Je ne me voyais pas m’arrêter : je vais donc mettre mon expérience au service des créateurs et créatrices d’entreprises, avec une préférence pour les projets innovants. Côté Anaximandre, Dimitri souhaite notamment donner un nouvel élan à son centre de formation.