Une directive européenne en débat
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Une directive européenne en débat

«Tout est parti d'une démarche louable de simplification des démarches administratives des entreprises», explique Olivier Colin, directeur de Medialex, filiale du groupe Precom/Ouest-France, à Rennes (lire ci-dessus). Une directive européenne est en effet en discussion depuis l'année dernière et elle pourrait être applicable à l'horizon 2012/2013. Son objectif: constituer une plate-forme web sur laquelle les entreprises pourraient publier leurs annonces légales... au détriment de la presse écrite. Ce que rejette bien entendu les éditeurs français mais pas seulement.




«Toute la presse mobilisée»

«Toute la presse en France se mobilise, souligne Olivier Colin. Car en moyenne, les annonces légales, ce sont 12% des revenus des quotidiens, 60% des revenus des hebdomadaires et 80 à 90% des journaux judiciaires». Et le directeur de décliner les arguments qui pourraient faire changer d'avis Bruxelles. «Un site web, alors que 50% des Européens seulement sont connectés, cela signifie qu'un citoyen sur deux n'aura jamais accès aux informations. Et puis l'annonce légale, c'est aussi une information de proximité. On ne va quand même pas aller se connecter sur un site web européen pour voir si la boulangerie du coin est fermée! On ne peut pas dire, il faut plus de transparence pour les sociétés cotées en bourse et moins pour la liquidationdu commerce local». Des arguments confirmés par Patrick Richard, directeur délégué du Groupe Le Télégramme. Une société d'édition dont le quotidien réalise 6à 7% de son chiffre d'affaire publicitaire total grâce aux annonces légales. «Dire qu'on va faciliter les démarches administratives est un bon principe, mais il faut relativiser l'économie faite par les entreprises. Publier une annonce, ça arrive quelques fois seulement dans la vie d'une entreprise, les enjeux sont donc ridicules», souligne Patrick Richard. «Une annonce légale de constitution de société, c'est autour de 100 €. Ce n'est pas ça qui va empêcher un porteur de projet de créer sa société», renchérit Olivier Colin.




Principe républicain

En résumé, «c'est typiquement la fausse bonne idée, note Patrick Richard. Car l'allégement de charges pour les entreprises est ridicule au regard des revenus générés pour la presse». Au-delà, pour le directeur délégué, une telle directive pourrait même menacer des principes beaucoup plus importants que l'équilibre économique des journaux. «Si cette plate-forme européenne voit le jour, la lecture d'une annonce légale deviendra un travail de professionnel et du coup, on détournera le principe républicain de la publication dans la presse. Car l'avantage de la presse aujourd'hui c'est que tout citoyen peut aller voir très simplement une annonce». À Bruxelles, les débats sont toujours en cours. Six pays ont rejoint la France autour de ce combat: l'Italie, la Bulgarie, la Roumanie, la Grèce, la Belgique et Chypre. Objectif commun: obtenir une minorité de blocage. Réponse dans les prochains mois. En attendant: «nous restons très vigilants», indique Patrick Richard.

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