Dix-huit mois après le lancement officiel de l'Équipe de France de l'Export, pensez-vous avoir « transformé l'essai » ?
Je crois qu'en plus d'une réalité médiatique, nous sommes parvenus à lui donner une réalité opérationnelle et cela n'était pas gagné d'avance. Car il ne suffit pas d'être convaincu de l'intérêt de naviguer en escadre ou de chasser en meute pour que cela se traduise concrètement. L'Équipe de France de l'Export est un concept fédérateur et c'est à ce titre que nous en avons fait la promotion. Mais, dans le même temps, il a fallu travailler sur le « qui fait quoi » pour que les différents partenaires arrivent à jouer ensemble. De ce point de vue-là, nous avons enregistré deux très belles réussites. D'abord, celle qui, pour nous, était la plus structurante : que les chambres de commerce jouent pleinement leur rôle de guichet de proximité des entreprises. L'autre motif de satisfaction, c'est la relation avec Oseo. Jusqu'à présent, la main gauche en charge de l'innovation ignorait ce que faisait la main droite en charge des exportations. Avec cette convention de partenariat, nous sommes en train de coordonner l'action des deux bras, c'est-à-dire deux outils au service d'une politique publique qui vise à redonner de la compétitivité à nos entreprises.
Hormis les réseaux consulaires et Oseo, qui l'Etat a-t-il intégré dans le dispositif d'appui à l'internationalisation des entreprises ?
Dans un deuxième cercle, on trouve les Conseillers du commerce extérieur de la France, les Chambres de commerce à l'étranger, la Coface, Pacte PME International ou encore l'OSCI (Les Opérateurs spécialisés du commerce international, ndlr). La convention que nous avons signée en avril 2008 (entre Ubifrance, la Direction Générale du Trésor et de la Politique Économique, l'Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d'Industrie et l'Union des Chambres de Commerce et d'Industrie Françaises à l'Étranger, ndlr) nous a permis de découvrir ce qu'il était possible de faire ensemble. Nous travaillons maintenant à un accord de deuxième génération qui permettra, après 2011, d'aller beaucoup plus loin dans la coordination de nos actions au profit des entreprises.
L'État vous a fixé des objectifs chiffrés pour la période 2008-2011. Qu'en est-il à ce jour ?
Le principal objectif, et donc le plus ambitieux, portait sur la détection de 10.000 nouveaux primo-exportateurs en trois ans. À mi-parcours, le travail des réseaux consulaires a permis d'en identifier environ 4.500, donc de tenir nos engagements. Pour ce qui est d'atteindre le seuil de 10.000 jeunes VIE (Volontariat International en Entreprise, ndlr) en poste à l'étranger en 2011, les résultats sont, il est vrai, un peu moins flatteurs (ils sont actuellement 6.500 en poste, ndlr). La crise économique a complexifié notre travail, les grands comptes ayant dans l'ensemble réduit leurs quotas de VIE. Nous pouvons néanmoins nous réjouir d'un plus grand nombre d'entreprises utilisatrices- plus de 1.500- et notamment de PME qui ne sont pas exclues de ce dispositif, bien au contraire. Quant au dernier objectif fixé, il était de 17.200 accompagnements annuels d'entreprises à l'étranger en 2010 et de 20.000 en 2011. Sur les dix premiers mois de 2010, Ubifrance en a réalisé plus de 16.200.
Comment articulez-vous cet objectif avec le Programme France Export, dont la version 2011 a été dévoilée par Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État au Commerce Extérieur, le 20 octobre dernier (cf. encadré)?
Le Programme France Export, c'est l'agenda des opérations collectives dédiées à l'accompagnement des entreprises françaises sur les marchés étrangers. En 2011 comme en 2010, il a été défini en équipe, dans une logique de complémentarité entre ce que propose Ubifrance d'une part et d'autre part ce que proposent divers opérateurs tels que les CCI, les fédérations professionnelles ou les organismes de la filière agro-alimentaire, etc. Dans une Préhistoire pas si lointaine, on assistait en permanence à une sorte de concurrence malsaine entre les opérations, qui brouillait toute lisibilité pour les entreprises. Cet agenda commun leur permet au contraire de se projeter dans l'avenir en programmant à l'avance leur participation à des opérations collectives dans le monde entier et ce indifféremment de la structure qui les y accompagne.
Un nouveau poste est apparu dans l'organigramme d'Ubifrance en cette rentrée : celui de chargé de mission pour l'action régionale, confié à Pascal Lecamp. Ubifrance était-il insuffisamment présent en région?
Sans trop de surprise, nous constatons aujourd'hui que les régions enregistrant les meilleures réussites sont celles où les Conseils régionaux travaillent main dans la main avec les CCI, comme par exemple dans les Pays de Loire, le Nord ou la Bourgogne. La création de cette nouvelle mission répond à la question : Pour une fois dans ce pays- et pas uniquement dans le domaine de l'international- ne pouvons-nous pas essayer de regarder ce qui se fait ailleurs et favoriser le transfert d'expérience entre régions ? Pour ce faire, nous partons du principe que les exécutifs régionaux comme les consulaires sont rationnels et qu'il n'y a donc aucune raison de ne pas arriver à un dispositif mieux coordonné, avec des priorités clairement affichées et un usage de l'argent public rationalisé dans un contexte général de ressources qui se raréfient.
En matière d'international, à quel échelon les priorités doivent-elles selon vous être définies ?
Au niveau régional avant tout. De par leur compétence économique, les Régions ont toute légitimité à définir leurs priorités à l'international. Ubifrance n'a rien d'une entreprise jacobine ou d'une agence nationale qui viendrait s'imposer. Son rôle n'est pas d'expliquer à la région Midi-Pyrénées, Aquitaine ou Bretagne ce que doit être sa stratégie internationale. Chaque Région est le meilleur décideur compte tenu de sa réalité économique, des relations qu'elle a nouées avec un certain nombre de pays étrangers et du choix qu'elle peut faire en mettant l'accent sur tel ou tel accompagnement. En revanche, en tant qu'outil et opérateur, nous pouvons l'aider à passer à l'acte, c'est-à-dire donner à ses priorités une capacité de projection à l'international grâce à nos équipes, notre programmation, nos ressources financières (en 2010, l'État a doté Ubifrance d'un budget de 100M€, ndlr).
Quel impact la réforme des CCI aura-t-elle sur ce nouveau dispositif d'appui aux entreprises ?
Il est prévu de regrouper les ressources dédiées à l'international au niveau régional. C'est ce que nous avions devancé il y a deux ans en contractant avec les Chambres régionales de commerce et d'industrie, qui nous semblaient tout naturellement être l'échelon le plus adapté à la question internationale. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les 22 délégués régionaux d'Ubifrance sont implantés physiquement au coeur du dispositif consulaire régional.
Le réseau Ubifrance vous paraît-il dimensionné pour assumer, à l'étranger, le rôle de capitaine de l'Équipe de France de l'Export qui vous a été confié ?
Ubifrance dispose aujourd'hui d'un réseau de 64 Missions économiques présentes dans 44 pays, représentant près de 90% du commerce extérieur de la France. Entre janvier 2011 et janvier 2012, ce réseau sera renforcé et l'Agence couvrira en propre une dizaine de pays supplémentaires ; il sera alors présent sur tous les marchés où, raisonnablement, il doit être. Dans ces nouvelles implantations figurent des « pays-pari », j'entends par là des pays émergents, tels que le Kazakhstan, l'Angola, la Colombie ou la Libye qui, sans représenter aujourd'hui un potentiel de marché considérable, deviendront sans doute un enjeu important à un horizon de cinq ou dix ans. Et si une entreprise veut aller dans un pays qui ne figure pas dans cette liste, elle en aura la possibilité grâce à des partenariats que nous allons nouer avec des Chambres de commerce françaises à l'étranger et des opérateurs privés.
Outre ces nouvelles implantations, comment faire en sorte que les entreprises françaises regardent davantage vers les pays émergents et s'appuient sur la croissance mondiale?
Il est vrai que nous sommes encore trop centrés sur l'Europe. À travers le Programme France Export et nos nouveaux bureaux, nous essayons de corriger cette tendance naturelle des entreprises françaises en les orientant vers des pays émergents. Mais force est de constater que si beaucoup ont conscience des opportunités qui s'offrent à elles en Inde, au Brésil ou en Afrique du Sud par exemple, il est quand même plus simple d'exporter ou tout simplement de se déplacer en Belgique ou en Allemagne. C'est une réalité que nous devons prendre en compte à l'heure où nous travaillons à pérenniser et améliorer notre dispositif.
En quoi peut-il être amélioré ?
Dans un premier temps, il était important de se faire connaître et reconnaître comme l'acteur de référence en matière d'appui des entreprises françaises à l'international. Avec près de 25.000 entreprises accompagnées en 2010 (9.000 en 2007, ndlr) sur les 95.000 qui exportent, nous avons pris une place centrale dans le dispositif, bien supérieure à ce que nous avions prévu dans nos projets et nos budgets. Même si nous devons continuer à détecter un potentiel à l'export dans un volume important d'entreprises, nous devons maintenant développer la qualité du suivi des entreprises accompagnées et de nos services pour passer d'une obligation de moyens à une obligation de résultats. Autrement dit, faire en sorte que les entreprises que nous amenons à l'étranger concluent des affaires dans le pays choisi. Rappelons qu'Ubifrance est un établissement public, que son but est non lucratif et que sa mission est de trouver des solutions simples, concrètes et efficaces pour l'entreprise.
Justement, peut-on accompagner de la même façon une TPE et une ETI ?
C'est l'un des points sur lesquels nous réfléchissons. Aujourd'hui, notre stratégie est « universaliste »: nous accompagnons toutes les entreprises. Demain, l'enjeu pour nous sera d'avoir, à l'intérieur de notre business model, des plans d'actions différenciés, permettant de mieux ajuster nos services à des problématiques d'entreprises qui varient selon leur taille ou leur secteur d'activité. Cette évolution ne pourra se faire que dans le cadre du partenariat que nous avons initié il y a deux ans, chacun détenant une petite partie de la réponse aux questions que se posent les entreprises.
Directeur général d'Ubifrance depuis 2008, Christophe Lecourtier a été l'un des artisans de la réforme du dispositif public d'appui au commerce extérieur qui repose aujourd'hui très largement sur son Agence et les réseaux consulaires. Tous deux au coeur de la nouvelle Équipe de France de l'Export, ils se sont vu fixer des objectifs chiffrés par l'État : amener 10.000 nouvelles entreprises à l'export ; réaliser 20.000 accompagnements annuels d'entreprises ; atteindre 10.000 VIE en poste en décembre 2011. Qu'en est-il à mi-parcours de la convention qui a été signée en avril 2008 ? Cette Équipe de France de l'Export a-t-elle trouvé une traduction concrète sur le terrain des régions ou se résume-t-elle à une simple bannière de communication ?
Propos recueillis par Aline Gandy