« Être entrepreneur, c'est quelque chose dont j'avais envie depuis l'âge de sept ans », résume Nicolas Chaunu. Dès la fin de son cursus à l'Université de Toulon - Ingémédia suivi d'un DEA -, le jeune homme crée ainsi, avec trois copains de fac, sa première société Emob, une maison d'édition spécialisée dans le e-learning, « sans passer par la case entreprise ». Et c'est dans cette boîte montée au sein de la pépinière Toulon Var Technologie qu'est né le projet Tuto.com. « C'est la rencontre avec les deux fondateurs de Fotolia, le site Internet d'échanges de photos numériques, et la limite du modèle de l'édition, que je jugeais très vieux, qui m'ont poussé à faire évoluer la société ». S'il reste dans le e-learning, Nicolas Chaunu change complètement de modèle économique. « Emob était un éditeur qui achetait du contenu auprès d'auteurs et le vendait de manière traditionnelle. Tuto.com est en revanche une place de marché où se rencontrent l'offre et la demande ». Pour porter le projet, il crée en novembre 2009 la société Weecast avec l'apport financier de Provence Business Angels et des deux fondateurs de Fotolia. Il s'agit alors de la première place de marché de formation vidéo au niveau mondial. Si depuis des concurrents sont apparus aux États-Unis, Weecast n'en a toujours pas dans l'Hexagone.
Un modèle distributif
La société connaît d'emblée une croissance à deux chiffres. En 4 ans, le chiffre d'affaires, qui atteint aujourd'hui 1,2 M€, a même été multiplié par 8 par rapport à celui d'Emob. Pour y parvenir, Nicolas Chaunu a mis en place « un modèle distributif ». « Dans l'édition, on achète le contenu vidéo et on rémunère l'auteur à hauteur de 8 % des ventes. Tuto.com va quant à lui percevoir une commission sur chaque vente réalisée et en reverser une à l'auteur comprise entre 40 et 95 % du prix, ce qui est très attractif ». Weecast a ainsi reversé, depuis sa création, 2,5 M€ à 60.000 auteurs qui sont maîtres de toute la stratégie autour de leur vidéo, notamment des tarifs. Et ces derniers sont eux aussi très attractifs. « Sur Tuto.com, on a 10h de formation à Photoshop pour 50 € alors que ça coûte entre 500 et 800 € la journée en centre de formation ». Il s'agit en outre d'un modèle ouvert puisque l'auteur reste propriétaire de son contenu. « Il peut partir à tout moment avec son catalogue de cours ». Depuis son lancement, la place de marché, qui commercialise 30.000 vidéos par an, a dispensé plus de 8 millions de cours sur Internet auprès de 390.000 utilisateurs, « propriétaires à vie » de la formation acquise. Il s'agit d'un public très large qui va de l'amateur éclairé aux étudiants en passant par les TPE, PME ou les grands comptes du ministère de la Défense. « Les entreprises peuvent utiliser leur crédit formation sur tuto.com. On a un agrément depuis décembre 2013 ».
De la place de marché au social learning
Centrée au départ sur les logiciels, la place de marché propose aujourd'hui des formations sur tout ce qui touche au numérique, notamment le e-marketing et le e-commerce. Une diversification qui s'est accompagnée du lancement d'une nouvelle plate-forme en juillet. « On passe d'une simple place de marché de consultation vidéo à du social learning. Chaque fois qu'on achète une vidéo, on peut poser des questions au formateur, questions qui seront lues par les autres utilisateurs : on apprend à plusieurs ». Outre son cours, l'auteur met aussi en place un QCM qui permet à l'utilisateur de savoir si la formation a été assimilée. Cette nouvelle plate-forme est également conçue pour être internationalisée. Des auteurs enregistrent ainsi des contenus en anglais, tandis que Weecast se rapproche d'éditeurs ayant des catalogues de formation dans la langue de Shakespeare. La société table enfin sur un autre relais de croissance à travers un partenariat avec la Fnac. « On a réalisé un produit commun, un pack vidéo de formation en ligne. Quand on achète le pack 50 € à la Fnac, on l'active sur tuto.com et on a droit à 50 € de formation ». Présente dans une centaine de magasins Fnac, Weecast vise à travers ces projets « une croissance de 50 %, soit un CA de 2 M€ en 2015 ». Dans cette optique, la société va réaliser une levée de fonds en fin d'année afin de doubler ses effectifs.
WEECAST
(Toulon) Nicolas Chaunu 7 salariés CA : 1,2 M€ 06 85 69 67 77 @email