Frédéric Legrout est sous le choc. Le jugement du tribunal administratif de Rouen tombé le vendredi 11 juillet scelle définitivement l'avenir de son projet d'extension au Havre. Pour le directeur régional du distributeur réparateur de véhicules industriels DAF, c'est la fin d'un travail engagé il y a un peu plus de trois ans visant l'acquisition d'un terrain Boulevard Jules Durand au Havre, à proximité du Stade Océane, qui devait permettre à l'entreprise de construire un nouveau garage.
Le lézard et l'orchidée
Acquis auprès de RFF (Réseaux Ferrés de France) par Turbotrucks ainsi que deux autres partenaires, Les Transports Dugrand et la société Ragues-Lebourgeois, le terrain représentait une situation idéale, proche des terminaux et donc proche des clients transporteurs de l'entreprise Turbotrucks. Mais cette « friche industrielle » est devenue au fil des mois un champ de bataille où les nouveaux acquéreurs ont trouvé face à eux un adversaire intraitable : l'association, Écologie Pour Le Havre. En jeu, la présence d'un lézard des murailles ainsi que d'une espèce autochtone d'orchidée qui ont renforcé la détermination de l'association à faire capoter le projet d'aménagement industriel. Pour Frédéric Legrout, l'incompréhension est totale : « on n'est pas dans le Marais Vernier, c'est un terrain pollué, tout le monde le sait, hors depuis le départ nous avons eu beaucoup de réunions avec la DREAL et l'ensemble des partenaires pour arriver à des compensations en termes écologiques », plaide le dirigeant. Sans succès. En février dernier, RFF a commencé les travaux de terrassement et a retiré près de 10 tonnes de pneumatiques sur ce terrain de 20.000 m². « Le lendemain, l'association EPLH faisait un recours devant le tribunal administratif ! » Un recours destiné à obtenir l'annulation des trois permis de construire, dont celui de Turbotrucks, qu'un arrêté préfectoral pris en début d'année avait autorisé.
« Occupant illégal depuis le 1er janvier !
» Pour la désormais filiale Française du groupe Belge Turbo's Hoet, le coup est rude, voire juridiquement critique. « Notre bail havrais boulevard de Graville est arrivé à expiration en décembre dernier... nous sommes donc occupants illégaux depuis le 1er janvier dernier ! » Une situation qui aurait dû trouver une issue rapide avec la construction du nouveau garage. « Aujourd'hui, nous devons trouver autre chose, de préférence un terrain pour rester sur un projet de construction ». Un choix privilégié par le groupe belge « qui préfère être propriétaire de ses murs », explique le directeur régional de Turbotrucks. La ville du Havre qui suit le dossier depuis de nombreux mois chercherait une solution de replis pour les trois entreprises concernées, et notamment Turbotrucks. « C'est une urgence pour l'entreprise, cela devient vital ». Au-delà de la question immobilière, Frédéric Legrout évoque les conséquences économiques du jugement du tribunal administratif. « Actuellement nous faisons travailler six personnes au Havre et nous projetions de doubler l'effectif dans les nouveaux locaux. Quant aux deux autres acquéreurs, ils prévoyaient une cinquantaine d'emplois à eux deux ! » Présente à Rouen depuis 25 ans et implantée sur la zone industrielle de Saint-Étienne du Rouvray depuis 1998, l'entreprise devenue Turbotrucks en 2010 doit aujourd'hui composer avec un actionnaire Belge « qui se pose de plus en plus de questions », lâche Frédéric Legrout. « Ils ne connaissent pas ce type de difficultés en Belgique ni dans les autres pays où ils sont présents. À Moscou, pour un garage qui fait trois la taille du nôtre, tout a été bouclé en un an. Au Havre, nous étions en pourparlers depuis trois ans et demi ! »
Guillaume Ducable
Distribution/maintenance Le distributeur de camions DAF, filiale du groupe Turbo's Hoet, voit son projet d'extension au Havre retoqué par le tribunal administratif de Rouen suite au recours d'une association écologiste locale.