Tunisie : Pour les PME du Rhône c'est le moment d'investir !

Tunisie : Pour les PME du Rhône c'est le moment d'investir !

Sous-traitants de PME et de grandes entreprises rhônalpines, les pays du Maghreb, et notamment la Tunisie, sont des partenaires économiques de poids. Les entreprises qui ont maintenu leur présence et qui passeront la crise sans dégât en récolteront les fruits.C'est maintenant qu'il faut se positionner.

En 2010, le taux de croissance de la Tunisie était de 5,3%. Positionné principalement sur les secteurs du textile, de l'électrique, de l'électronique et du cuir, ce pays est un partenaire sous-traitant prisé des acteurs économiques de Rhône-Alpes. Près de 45 entreprises de la région ont choisi d'y implanter un site de production. Outre les compétences disponibles, ce sont les coûts de main-d'oeuvre et les avantages fiscaux qui ont fini de convaincre les industriels. «Nos coûts de production sont divisés par six», constate Christine Lopez, P-dg de Cair LGL à Civrieux-d'Azergues, un fabricant de matériel médical à usage unique. Difficile de rivaliser... L'entreprise emploie 160 salariés tunisiens sur trois sites de production. Alors, quand les premières émeutes ont fait la Une des journaux début janvier, les industriels rhônalpins se sont posé la question de leur choix.




«Janvier a été notre meilleur chiffre»

Car si les revendications sont pour plus de liberté, de démocratie et de transparence, le volet social n'est pas en reste. «Certes les salaires vont augmenter mais nous avons une marge de manoeuvre telle que nous resterons encore compétitifs par rapport à une production française», rapporte Jean-Claude Gas, président de Sgame, à Chaponost. L'entreprise de sous-traitance de cartes électroniques petites et moyennes séries a installé un atelier en partenariat avec un industriel local, près de Nabeul, qui emploie 30 personnes. Il évoque une possible absorption de+30% du coût de la main-d'oeuvre. A-t-il connu des rébellions, des grèves, des outils de productions mis à mal? «Aucun souci!, témoigne le dirigeant. Nous avons noué des relations de confiance depuis de nombreuses années. Nos salariés sont contents d'avoir du travail. Janvier a été notre meilleur chiffre depuis plusieurs mois. Nous nous sommes adaptés, pendant quelques jours, à cause du couvre-feu: les femmes partaient plus tôt mais elles ont travaillé les week-ends pour honorer les commandes. Une nurserie a été installée. Elles ont eu une prime.» Même constat pour Christine Lopez, dirigeante de Cair LGL, installée en Tunisie depuis 2004. «Nous avons eu plus de problèmes avec le blocage des ports en Tunisie et à Marseille que pour la continuité de la production.»






Ne pas tomber dans la crise économique

Alors que le pays est en pleine reconstruction et en recherche de repères géopolitiques, est-ce le bon moment pour des entreprises de s'y installer? «Oui, affirme Hugues Poissonnier, professeur de géopolitique à Grenoble école de management. Ces pays ont besoin de maintenir une activité pour ne pas tomber dans la crise économique. Et quand l'activité va redémarrer, que la stabilité politique sera effective, de très bons fournisseurs seront disposés à travailler avec les Français. Être sur place maintenant contribuera à mieux les identifier.» Marc Hoffmeister, P-dg de Classe Export, évoque les entreprises tunisiennes de troisième génération, une manne à ne pas manquer pour les PME rhônalpines. «Les entreprises de première génération sont dirigées par les premiers entrepreneurs tunisiens. Celles de deuxième génération sont des sous-traitants de donneurs d'ordres occidentaux. Les PME de troisième génération, qui émergent, sont innovantes et productives. Elles sont ouvertes aux capitaux étrangers.» Surtout, les entreprises tunisiennes sont confrontées à deux problématiques: la taille critique, «une grosse entreprise en Tunisie réalise 5M€ de chiffre d'affaires», affirme Marc Hoffmeister, et la question de l'encadrement car «elles ont peu de cadres intermédiaires». Les investisseurs rhônalpins ont compris l'intérêt de se positionner sur un pays en pleine reconstruction. «Les revendications de démocratie et de liberté sont encourageantes pour les investisseurs, témoigne Thierry Lepercq, gérant de Galaxis Export à Lyon. Il n'y a pas de risque d'embrasement et de conflit de civilisation. Au contraire, c'est plutôt positif que les Tunisiens aient l'esprit tourné vers une meilleure stabilité économique.» C'est le moment de se positionner et d'investir!



teet Vanessa Genin