Le secteur des travaux publics a manifesté le 10 mars son inquiétude dans plusieurs villes du grand Est. Le président de la CCI Strasbourg-Bas-Rhin, solidaire de ce mouvement, dénonce « l'irresponsabilité des élus, qui pénalisent l'avenir de métiers et des jeunes en formation ». Il appelle les collectivités « à faire preuve de courage et opérer des coupes dans leur budget de fonctionnement pour dégager du budget d'investissement dont les entreprises ont besoin pour retrouver un peu de visibilité. »
« L'activité pourrait être réduite de moitié en 2017 »
Une absence de visibilité qui impacte donc particulièrement les entreprises des TP. « La profession fait face à des difficultés extrêmes. Cela fait quarante ans que je travaille dans le secteur, je n'ai jamais vécu une telle situation. Si on ne réagit pas, l'activité va être réduite de moitié d'ici à 2017 », annonce René Studli, directeur de Colas Est et président de la Fédération régionale des travaux publics Alsace. Celui-ci avait déjà poussé un coup de gueule similaire dans nos colonnes, en octobre dernier. Le chiffre d'affaires du secteur dans la région, d'un milliard d'euros en 2013 a chuté de 15 % en 2014. Si rien n'est fait, annonce la fédération, il pourrait continuer de diminuer drastiquement pour atteindre 500 M€ en 2017. « La baisse d'activité est liée à l'effondrement de l'investissement des collectivités. Or, le cours des matières premières n'a jamais été aussi bas, elles pourraient lancer leurs travaux à moindres coûts. On est en train de rater le coche », déplore le responsable de la FRTP. « On a aujourd'hui besoin de relancer l'activité, sinon c'est la filière dans son ensemble qui risque de s'écrouler », poursuit-il. La filière emploie actuellement 8.000 personnes mais fait vivre indirectement 15.000 personnes supplémentaires. Beaucoup d'acteurs font désormais face à d'énormes difficultés de trésorerie. Les entreprises ont recours au travail partiel. « 50.000 heures de chômage partiel cumulées ont déjà été demandées et autorisées depuis le début d'année en Alsace, annonce René Studli. De nombreuses défaillances d'entreprises sont à prévoir ce premier semestre », anticipe le représentant de la FRTP.
Les difficultés concernent toutes les entreprises
Les difficultés n'impactent pas seulement les plus petits. L'entreprise Trabet, à Haguenau (CA 2012 : 71 M€ ; 212 salariés) a ainsi été placée en redressement judiciaire en février. Liebherr France, qui dispose d'une usine de fabrication d'engins de construction à Colmar se restructure et annonce un plan de 95 départs volontaires sur les 1.314 emplois que compte le site. Parmi les revendications des professionnels : le lancement de chantiers annoncés comme le Grand contournement Ouest de Strasbourg, la desserte ferroviaire de l'Euroairport ou encore la déviation de Châtenois. Ils plaident aussi pour l'activation du contrat de plan État-Région « en attente depuis un an et demi », la généralisation des avances à 20 % dans les marchés publics, la suspension de l'utilisation des procédures MAPA (marchés à procédures adaptées), le doublement des moratoires sur les retards de paiement, ou encore l'activation de la redevance Poids Lourds en Alsace.
Difficultés Les entreprises de travaux publics lancent un SOS. L'effondrement des budgets d'investissements des collectivités plonge la filière dans une crise inédite.