Les professionnels du transport ont poussé un grand ouf de soulagement lorsque le président Sarkozy a annoncé en avril dernier l'autorisation prochaine d'utiliser des véhicules à 44 tonnes pour le transport de produits agricoles et agroalimentaires. Les 1.500 entreprises de transport employant plus de 30.000 salariés dans la région voyaient dans cette nouvelle réglementation une petite éclaircie dans un secteur particulièrement frappé par la crise.
Le surcoût des carburants
Mais les réjouissances n'auront pas duré longtemps. Oui, le 44 tonnes pourrait être autorisé mais pour des camions à six essieux et non pour ceux à cinq essieux comme le réclament les professionnels. «Avec le 44 tonnes cinq essieux, on gagne 8 à 10% de productivité, avec six essieux c'est entre 0 et 1,5%. Le problème, c'est que le Ministère ne prend pas en compte les surcoûts en terme d'usure des pneumatiques et de carburants qui sont induits par essieu supplémentaire», dénonce Pierre Beaudouin, délégué régional de la FNTR (Fédération nationale des transports routiers). Même indignation du côté de Ouest Logistique. «Le décret qui est en cours de préparation serait une remise en cause des engagements du Président puisqu'il annihile les gains de productivité espérerés. Il serait en plus inapplicable puisque l'essentiel des camions comprennent cinq essieux et les transporteurs ne vont pas renouveler comme cela leur flotte. L'enjeu est particulièrement fort pour les entreprises de l'Ouest où l'agroalimentaire est fort», affirme Marc Bouchery, délégué de l'association qui rassemble plus d'une centaine de logisticiens, chargeurs et transporteurs.
«Un non sens écologique et économique»
Le Cluster West qui regroupe 170 entreprises du secteur agroalimentaire dénonce également ce qu'il estime être «un revirement de l'administration sur le 44 tonnes». Les actions de lobbying se multiplient donc actuellement sur cette question du 44 tonnes. Bruno Hug de Larauze, président de Ouest Logistique, vient par exemple d'en saisir les parlementaires du grand Ouest. «Économiquement et écologiquement, le 44 tonnes à six essieux c'est un non-sens. Le transport français perd année après année des parts de marché en Europe. Est-ce que l'on veut continuer dans ce sens?», interroge Hubert Dupont, président régional de la FNTR.
Les véhicules 44 tonnes devraient prochainement être autorisés pour le transport des marchandises agricoles et agroalimentaires. Une aubaine en terme de productivité pour les transporteurs, sauf que les modalités d'application constituent un obstacle.