Transport : « On ne peut pas digérer la taxe »
# Conjoncture

Transport : « On ne peut pas digérer la taxe »

Écotaxe, concurrence internationale, activité au point mort, les motifs d'inquiétude s'amoncellent pour les transporteurs. Catherine Mazoyer-Michel, secrétaire générale, et Daniel Oger, président, de l'Union départementale des transports 49 tirent la sonnette d'alarme.

C


omment les transporteurs routiers appréhendent-ils la mise en place de l'écotaxe poids lourds qui doit entrer en vigueur le 20 juillet et qui va concerner 15.000 kilomètres de routes en France, dont les axes Cholet-Nantes et Segré-Laval ?


Catherine Mazoyer-Michel : « D'abord, nous l'appelons plutôt taxe routière parce qu'elle n'a rien d'écologique.

Ce sera un choc pour les entreprises puisqu'elle sera de l'ordre de quinze centimes du kilomètre et va représenter 10 % du chiffre d'affaires en moyenne. Elle sera payable entre 15 et 25 jours alors que les délais de paiement des fournisseurs de transports sont beaucoup plus importants. C'est un décaissement de trésorerie supplémentaire que les entreprises ne peuvent pas se permettre. Le secteur des transports a été l'un des plus touchés par les procédures collectives au tribunal de commerce d'Angers en 2012. Beaucoup d'entreprises du Maine-et-Loire sont en difficulté à cause de trésoreries extrêmement faibles. Mais ce choc ne concernera pas seulement les entreprises de transport, puisque cette taxe va s'appliquer à tous les véhicules de plus de 3,5 tonnes qui transportent de la marchandise. Les entreprises qui ont leur propre flotte seront aussi concernées. » Daniel Oger : « Personne n'a la capacité aujourd'hui de digérer la taxe routière. Au niveau national, une entreprise sur deux est déjà en difficulté. À moyen terme, il y aura de moins en moins de transporteurs. Demain, les clients n'auront à faire qu'à deux, voire trois groupes et n'auront pratiquement plus le choix de leur transporteur. »


Sa mise en place va nécessiter l'installation d'équipements spécifiques...

Catherine Mazoyer-Michel : « Oui, les entreprises payent pour payer ! Elles vont devoir investir dans un boîtier spécifique installé dans chaque véhicule, dans la formation du personnel... Les véhicules vont être immobilisés. Tout cela représente une ardoise énorme. »


La profession doit aussi faire face à une concurrence internationale. Comment cela se concrétise-t-il ? « L'Anjou est une région horticole. Nous avons des transporteurs qui descendent de Hollande, par exemple, pour amener des bulbes ou remonter des graines. Quand ils viennent à Angers, ils en profitent pour récupérer du transport et passer par Paris pour rentabiliser leur trajet. Ce qu'on peut tout à fait comprendre. Sauf que ce n'est pas du tout les mêmes tarifs, avec une fiscalité qui va du simple au double et un coût de main-d'oeuvre largement supérieur : l'écart est de 30 % avec les Allemands et 50 % avec les Espagnols. Cette concurrence accrue sur le marché national va s'intensifier encore en 2014 avec la libéralisation totale du cabotage. » Daniel Oger : « Aujourd'hui, comme ils ne peuvent plus faire d'international, tous les transporteurs français se sont recentrés en France et on se retrouve aujourd'hui en surcapacité de camions. »
Quelles sont les conséquences sur l'emploi (4.000 dans le Maine-et-Loire) ?

Catherine Mazoyer-Michel : « Je fais ce travail depuis plus de dix ans. Jusqu'à maintenant, j'organisais entre 20 et 30 formations de conducteurs routiers de marchandise par an, à la demande des entreprises qui avaient des besoins. Depuis deux ans, c'est fini. Je n'en fais plus parce que les entreprises ne recrutent plus et hésitent à investir. C'est la première fois que le solde d'emplois est négatif dans le secteur du transport. D'habitude, il était positif de 10.000 postes par an. » Daniel Oger : « Aujourd'hui, même si les entreprises ne licencient pas, elles ne remplacent pas les départs. On ne vend pas les camions parce qu'on espère qu'il y aura une reprise, mais ils sont immobilisés dans la cour. »


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