Quelque 500.000 entreprises devraient changer de main dans les dix ans en France. Mais ce chiffre recouvre une diversité d'offres entre fonds de commerces et PME qui rend le marché difficilement lisible. Et les freins, y compris psychologiques, des cédants potentiels n'ajoutent pas à la clarté alors qu'il y a urgence. Le cabinet Altares vient d'établir pour le compte du BODACC (bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) un premier Baromètre des ventes et cessions de commerces et d'industries en France. Selon cette étude, 44.000 entreprises (+0,9% par rapport à 2009) ont changé de mains en 2010 pour un montant global de transactions de 6,3milliardsd'euros. Les montants des transactions étant plutôt supérieurs à la moyenne nationale sur le littoral nord-ouest. Sur ce total, 20.934 transactions ont été réalisées dans les activités de services - dont 13.222 dans les structures de commerce - les activités industrielles ne représentant que 4.625 cessions (en recul de 2,4%) et la construction 3.362 (- 5,7%).
Afficher son intention de vente: un tabou!
Les données chiffrées des prix moyens de transaction hors fonds de commerce ont étonné Jacques Raymond, vice-président du CRA (Cédants et Repreneurs d'affaires), association qui établit des statistiques depuis 1995. Pour 2010, l'étude portant sur 684 entreprises cédées fait ressortir un CA moyen de 1,820M€ pour une valeur moyenne de 940.000€ (contre 1M€ en 2009).
Un dirigeant sur deux n'a pas fixé de plan de succession
«À l'exception de 2009, nous constatons une progression constante de la valorisation des entreprises. Mais, s 'il y a quinze ans, l'effectif moyen était de 20 personnes, il est de douze depuis trois ans», note Jacques Raymond. Au-delà des chiffres, la réalité du marché, outre les questions liées au financement, c'est aussi et surtout la difficulté des candidats à la reprise à trouver l'entreprise-cible. La transmission de son entreprise n'est pas le souci majeur de tous les patrons de PME-PMI françaises, comme le souligne notre sondage (lire en page3), alors que tous les spécialistes s'accordent à considérer qu'une transmission doit obligatoirement se préparer trois à cinq ans avant.
«Dire qu'on veut vendre son entreprise, c'est honteux!»
Selon une récente étude PwC, 58% des chefs d'entreprises familiales (83% des sociétés françaises) souhaiteraient transmettre à la prochaine génération, même si, selon d'autres études, ce mode de transmission ne concerne en fait que 10% des opérations. Du coup, 48% des dirigeants, selon PwC, n'ont pas fixé de plan de succession, ni au niveau du contrôle du capital, ni au niveau de la direction opérationnelle. «En France, dire qu'on veut vendre son entreprise, c'est honteux! Le chef d'entreprise considère que ses salariés vont lui en vouloir, que les banques vont le lâcher, ses clients prendre la poudre d'escampette!», constate Alain Faboret, du Réseau Entreprendre PACA. Ce frein psychologique explique la difficulté des repreneurs à trouver l'entreprise idéale. Il existe de nombreuses bases de données, «mais les affaires affichées ne sont pas toujours fraîches», regrette Alain Faboret. Ce dernier conseille alors de passer par les banques, les fonds d'investissements, les experts-comptables, les avocats, les réseaux d'accompagnement ou - si c'est possible - ses propres réseaux professionnels.
Une cession ou une transmission, c'est d'abord une rencontre entre deux êtres. Vu la complexité des rapports humains, autant dire que l'exercice n'est jamais simple. Pour autant, le jeu en vaut la chandelle, si l'on en croit ceux qui y sont parvenus.