Outil de la réforme des collectivités territoriale, le schéma départemental de coopération intercommunale (SDCI) doit être élaboré avant la fin de l'année. Il préconise notamment le passage de 37 à 24 communautés de communes en Isère. Il sera probablement amendé lors de son adoption le 12décembre prochain, en raison de difficultés apparues sur quatre territoires (Pays du Grésivaudan, Pays Viennois, Grenoble et Tour-du-Pin). En effet, les projets de fusion, parfois ressentis par les élus comme imposés par le Préfet, n'ont pas remporté toute l'adhésion escomptée. Rappelons que la réforme territoriale poursuit plusieurs objectifs: un maillage du territoire par des intercommunalités rationalisées, la volonté étant d'aboutir à une couverture par des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre; la création du statut de conseiller territorial; et une clarification de la répartition des compétences et des financements entre les collectivités.
Communauté urbaine
Les crispations les plus vives ont été ressenties en Nord-Isère, la communauté d'agglomération du pays Viennois (CAPV) et la communauté de communes du pays Roussillonnais (CCPR) n'étant pas prêtes à faire pot commun et préférant discuter autour du volet moins contraint de la métropolisation. Idem sur le territoire de l'agglomération grenobloise; la Métro se serait bien vue transformée en communauté urbaine, mais le seuil de 450.000habitants n'est pas encore franchi, à 5.000 citoyens prêts. Les communes comme Chamrousse ou Miribel Lanchâtre sont partantes pour l'aventure. Le maire de Chamrousse, Jacques Guillot, estime que son rattachement serait un doublé gagnant. «L'image de la montagne est une carte de visite intéressante pour attirer les cadres et les familles à Grenoble. Et pour accueillir une clientèle étrangère, être rattaché à la Métro nous offrirait une vitrine internationale. Quant à être une station de ski dans une communauté urbaine, il existe des communes de piémont et d'altitude, ce n'est pas un souci!» Les autres communes du Grésivaudan ont opposé un non sans appel.
Transports en commun
Du côté du pays Voironnais, le projet d'absorption de Voreppe n'est pas non plus passé. Les enjeux économiques ne sont pas étrangers à ces radicalisations de positions. D'autant que le pays Voironnais et le pays du Grésivaudan sont tous deux autorités organisatrices de transports urbains (AOTU), que finance en partie la taxe transport versées par les entreprises, très nombreuses sur Centr'Alp et Inovallée... Des sujets largement discutés entre élus, mais en dehors du SDCI. Est-ce une question d'échelle? Car les chantiers, en matière de compétences économiques, de déplacements sont en cours entre les différentes communautés de communes. Mais elles préfèrent se tourner vers le projet de pôle métropolitain, dit Sillon Alpin, qui, d'Anemasse (74) à Valence (26), soutient un "dynamisme économique", à l'échelle du territoire. Il y est en effet question de masse critique en matière de recherche, d'enseignement supérieur et de synergie avec les entreprises. L'enjeu est de répondre à la nécessité d'une visibilité européenne à l'échelle d'une métropole d'un million d'habitants. Le pôle métropolitain avance donc, puisque les élus concernés ont décidé de créer cette structure de coopération à partir du 1ejanvier 2012.
Équilibre des territoires
Parallèlement à cette effervescence politique, un autre volet structurant se met en oeuvre dans le Sud-Isère, avec l'arrêté du prochain schéma de cohérence territoriale de la région urbaine grenobloise (Scot) au mois de décembre. Ce vaste document de planification, qui donne les orientations jusqu'en 2030 en matière d'aménagement du territoire, intéresse les 273 communes de la région urbaine grenobloise et leurs 730.300 habitants. «Il définit les équilibres entre les pôles urbains pour donner à chaque bourg de la région urbaine grenobloise, comme Voiron, Crolles ou Saint-Marcellin, la capacité de mieux équilibrer ses emplois et ses services», explique Philippe Auger, directeur du Scot. Le document s'exprime en particulier sur les déplacements: transports en commun, modes doux, remodelage du réseau routier... Sur le plan économique, le Scot insiste sur la mixité des fonctions dans les villes, entre commerces, habitat et activité économique. En ce qui concerne les zones économiques, 700 hectares sont identifiés en prévision des implantations d'entreprises dans les années à venir. Une plus grande densité dans l'occupation des zones est préconisée. Le projet de Centr'AlpIII et ses 150 hectares est abandonné au profit d'autres secteurs comme la Bièvre. Enfin, écoutant les remarques du monde économique, deux grandes catégories d'espaces sont définies: les espaces économiques de centralité, c'est-à-dire des zones mixtes à l'image de Giant, et des espaces économiques dédiés, qui sont des zones économiques stricto sensu. Si débat il y a entre les différents niveaux de collectivités, c'est sûrement parce que l'organisation des outils au service de la mise en oeuvre des politiques territoriales est encore floue. «Il faut dépasser les querelles et le mécano politico-administratif pour créer une histoire, produire un récit métropolitain mobilisateur qui transcende les frontières. Des symboles, comme la montagne, le transport par câble, un événementiel fort, contribuent à créer un collectif où tout le monde se retrouve», estime le géographe grenoblois Luc Gwadzinski.
SDCI, Scot, pôle métropolitain: le calendrier du découpage territorial se bouscule. L'organisation du territoire ne va pas sans créer des crispations tant sur le plan économique que politique... sans parler de la question des déplacements!