Quel avenir pour la filière bois en Aquitaine? Cette question, les 33.000 salariés de la filière se la posaient le 24janvier, après le passage d'une tempête qui a ravagé les forêts du Sud-Ouest. Environ 300.000 hectares sont touchés, soit un tiers du massif forestier de pin maritime. Une situation d'autant plus dramatique que la profession se remettait à peine de la tempête de 1999 et souffre depuis plusieurs mois d'un manque de débouchés. Il y a dix ans, 270millions d'arbres avaient été jetés à terre. Or, les premiers témoignages sont tous concordants concernant Klaus: c'est encore pire. Les Landes et le Sud de la Gironde ont particulièrement souffert. Environ 50M de mètres cubes de pin maritime seraient abîmés. Une situation dramatique pour les sylviculteurs, qui, pour la plupart, ne sont pas assurés. Leur préjudice est estimé à plus de 300M€.
Dégager les pistes et fossés rapidement
L'urgence, pour l'instant, est de dégager les pistes et fossés. «Le risque incendie démarre en avril, il faut donc faire vite», souligne Stéphane Latour, directeur de la Fiba (Fédération des industries du bois d'Aquitaine). D'autant plus que ceux qui auront le courage de replanter devront le faire au printemps. La récupération des bois abattus devrait prendre moins de temps qu'en 1999. L'Aquitaine compte aujourd'hui 250 machines abatteuses automatiques, contre 50 il y a 10 ans. L'urgence est également à une estimation plus précise des dégâts afin de dimensionner un plan de crise. Le préfet d'Aquitaine, Francis Idrac, a indiqué le 28janvier que des photos satellites des forêts devaient être prises.
4 à 6 ans de récoltes perdues
«Avant le passage de Klaus, le bois se vendait entre 25 et 30€ le mètre cube, indique Guillaume Grigaut, directeur du Ciba (Conseil interprofessionnel des bois d'Aquitaine). Nous courons le risque de voir les prix s'effondrer, voire même que la valeur de la matière première soit presque nulle. Entre 4 et 6 ans de récoltes sont à terre. En prenant en compte les récoltes normales qui auraient dû se faire ces prochaines années, on peut estimer que nous avons 15 ans de stock à écouler». Comment trouver des débouchés à de tels volumes? En 1999, la filière bois avait profité de la forte demande en France, et surtout en Espagne. «Le marché ibérique s'est effondré et nous connaissons une forte baisse de la demande depuis plusieurs mois, souligne Stéphane Latour. Sans compter que les difficultés que connaît notre secteur s'inscrivent dans une crise économique structurelle beaucoup plus vaste».
Besoin d'aires de stockage
Le syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest réclame la création d'aires de stockage des bois. La capacité actuelle de l'Aquitaine, d'environ 500.000m³ paraît insuffisante. De nombreux professionnels réclament un stockage des produits finis, et non de la matière première. Cette solution aurait comme avantage de faire tourner les usines. Pas si simple, répond, en substance, Stéphane Latour. «Il faut déjà remettre en état les entreprises de transformation, dont les deux tiers ont dû arrêter leur production suite à la tempête. Mais il faut surtout s'interroger sur la longévité et la qualité du produit fini, et ses débouchés à moyen terme. On prendrait le risque que notre offre ne corresponde pas à la demande».
Réorientation de la filière?
Pour le directeur de la Fiba, «un soutien de la consommation de bois en France est indispensable, notamment par le biais de la construction bois». Le Comité interprofessionnel du pin maritime (CRPF) a mis en place une cellule de crise dirigée par Yves Lescourgues, directeur du CRPF Aquitaine, afin de proposer un plan d'actions et de mesures à court, moyen et long terme début février. Les professionnels de la filière bois, qui ont connu deux tempêtes dévastatrices en 10 ans, s'interrogent sur l'avenir du pin maritime en Aquitaine. «Tous ceux qui avaient reboisé après 1999 sont désespérés, déclare Guillame Grigaut. Nous nous sommes spécialisés dans des bois pour les poutres ou les lambris, qui nécessitent des pins de plus de 40 ans. Une réflexion devra être engagée pour savoir si nous devons nous réorienter vers des bois à 10 ans, pour le papier, le panneau ou le bois énergie. Mais ces débouchés ont une valeur ajoutée beaucoup plus faible».
Ostréiculteurs, maraîchers, professionnels du tourisme en plein air... les secteurs sévèrement touchés par la tempête du 24janvier sont nombreux en Gironde. Assureurs et entreprises de bâtiment sont sur le pont pour répondre aux nombreuses sollicitations des sinistrés. Mais c'est la filière bois qui aura le plus de mal à se remettre de cette catastrophe, dix ans après un événement climatique encore dans les mémoires. Les pins sont à terre sur une zone de 300.000ha en Aquitaine et les professionnels essaient d'élaborer avec les pouvoirs publics une sortie de crise.
Dossier réalisé par Yann Buanec