« Après mes études d'électrotechnique, je suis parti au Québec deux ans pour voir ailleurs, couper le cordon et passer un diplôme moins théorique qu'en France. Mes parents ne désiraient pas que je reprenne la société, c'était un cadeau empoisonné à travailler douze heures par jour, d'être dans le stress. Ils ne voulaient pas de cette vie pour moi, même si dès 13 ans, j'étais toutes les vacances scolaires à l'atelier. »
Premier échec
« À mon retour en 2004, plus mature, plus indépendant, plus ouvert, j'ai brigué cette reprise. J'avais 22 ans. Je me suis mis une trop grosse pression, je pensais mes parents malheureux au travail. J'ai été trop vite, ils n'étaient pas prêts à déléguer, à lâcher. Je souhaitais trop bien faire. Nous étions dans l'impasse. Ma mère me poussait à trouver une collaboration autre part, en conservant l'idée d'une transmission plus tard. Pendant quatre ans, j'ai accompli du contrôle prédictif technique sur site et des analyses, toujours en électrotechnique, j'ai appris un autre métier, j'ai vu la relation directe avec le client, j'ai compris ses besoins, comment facturer. Le tour effectué, j'ai réintégré Pistorello Bobinage. En 2011, la Chambre de Commerce et d'Industrie de la Haute-Savoie m'a démarché et me présente une formation diplômante, l'École des Manageurs, sur un an, en alternance. Tous les vendredis et samedis, je rejoins une dizaine de fils et filles de patron et cinq repreneurs de tous horizons, de l'industriel à l'hôtellerie, les espaces verts, le décolletage... Je saisis où cela n'a pas marché lors de la première tentative et mes erreurs. La vente et les relations humaines, ce n'était pas mon fort. J'ai complété mes études techniques avec la facturation, le marketing, l'aspect financier. La formation, financée par l'Opca de la métallurgie, était proche du terrain, des demi-journées étaient consacrées aux soucis de transmission. Dans mon cas, c'était ma personnalité, à savoir m'exprimer et me pencher sur le développement technique et la formation des employés. Des intervenants sont venus, ont discuté avec mes parents et moi-même. C'était rassurant d'observer les mêmes conflits intergénérationnels chez les autres étudiants. »
Gains de crédibilité
« Cette formation, elle n'était pas pour moi, mais pour la société, pour reprendre et apporter l'évolution de cette TPE artisanale née en 1947. J'étais le potentiel repreneur ! Elle a ajouté de la crédibilité vis-à-vis de moi-même, a rassuré les employés qui ont vingt à trente ans d'ancienneté. Je suis devenu crédible avec l'expert-comptable, le banquier, le commissaire aux comptes, devant mes parents, j'avais le même langage que ces professionnels. En 2012, avec mes parents, nous nous sommes donnés deux ou trois ans pour la transmission. J'ai mis en pratique les rouages d'une reprise, le montage financier et les statuts vus pendant la formation. Chacun a mis de l'eau dans son vin. Avec l'appui de ma mère, nous avons convaincu mon père de procéder à des changements, comme de mettre en place une méthode de suivi de chantier, une gestion de production, afin de clarifier le travail administratif. Mon père avait des bonnes méthodes éprouvées. Ma mère, qui gérait l'administratif, a été obligée de remettre en question son organisation. Aujourd'hui, ils ont lancé leur retraite et j'ai repris l'entreprise en juin. Maintenant, j'arrive avant et pars après eux. Le temps a fait beaucoup, il a permis que cela se déroule bien. Il y a de l'affect derrière une reprise. L'atelier, c'était le bébé de mon père. Il continuera à venir, il a plein d'idées pour fabriquer ses propres machines afin d'améliorer la compétitivité. Il ne faut pas croire que l'on va arriver tout seul à gérer une reprise. Il faut être accompagné ».
Propos recueillis par Muguette Berment
Pistorello Bobinage
(Albertville) Directeur : Fabien Pistorello 9 salariés CA2014 : 2 millions d'euros www.pistorellobobinage.com