Témoignage d'entrepreneur : « J'ai repris mon usine après sa liquidation »
# Industrie # Reprise

Témoignage d'entrepreneur : « J'ai repris mon usine après sa liquidation »

Salarié d'une entreprise qui fait faillite en 2009, Pedro Jimenez décide de reprendre l'activité de fabrication d'étiquettes, et d'embaucher ses anciens collègues. Cinq ans après, il vient d'offrir de nouvaux locaux à Étiflex, son entreprise.

« En 2009, cela faisait six ou sept ans que je travaillais pour Eticolor, à Tourcoing. Le groupe à qui appartenait la société a été placé en liquidation au mois de décembre, et mes collègues et moi, on s'est retrouvé au chômage, juste avant Noël. J'avais quarante-cinq ans, et c'est vieux pour le marché du travail. Personne ne voulait de moi, j'étais trop cher, trop âgé, pas assez souple... J'avais encore vingt ans de vie active devant moi, très rapidement je me suis dit que j'allais créer mon propre emploi. Et puis ça m'a paru trop bête de jeter aux orties les années que j'avais passées à travailler dans cette société, d'autant plus que j'étais convaincu que la clientèle de l'entreprise était rentable. J'ai donc décidé de reprendrela boîte.

Mauvaises surprises
En tant qu'employé licencié, j'étais prioritaire pour la reprise, j'ai donc racheté le fonds de commerce, ce qui me laissait les actifs, l'usufruit de la clientèle et du nom. Première surprise, je me suis aperçu que les machines sur lesquelles on travaillait n'appartenaient pas à mon employeur, mais à une autre boîte du groupe, que j'ai donc rachetée aussi. Pour l'argent, ça a été très compliqué. Au moment où j'allais signer, la banque où travaille mon épouse a connu l'affaire Kerviel. On s'est aperçus qu'on avait perdu 80 % de nos économies. J'ai quand même pu acheter les machines sur mes fonds propres, mais j'ai dû emprunter pour avoir un fonds de roulement, et il a fallu beaucoup négocier. Mais heureusement, des gens m'ont écouté, et ont accepté de nous suivre dans l'aventure. J'ai emprunté 90.000 €, dont je n'ai pas eu besoin, finalement : j'avais raison, la clientèle existante était rentable, et m'a permis de rapidement développer et faire fructifier l'entreprise.

Ne pas perdre de temps
On a repris l'activité, officiellement, en février 2010. Tout a été très vite, je suis de toute façon du genre à prendre des décisions rapidement, et à m'y tenir. Et puis il y avait un paramètre important, celui de ne pas perdre de clients dans l'intervalle. Il fallait faire vite - et on a quand même perdu quelques gros clients. J'ai pris des risques, mais la décision a été facile à prendre. Rien n'allait changer pour moi, si ce n'est que j'allais devenir patron. Dans mon ancien poste, je faisais déjà tout, à part signer les chèques et virer les gars. Mais j'étais à la fois responsable de la production et des achats, commercial et chargé de clientèle... J'ai donc embauché mes anciens collègues. Je n'attendais pas de reconnaissance, mais ça a quand même été un apprentissage, gérer l'humain a été compliqué.

Des résultats dès la première année
Mais j'ai beaucoup travaillé, essayé de faire les choses bien, dans l'ordre des priorités. Et dès la fin de la première année, on avait réalisé 490.000 € de chiffre d'affaires, et l'entreprise était rentable. Au bout de trois ans, j'ai pu investir dans une machine neuve, qui nous a fait vraiment gagner en qualité, en rapidité d'impression, et en productivité. Et cette année, pour les cinq ans, j'ai pu négocier avec les banques, au vu de mes bilans, pour quitter les locaux de Tourcoing et acheter ceux de Templemars, où on est en train de finir d'emménager. La prochaine étape, c'est asseoir l'entreprise, qui ne repose que sur ma tête pour le moment. J'aimerais embaucher un responsable de production, des commerciaux... L'idéal, ce serait d'avoir doublé l'effectif d'ici trois ou quatre ans. »

A propos d'Étiflex (Templemars) Dirigeant : Pedro Jiménez / CA 2014: 847.000 € / Quatre salariés / www.etiflex.fr

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