Témoignage d'entrepreneur : « J'ai relancé l'activité 2 mois après l'incendie »
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Témoignage d'entrepreneur : « J'ai relancé l'activité 2 mois après l'incendie »

Dans la nuit du 2 au 3 juillet, un incendie a entièrement détruit la chocolaterie Bockel, à Saverne. En moins de deux mois, l'activité a pu redémarrer grâce à la détermination sans faille de son dirigeant, Jacques Bockel.

« C'était la première fois que je m'accordais un mois de congés. Un voyage en moto et voile à travers la Norvège... Mon itinéraire était indiqué jour par jour dans mon agenda, finalement recouvert de rendez-vous bien plus terre à terre... Mon téléphone était sur silencieux durant la nuit, je n'ai su que le matin du 3 juillet que la chocolaterie avait brûlé. Ni une ni deux, j'ai pris la route en sens inverse. En m'arrêtant sur une aire d'autoroute, face aux déversements de messages de soutien, j'ai craqué. La seule autre fois où cela s'est reproduit, c'est quand j'ai déménagé mon bureau. 30 ans d'histoire partis en fumée, une page qui se tourne...




« Les salariés m'attendaient »

Si le bâtiment de production et de stockage et la boutique attenante ont été entièrement calcinés, le bâtiment administratif a été épargné, sauvant des flammes nos recettes, le plan des machines, des moules... et mon bureau. Arrivé quatre jours après l'incendie, je me suis immédiatement rendu sur place. Les 30 salariés m'attendaient. On m'a dit après coup qu'ils n'avaient jamais douté de ma capacité à trouver une solution. Ça m'a touché. L'heure était à l'action, pas à l'apitoiement. J'ai cette passion de mon métier, le souci de transmettre l'entreprise à mes enfants, le devoir moral de ne pas abandonner une équipe qui s'est toujours donnée. Je n'ai jamais imaginé baisser les bras. J'ai géré la situation très froidement. Il faut réfléchir à ce qu'on va faire, et surtout ne pas penser à ce qui s'est passé, sinon, on se consume... Le site était sous vidéo surveillance, les gendarmes ont rapidement identifié les gamins qui avaient par un feu de poubelle provoqué l'incendie, mettant fin aux insidieuses rumeurs d'autosabotage. Nous étions bien assurés sur la forme mais pas dans le contenu : c'est souvent le problème des petites entreprises qui ont grossi, on ne réalise pas tout ce qu'on ajoute au fil du temps. Ironie du sort, nous avions rendez-vous la troisième semaine de juillet avec notre assureur pour mettre à jour notre contrat ! Nous venions d'acquérir pour 60.000€ une nouvelle machine pas encore installée, nous en avions vendu une autre que l'acquérant n'était pas encore venu chercher, nous avions anticipé la flambée du cours de la noisette en achetant un gros stock pour notre pâte à tartiner Nut'Alsace... En tout le sinistre a été estimé à 3,5 M€. Reste finalement à notre charge 500.000€. Même si les coupables doivent payer, la procédure risque d'être longue. Heureusement, nous avions une bonne trésorerie. 800.000€ à 1 M€, ce qui nous a permis d'investir tout de suite.




Situation temporaire

La sphère politique locale s'est immédiatement mobilisée pour nous aider à rebondir. J'ai même eu l'embarras du choix pour les locaux. Notre consoeur la Chocolaterie Schaal nous a apporté son soutien pour sauver nos commandes en cours. Nous nous sommes finalement installés à la maison des entrepreneurs de Saverne, où nous pouvions aménager une boutique en préfabriqué et disposer d'un grand hall. Nous avons investi 400.000€ pour l'aménager, J'ai fait le déplacement en Belgique, en Italie, dans le Centre de la France, pour visiter les fabricants et racheter des machines, refaire un stock de matières premières. Nos quatre boutiques ont pu rester ouvertes durant cette transition qui aura finalement peu d'incidence sur notre chiffre d'affaires, de 3,5 M€. Mon objectif désormais : construire un nouveau site et y emménager d'ici à Pâques 2016. Plusieurs terrains sont actuellement à l'étude. Notre site actuel nous permet d'expérimenter différentes formules pour dessiner l'entreprise idéale. Je commence à prendre conscience du tour de force réalisé pour relancer aussi vite notre activité... Mais il reste des séquelles de l'expérience. Je ne dors plus aussi sereinement qu'avant... »

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