«La perte de ces marchés risque d'entraîner nos entreprises vers un scénario catastrophe», lance Guy Chazot, P-dg des Autocars Chazot, des Autocars Saint-Chamonais et actionnaire de Stélycar. «Nous sommes inquiets pour l'avenir de nos entreprises mais aussi et surtout pour nos salariés. On démolit des emplois et des entreprises familiales qui pour certaines sont là depuis plus de 60 ans», renchérit Mick Collomb, P-dg de la SRT (Société Régionale de Transports) et de ses filiales Trans-roche et Lux Car.
Vers une «casse sociale»
Écartés de l'appel d'offres de Saint-Étienne Métropole pour l'exploitation en sous-traitance de lignes du réseau de la STAS, au profit notamment de Rochette et du groupe Keolis (filiale de la SNCF) ou encore de Flouret, la SRT et les Autocars Chazot ne cachent pas leurs inquiétudes. «Au total, ce ne sont pas moins de 6 entreprises, 175 emplois et 473 personnes en incluant les familles qui sont concernées par cette véritable casse sociale», commente Jean Munster, médiateur et conciliateur en entreprise, qui s'est emparé à titre gracieux du dossier. Pour la SRT et Chazot, les conséquences de la décision de la commission d'appels d'offres transport sont effectivement énormes. «Pour un écart de prix de 0,02% nous perdons 2,7M€ sur un chiffre d'affaires total de 4,5M€. Cela va entraîner la fermeture des Autocars Saint-Chamonais puisque l'ensemble des salariés étaient affectés à l'exploitation de la ligne 5», confie Guy Chazot. Même son de cloche à la SRT. «Nous perdons un marché de 3,5M€ pour un écart de prix de 1%. Cela représente plus de 50% de notre chiffre d'affaires. Entre les chauffeurs, les mécaniciens et les administratifs, ce n'est pas loin de quarante emplois qui sont menacés», détaille Mick Collomb.
Des salariés inquiets
En théorie, les chauffeurs affectés aux lignes perdues par la SRT et Chazot devraient être repris au 1erjuillet par les nouveaux exploitants. En théorie! Car dans la pratique, c'est un peu plus complexe que cela. «La convention prévoit que les chauffeurs sont repris, aux mêmes conditions de salaires, s'ils réalisent 65% de leur temps de travail sur la ligne. Tous ne sont pas dans ce cas. Certains se partagent leur temps de travail entre ligne régulière et activité tourisme. Et puis, rien n'empêche les entreprises de licencier au bout d'un an les chauffeurs qui ont été repris», expose Patrice Gériante, responsable planning à la SRT. Et d'ajouter: «La plupart des salariés sont là depuis plus de 10 ans. Ils ont acquis des avantages sociaux et une qualité de vie qu'ils ne retrouveront pas chez les concurrents. Ils sont très inquiets».
Une décision contestée en référé
Face au désarroi de leurs salariés et pour tenter de sauver leurs entreprises respectives, Guy Chazot et Mick Collomb ont décidé de contester la décision de la commission d'appel d'offres en déposant un référé pré-contractuel (avant la signature du marché) auprès du tribunal administratif de Lyon. «Je pense que la commission d'appel d'offres n'a pas statué avec tous les éléments en sa possession. Le volet social n'a par exemple pas été pris en compte. Les fiches de salaires qui auraient dû être portées au dossier ne l'ont pas été. Il y a peut-être là un vice de forme», espère Guy Chazot. «Sur l'environnement, il y a aussi des incohérences. L'entreprise qui doit reprendre notre ligne va devoir faire 180km par jour de plus que nous à vide. C'est à ni rien comprendre!», s'insurge Mick Collomb. Et d'ajouter: «Nous ne demandons pas forcément que l'appel d'offres soit relancé, mais qu'au moins toutes les pièces du dossier soit réétudiés de manière équitable». Une demande malheureusement rejetée par le tribunal administratif de Lyon. Ultime espoir, le pourvoi en cassation devant le conseil d'État. Mick Collomb et Guy Chazot veulent encore y croire!
Transports interurbains Évincés de l'appel d'offres de Saint-Étienne Métropole, la SRT et les autocars Chazot sont pris dans la tourmente. Pertes de chiffre d'affaires, suppression d'emplois, disparition des entreprises à terme... Seul le tribunal administratif peut les sauver!