2015 sera « la cinquième année difficile » pour Sorriaux. Autant dire que depuis qu'il a repris l'entreprise familiale, en 2010, Antoine Mercier n'a connu qu'un climat dégradé. Cette année, l'entreprise de 36 salariés devrait réaliser un chiffre d'affaires d'environ 4,8 M€, contre 5,3 M€ en 2014. La rentabilité est en baisse également. « Depuis la crise, l'ensemble du secteur s'est contracté de 30 %. Nous avons réussi à limiter la casse à moins 10, moins 12 %, mais c'est de plus en plus dur. On ne maîtrise plus les prix, » détaille, sobrement, Antoine Mercier. En cause, surtout, la baisse des budgets des collectivités, soit 80 % de la clientèle de l'entreprise basée à Haspres. Qui effectue l'essentiel de ses chantiers dans un rayon de 30 km alentour.
Contre des chantiers à perte
Tristement, Antoine Mercier énumère les PME des environs qui ont mis la clé sous la porte. « On est les seuls qui restent, ou quasiment ». Mais la concurrence n'en est pas moins rude en ces temps de vaches maigres : les grandes entreprises nationales ne se cantonnent plus aux très gros appels d'offres. « Eux, ils peuvent se permettre de faire des chantiers à perte, histoire de garder leurs équipes occupées. Pour nous, c'est inenvisageable. »
Reste donc à s'arranger au mieux, en essayant de répercuter la baisse des prix sur les fournisseurs. « On négocie comme on peut, mais on n'est qu'un maillon d'une chaîne. On essaye de maintenir un volume stable dans nos commandes. Nous ne sommes pas un très gros client pour eux, mais nous sommes constants, ça nous laisse une petite marge de manoeuvre ».
Maintenir l'investissement
Malgré les difficultés, Sorriaux essaye de maintenir un investissement d'environ 150.000€ par an. « Notre politique, c'est d'être propriétaire de notre matériel. C'est la force de l'entreprise. Ça demande de le renouveler régulièrement. C'est lourd, mais les pannes aussi coûtent cher. » En plus du rachat de véhicules cette année, Sorriaux a réaménagé toute sa cour, où sont stockés les matériaux, et s'est équipée d'un système d'alarme tout neuf, après des vols. Un effort naturel pour Antoine Mercier, pour qui l'immobilisme, c'est la mort. « Sacrifier l'investissement serait problématique, on fait partie d'une chaîne qui inclut nos fournisseurs, mais aussi les transporteurs, les fabricants de béton... On dit que pour un emploi dans le bâtiment ou les travaux publics, il y en a quatre autres derrière. Toute restriction a des conséquences non négligeables », raisonne le dirigeant.
Tenir, et attendre
Une philosophie qui semble porter ses fruits, mais qui n'empêche pas l'étau de se resserrer autour de Sorriaux. Et pour l'instant, Antoine Mercier ne voit « aucun signe de reprise » dans les années à venir. En dépit d'une visibilité réduite à trois mois, Sorriaux garde une centaine de clients, et s'efforce de maintenir un rythme d'une trentaine de gros chantiers par an. « Il faut qu'on tienne comme ça encore deux, trois ans, peut-être davantage. On doit conserver le noyau de l'entreprise, et être prêts dès que les volumes reviendront. Mais la reprise ne pourra venir que du public. » En attendant, les effectifs vont devoir être revus à la baisse. « On va sans doute revenir à une trentaine de salariés. Mais ça va se faire en douceur, avec des départs en retraite. » Si reprise il y a, la crise aura en tout cas laissé bien des séquelles dans le secteur. « Ce qui est dommage pour le métier, c'est qu'il n'y a plus de transmission. On ne peut plus prendre des débutants qui se formeront auprès de nos anciens, il nous faut des gens performants tout de suite, » regrette Antoine Mercier.
Jeanne Magnien
Sorriaux (Haspres); Dirigeant : Antoine Mercier; Ca 2014: 5,3 M€; 37 salariés