«Les soldes flottants tuent l'idée même des soldes»! Françoise L'Hôtellier, présidente de la Fédération régionale de l'habillement-Région Bretagne, et commerçante en centre-ville de Rennes, n'y va pas de main morte. Et elle n'est pas la seule. La plupart des commerçants et des fédérations râlent après ces soldes qui n'en sont pas. Beaucoup étaient contre dès leur mise en place en 2009. Ils ont testé... et ont constaté qu'ils ne leur apportaient finalement rien. Depuis le 1erjanvier 2009, chaque période de soldes fixes a en effet été raccourcie d'une semaine (cinq semaines en hiver et cinq en été) et une période de soldes complémentaires, les soldes "flottants" a été créée. Les commerçants peuvent faire deux semaines de soldes par an à la période qu'ils souhaitent, à la suite ou deux fois une semaine. Le tout est de le déclarer au moins un mois avant la date prévue, auprès du préfet du département ou de la DGCCRF.
21% des commerçants
«L'objectif était de rebooster le pouvoir d'achat, se souvient François Eveillard, élu chargé du commerce à la CCI de Rennes. Or, seulement 41.000 commerces les ont pratiqués en 2011, contre 52.000 en 2009. D'après une étude du Credoc, seuls 21% des commerçants ont mis en place les soldes flottants l'année dernière». Le taux est faible. Le gouvernement en étudie d'ailleurs actuellement l'impact et envisage de les supprimer purement et simplement. À quelle échéance? Il se pourrait que ce soit dès début 2013. «Je crains que l'on n'arrive à rien avant 2013 désormais, regrette Jean-François Bessec, président du syndicat des détaillants en chaussures de Bretagne et Mayenne. Les décisions sont difficiles à prendre car l'idée touche le ministère de l'économie dans deux directions: à la fois le consommateur et le commerçant. Mais ce serait bien de revenir au 1erjanvier à une absence de soldes flottants partout».
Pas de retour sur le chiffre d'affaires
Car les commerçants ne s'y retrouvent pas. Pas plus d'ailleurs que le consommateur. La déclaration en préfecture est compliquée, alors que d'autres formules existent pour écouler les stocks, fins de séries ou invendus, et sans faire de déclaration. Et les retours en terme de chiffre d'affaires ne sont pas positifs. Pour les petits commerçants, c'est difficile de communiquer autour des soldes flottants, car il faut un fichier client, mettre en place une publicité, anticiper. «Avec le coût de la publicité et la baisse de la marge, ce qu'on a vendu en plus en volume ne compense même pas», calcule Marie-Anne Simon-Philippe, présidente de la Chambre régionale de l'ameublement et de l'équipement de la maison (Bretagne-Mayenne). On ne l'y reprendra plus. «C'est épouvantable à organiser, poursuit Jean-François Bessec: il faut choisir les modèles à solder, les prix, réorganiser le magasin... Cela ne correspond pas à nos cycles d'achats». Côté consommateur, «celui-ci est dérouté, il ne sait plus où il en est, constate Alexandre Séjourné, directeur de La Visitation à Rennes. Le client ne sait plus quel est le prix réel, car en principe les soldes terminent une saison. Même pour les centres commerciaux, c'est difficile d'organiser et de communiquer ensemble sur ces soldes-là. Car quand il y a des enseignes nationales, celles-ci ont leur propre politique sur les soldes flottants, qu'elles mettent en place sur tous leurs magasins en même temps. Mais ce n'est jamais la même date que les autres commerçants du centre! Les soldes, oui, mais en maintenant les périodes de saisons».
Des soldes par profession?
En un mot, les indépendants préfèrent faire de simples promotions. «Quitte à revenir à l'ancienne formule de 6 semaines de soldes par saison pour satisfaire le consommateur», propose Jean-François Bessec. Les Français sont en effet un tiers à acheter leurs articles en promotion, via notamment les ventes privées ou dégriffées. Pour Marie-Anne Simon-Philippe, «ce qu'il faut c'est redonner envie au consommateur de se faire plaisir. Pourquoi ne pas expérimenter une période intermédiaire d'exception, par profession ou secteur d'activité?».
Promotions Les soldes flottants vivent-ils leurs derniers instants ? Le gouvernement réfléchit en tout cas à les supprimer. Mis en place en 2009, ils ne sont en effet que très peu utilisés par la majorité des commerçants. Explications.