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Sogestran, l’armateur havrais devenu leader français du transport fluvial affiche ses ambitions internationales
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Sogestran, l’armateur havrais devenu leader français du transport fluvial affiche ses ambitions internationales

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Depuis 77 ans, l’armateur havrais Sogestran est le leader du transport fluvial hexagonal. L’entreprise a diversifié son activité pour rester compétitive, avec de nombreux rachats de sociétés au cours des années 70 et 80. Sogestran intègre le secteur maritime au début des années 90 et poursuit son développement autour de l’innovation technologique et l’expansion du fluvial à l’échelle européenne.

Outre le transport fluvial et maritime ou encore les services aux industries, Sogestran propose du transport mutimodal, en acheminant des conteneurs depuis les grands ports maritimes jusqu’aux grandes métropoles françaises — Photo : Christophe Pouget

L’aventure commence au Havre, en 1948. À 27 ans, Edmond Girardet, père de l’actuel PDG Pascal Girardet, crée la Société de Gestion et de Transports fluviaux, communément appelée “Sogestran”. Une idée sans doute inspirée de son enfance passée auprès d’un père éclusier. L’entreprise ne compte alors que quatre personnes. Mais tout va très vite chez Sogestran : l’entreprise lance dès les années 50, le département du "service aux industries", dédié au nettoyage de bateaux citernes pour permettre le chargement d’autres produits, et par la suite de citernes au sens plus large, pour conteneurs ou camions. La Serep (Société d’Étude et de Réalisation d’Équipement Pétrolier), créée en 1962, formalise cette nouvelle branche métier.

Avec sa flotte, consacrée au transport pétrolier, Sogestran innove dès 1960 par la mise en œuvre de la technique du poussage née au Mississipi au début du XXe siècle : la méthode utilise un ancien remorqueur transformé en pousseur attelé à deux barges équipées de citernes de 320 tonnes. Sogestran va aussi, rapidement, pratiquer l’avitaillement de navires en carburant.

Anticipant la concurrence des oléoducs face au transport fluvial des hydrocarbures, Edmond Girardet se tourne, dès 1963, vers un nouveau marché avec le transport fluvial de véhicules. L’entreprise est prospère : en une quinzaine d’années, les effectifs de Sogestran sont proches de sa taille actuelle avec un millier de salariés (pour 1 400 salariés et 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024).

Des années noires et rachats en séries

En 1973, Edmond Girardet (à droite) visite les installations de sa société Serep en compagnie d’Antoine Rufenacht (à gauche) alors conseiller général du Havre et de Michel Rousselin, adjoint au directeur des ports maritimes et des voies navigables — Photo : DR

À la mort de son père en 1974, Pascal Girardet n’a que 14 ans, et son frère aîné 16 ans. Leur mère, qui hérite de l’entreprise, confie les rênes à un cousin, Gérard Perrin, au profil de financier. La crise de 1974, entraînant une chute de la consommation de produits pétroliers, va plonger le marché du transport fluvial en pleine récession. En fin gestionnaire, et durant 15 années difficiles, le nouveau PDG va racheter les uns après les autres ses concurrents, fortement dévalués par le choc pétrolier.

Ces opérations vont ainsi permettre à Sogestran de récupérer de nouveaux contrats-clients, d’accroître sa flotte et de s’adjoindre des collabotareurs au savoir-faire rodé. "En 1988, il ne restait plus que deux opérateurs majeurs, Sanara et Sogestran. Gérard Perrin va absorber Sanara, pour aboutir à la création de la Compagnie Fluviale de Transport (CFT). C’est ainsi qu’au début des années 90, par ces rachats successifs, la CFT est finalement la somme de 25 entreprises de transport fluvial qui existaient dans les années 70", résume Pascal Girardet. Aujourd’hui, la CFT est la filiale emblématique de la branche transport fluvial du groupe Sogestran, au point de donner son nom à d’autres filiales comme la CFT Danube opérant en Slovaquie depuis 2018.

Convois spéciaux pour la fusée Ariane et la Nasa

La CFT s’est très vite distinguée par des convois très spéciaux, comme celui des éléments de la fusée Ariane IV sur la Seine, en 1989. Et c’est encore la fusée Ariane qui est transportée jusqu’à Kourou, mais par voie maritime cette fois-ci, grâce à l’acquisition de la Compagnie Maritime Nantaise en 2017, qui opère des navires spécifiques pour des clients de référence tels que le Ministère des Armées et la Marine Nationale. "Nous avons transporté pour la NASA par voie maritime, en 2021, le colis certainement le plus cher au monde : le télescope spatial James Webb, de Los Angeles jusqu’au centre spatial de Kourou en Guyane. Et c’est un petit Français qui l’a fait !", se félicite Pascal Girardet.

Entrée dans le maritime en 1991

Le Cap Sicié de la société Maritima (à droite) s’amarrant au Cap Aiguades (à gauche), le 5 juillet 2018 à Port-de-Bouc (activité d’avitaillement maritime) — Photo : Christophe Pouget

Pascal Girardet a trente ans lorsqu’il rejoint l’entreprise familiale en 1990, tout d’abord en qualité de responsable informatique pour ensuite évoluer vers la CFT. Sogestran est alors le leader hexagonal dans le transport fluvial, mais "il est nécessaire d’avoir deux pieds", souligne Pascal Girardet qui pointe la situation du groupe havrais en 1991, présent dans tous les ports français par son activité d’avitaillement sauf à Fos-Marseille. L’avitaillement étant alors exercé à Fos-Marseille uniquement par des groupes maritimes.

Avec l’acquisition de Maritima en 1991, Sogestran gagne sa "seconde jambe" et fait son entrée dans le maritime. Cette nouvelle activité pour Sogestran est renforcée, en 2011, par l’achat de la société Someca qui approvisionne la Corse en ciment en vrac et par celui, en 2017, de la Compagnie Maritime Nantaise. Le maritime est désormais si important qu’il représente un peu plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe Sogestran.

Le transport mutimodal, une quatrième branche

Outre le transport fluvial, le transport maritime et les services aux industries, une quatrième branche métier de Sogestran voit le jour en 1994 : celle du transport mutimodal acheminant des conteneurs depuis les grands ports maritimes jusqu’à leur livraison dans les grandes métropoles françaises. Cette année-là, l’entreprise havraise devient le premier armateur français à proposer des transports de conteneurs sur la Seine, via sa filiale LogiSeine, entre Le Havre et Gennevilliers.

Une succession en préparation

Pascal Girardet et ses trois enfants — Photo : DR

Les investissements constants et la recherche de nouveaux marchés caractérisent Sogestran. Et Pascal Girardet, devenu en 2005 PDG de Sogestran, a déjà préparé l’avenir : si ses trois enfants sont tous actionnaires de Sogestran, seuls ses deux fils occupent des fonctions dans le groupe havrais : Marc-Antoine est directeur de la stratégie concentrée sur le maritime et Pierre-Yves dirige une filiale de logistique urbaine.

"J’ai 64 ans. Il y a assez peu de patrons d’entreprises significatives, me semble-t-il, qui ont déjà réglé leur succession. Nous avons des conseils de famille fréquents pour partager ma vision sur la stratégie, mais je reste très humble. Je me considère comme de la 3e génération : mon père, Gérard Perrin et moi avons eu trois styles différents et ça a marché. Pour être performant, je pense qu’il faut laisser des espaces de liberté. Il revient à mes enfants de se construire", estime le PDG.

Construction du "plus gros avitailleur de GNL d’Europe"

Les perspectives d’avenir du groupe Sogestran passent nécessairement par l’innovation technologique. “J’ai l’habitude de dire que nous sommes un groupe très technique d’ingénieurs. J’ai moi-même une formation d’ingénieur, donc je ne me renie pas. Nous avons construit l’Energy Stockholm, le plus gros avitailleur de GNL d’Europe en novembre dernier. On peut transporter du GNL à -160°C comme du bitume à +180°C. On aime ce qui est compliqué à transporter”, détaille Pascal Girardet.

Fin 2024, le groupe Sogestran a repris l’entreprise allemande Reederei Jaegers GmbH, spécialisée dans le transport fluvial de vracs liquides. Pour rééquilibrer ses "deux jambes" et développer un leadership à échelle européenne.

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