Scop : Modèle entrepreneurial pour temps de crise ?

Scop : Modèle entrepreneurial pour temps de crise ?

Dépassée l'image vieillotte, les Sociétés Coopératives et Participatives (Scop) connaissent un réel engouement se traduisant depuis six ans par une augmentation de 23 %, soit la création de 432 Scop en France. En Paca, ce sont 36 nouvelles Scop qui ont vu le jour en 2014.

En Paca, l'actualité récente a été marquée par la transformation de l'usine de thés et infusion Fralib en Scop (Société Coopérative et Participative) et la reprise par les salariés du quotidien Nice-Matin sous forme de SCIC. Aussi emblématiques soient-elles, ces reprises d'entreprise en difficulté ne représentent toutefois que 9 % du nombre de création des Scop. Celles-ci, en revanche, constituent, surtout depuis la crise financière de 2008, une réponse aux excès du capitalisme, de la finance. Remises au goût du jour, les Scop, autrefois perçues comme un modèle ancien et vieillissant, allient aujourd'hui performance économique et sociale. « Nous avons besoin de changer d'image et de nous faire connaître », explique Alain Maïssa, président de l'Union régionale des Scop Paca et Corse. « Les entreprises sont gouvernées par des salariés associés sur le principe un associé, une voix. Une répartition équitable des bénéfices et des réserves impartageables permettent de consolider les fonds propres, de se développer et d'investir », souligne Péguy Capdevielle, chargée du développement à l'Union régionale. « Les Scop évoluent sur un marché concurrentiel avec un impératif de rentabilité », précise-t-elle.




Les secteurs innovants, aussi

La France recense 2.252 coopératives, représentant au total 45.700 emplois. En 2013, elles ont réalisé un chiffre d'affaires de 3,9 Md€. La région Paca reflète cet engouement avec plus de 256 Scop et SCIC, rassemblant près de 2.500 salariés. « Nous sommes présents à 68 % dans les services, 20 % dans le BTP et 12 % dans l'industrie », relève Péguy Capdevielle. Au-delà des secteurs attendus, ces sociétés sont de plus en plus présentes dans l'édition de logiciels, dans le conseil en innovation ou encore dans le web sémantique... À l'image de l'entr

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Nectar de Code, qui a vu le jour en 2012, née de la rencontre de Stanislas Oger, Pierre Gotab et Benjamin Maza, trois étudiants en thèse dans le même laboratoire de recherche. La start-up développe un jeu de simulation géopolitique en ligne, baptisé Space Origin. De même, à Aubagne, les trois associés de l'entreprise
Caleido-Scop ont choisi de revendiquer ce statut alors qu'ils se positionnent comme les partenaires R & D des studios de production de films en image de synthèse. Majoritairement, les Scop résultent donc de la création ex-nihilo par des salariés porteurs d'un projet collectif et créent 4 % de nouveaux emplois par an. Mais si les domaines d'activités sortent désormais du cadre traditionnel du social, « le modèle Scop implique une éthique, un comportement et un investissement différents. Chez nous, il n'y a pas d'employeurs et d'employés mais des associés qui discutent, partagent et se répartissent les rôles et tâches au quotidien », souligne ainsi Mme Bagès, créatrice de la microcrèche
Pousse de Coton, installée dans le Vaucluse. De son côté,
Enercoop Paca, fondée en 2013 à Marseille, se définit comme fournisseur éthique d'électricité écologique. À sa tête, Clémentine Thierry, une ancienne activiste de Greenpeace. Du côté des Alpes maritimes, Anne-Gaël Bauchet, l'une des fondatrices du cabinet
Alter Égaux rappelle que « le format Scop, avec sa structure souple, participative et créative, constitue une philosophie de travail et de vivre ensemble ». La société accompagne les organisations dans la mise en place de l'égalité professionnelle homme/femme et a été récompensée par le Trophée d'or de l'Apec.




Meilleure qualité de vie au travail

En 2012, 41 % des bénéfices nets des Scop ont été placés en réserve, alors que près de 46 % ont été distribués aux salariés et 13 % seulement ont été versés aux associés. Autre atout des Scop, la quasi-inexistence de conflits sociaux et le faible taux d'absentéisme. « Nous n'avons jamais connu un seul jour de grève au lamanage et pourtant nous avons subi de nombreux aléas, traversé les difficultés liées à la réforme du port. À la fin des grèves, tous les lamaneurs étaient sur le terrain pour travailler. Nous adaptons les charges en fonction de l'activité. En octobre 2010, nous n'avons rien partagé car le CA correspondait aux charges de l'entreprise. Socialement, ce fut difficile mais la survie de l'entreprise en dépendait », explique Franck Rossi, président de la
Coopérative du lamanage de Marseille et du Golfe de Fos. « La qualité de vie au travail est supérieure au sein des coopératives. La force du modèle réside dans l'équilibre entre pouvoir de direction et fonctionnement démocratique. Toutes les difficultés trouvent une issue dans l'arbitrage démocratique », souligne Alain Maïssa, qui évoque toutefois un frein au développement des Scop : « Le seul problème que nous rencontrons réside dans l'inexistence formelle du statut de groupe coopératif. Si on applique strictement les règles, une filiale de Scop, ne peut pas être une Scop. Nous travaillons, au sein de l'Union régionale des Scop, sur ce dossier. Par ailleurs, notre mouvement a la volonté de devenir un acteur plus présent dans le dialogue social. Nous sommes un groupement d'entreprises et nous pensons avoir notre mot à dire », conclut-il.