C'est une initiative originale que vient de lancer l'Agence de développement du grand Saumurois (ADGS) en invitant des élus à partager le quotidien d'un chef d'entreprise le temps d'une journée et, en retour, le dirigeant à passer une journée dans la peau d'un politique. Une sorte de « Vis ma vie » destinée à rapprocher ces deux mondes qui se connaissent souvent mal.
Un dirigeant et un élu... ancien dirigeant
Le premier tandem a réuni Jean-Charles Taugourdeau, maire de Beaufort-en-Anjou et député de la 3e circonscription du Maine-et-Loire et David Houmeau, dirigeant de Alufer Industries à Saumur, une PME de 14 personnes (1,4 millions d'euros de CA) spécialisée dans la fabrication de métallerie serrurerie qu'il a reprise à la barre du tribunal de commerce de Paris en juin 2015 (ex-filiale d'un groupe parisien) et qu'il dirigeait depuis 2010. Le jeune patron, adepte de l'entreprise libérée, et qui ambitionnait de « présenter son quotidien et faire changer la façon de voir » d'un élu sur le monde de l'entreprise s'est toutefois retrouvé face à un élu pas tout à fait comme les autres. Comme - seulement !- une petite douzaine de ses collègues du Palais Bourbon, Jean-Charles Taugourdeau est en effet un ancien chef d'entreprise. Il a créé puis dirigé pendant 20 ans une société horticole en Anjou et préside toujours un groupement d'employeurs. Ce qui fausse un peu le jeu... Mais qu'importe, l'initiative reste intéressante. Pour le jeune repreneur d'Alufer Industries, cette rencontre fut un moyen d'échanger avec un politique sur les soucis inhérents au métier d'entrepreneur et notamment d'attirer l'attention sur l'augmentation de la sous-traitance étrangère sur les chantiers. Outre le fait de tirer les prix toujours plus vers le bas grâce à des coûts de main-d'oeuvre plus faibles, ces sociétés emploient des hommes qui bien souvent ne comprennent pas le français. Un peu ennuyeux quand on partage le même chantier. « Même en terme de sécurité, ça pose problème. Comment expliquer certains risques ? Prévenir en cas de danger ? »
« Mettre 1? de sa poche pour en gagner 2 » Le moins que l'on puisse dire est que l'entrepreneur a trouvé un écho favorable auprès de Jean-Charles Taugourdeau. Le parlementaire n'a pas mâché ses mots pour parler du regard de ses collègues de l'Assemblée Nationale sur l'entrepreneuriat et de la pression fiscale sur les entreprises. « Ils ont une vision très vague de ce qu'est un dirigeant d'entreprise, de son quotidien. Ce sont pourtant les entreprises qui créent la richesse. Or aujourd'hui, on a tellement voulu protéger l'emploi qu'on a tué l'emploi. Il faut aussi revoir l'accès aux finances des TPE/PME. Maintenant, il faut une caution de 100.000 ? pour avoir 100.000 ! » Un discours finalement pas très loin de celui des syndicats patronaux. Et assez peu représentatif de notre classe politique...
Bénédicte Hascoët
C'est une idée de l'agence de développement saumuroise qui vise à rapprocher deux mondes qui se méconnaissent en mettant en tandem, 2 jours, un élu et un dirigeant.