C'est dans un panache de fumée blanche qu'a été dévoilé aux centaines d'invités le fameux nouveau moteur de Safran, lors d'une cérémonie organisée sur le site d'intégration d'Aircelle à Colomiers, le 15 avril dernier. Les deux premiers systèmes de propulsion Leap de série ont ainsi été livrés à Airbus, destinés à être installés sur le nouvel avion du constructeur, l'A320neo, qui sera vendu à la première compagnie aérienne ayant choisi cette motorisation - l'A320neo pouvant aussi être motorisé par Pratt&Whitney.
10.400 Leap à produire pour trois avionneurs
Chez Safran, deux sociétés sont particulièrement concernées : Snecma, via CFM International (joint-venture entre Snecma et l'Américain General Electric) qui fabrique le moteur, et Aircelle, qui en fabrique la nacelle. Le défi industriel qui attend ces deux acteurs est gigantesque. Sur les trois versions de ce moteur, prévues pour trois clients (Airbus, Boeing et le chinois Comac), le carnet de commandes s'élève à 10.400 moteurs. « Nous prévoyons de livrer 100 moteurs Leap en 2016, 500 en 2017, 1.200 en 2018, 1.800 en 2019, et 2.000 par an à partir de 2020 », détaille Olivier Andriès, le patron de Snecma. Des centaines de millions d'euros ont été investis par le groupe Safran et GE pour se préparer à cet ambitieux chantier industriel. Du côté d'Aircelle, ce sont 100 millions de dollars qui ont été injectés. L'usine de Colomiers, qui fait travailler 250 salariés, est dédiée à l'assemblage de la nacelle et à l'intégration du moteur et de la nacelle. Elle n'a pas échappé au lifting industriel indispensable pour assurer une montée en cadences inédite.
Robotisation et renforcement des équipes
« Nous avons reconfiguré nos outils industriels, rajouté de l'automatisation, de la robotisation, de l'ergonomie », souligne Jean-Paul Alary, président d'Aircelle. Les recrutements sont aussi de la partie : 100 personnes devraient être recrutées à Colomiers d'ici à 2019. Pour piloter les lignes de production et suivre les quelque 300 fournisseurs du programme Leap, Safran n'a pas lésiné sur les ressources humaines. Soixante personnes chez Snecma et trente chez Aircelle y sont dédiées. Chez Snecma, des sites de production ont été agrandis ou créés, notamment à Rochester (Etats-Unis), à Commercy (Meuse) et bientôt au Mexique où une nouvelle usine est prévue. « Nous assistons à la naissance de deux produits qui ont un avenir industriel extrêmement prometteur », s'est exclamé lors de cette cérémonie Didier Evrard, directeur des programmes d'Airbus. Chez Airbus, le Leap a déjà volé 700 heures dans trois avions d'essais de la famille A320neo. « Le Leap est au niveau de la performance attendue, soit une économie de consommation de carburant de 15 %, commente Olivier Andriès. Les retours des pilotes d'Airbus sont très positifs sur le fonctionnement de nos moteurs. » Le Leap tient aussi ses promesses via sa nacelle, qui n'est pas juste un capot : plus mature et plus fiable, plus légère (en matériaux composites à plus de 60 %), plus performante en terme d'aérodynamisme et de silence, plus facile à maintenir, a assuré Jean-Paul Alary.
55 % des parts de marché
Pour l'instant, du côté des compagnies aériennes, ce moteur détient 55 % des parts de marchés sur l'A320neo, par rapport au concurrent Pratt&Whitney. Une excellente situation pour CFM International, qui par ailleurs va équiper le Boeing 737 MAX et le C919, premier avion commercial de Comac. Ce dernier devrait effectuer son premier vol avant la fin de l'année.
Aéronautique. Les deux premiers systèmes de propulsion Leap ont été livrés à Airbus sur le site toulousain d'Aircelle. Ce nouveau moteur développé par Safran et GE tient ses promesses : une consommation de carburant réduite de 15 % pour l'Airbus A320neo.