Ecole, Académie, Tutorat... leurs noms différent mais derrière ces vocables se cache une réalité : les entreprises de la région s'investissent dans la formation au point de créer leurs propres dispositifs. Ainsi, Peggy Sage (Bonneville), dans le secteur de la beauté, propose à ces clients professionnels des sessions au sein de ses concept store (boutique et Académie de formation) afin de les accompagner dans leur projet de développement de compétences (prothésie ongulaire, modelage...). Chez Sigvaris, dans l'univers du textile médical (Saint-Just-Saint-Rambert), la mise au point, en interne, avec ses experts des modules opérationnels par métiers fonctionne sur le principe du tutorat pour accompagner la transmission des savoirs aux aux personnes en souhait d'évoluer dans l'entreprise. Charlott' (Chaponost) dans la vente directe de lingerie forme ses conseillères au management. Dès lors qu'elles encadrent plus de trois personnes, ces dernières peuvent participer au cursus créé en 2011. Enfin, LDLC.com (Dardilly), se lancera en septembre 2015. Son objectif ? Former des porteurs de projets numériques à la fois pour ses besoins personnels mais aussi pour le bassin rhônalpin.... Des exemples parmi d'autres mais qui montrent à quel point se doter d'outils et même de structures d'enseignement se montre stratégique.
Quels enjeux ?
Tous les secteurs sont concernés par cette révolution. Mais qu'est-ce qui motivent les entreprises à dispenser ces modules ? Premier élément de réponse : le manque de formation initiale ou l'inadéquation des parcours existants aux réalités de l'entreprise. Dans le numérique, le directeur général de LDLC.com regrette « la lenteur avec laquelle les écoles traditionnelles répondent aux attentes du marché. Aujourd'hui nombre de parcours sont teintés web mais pour autant, on reste sur des formations métiers (marketing, systèmes d'informations...) ». Et de poursuivre : « en entreprise, on cherche l'efficience. Et aujourd'hui, nous avons besoin de porteurs de projets intervenant très tôt dans la définition de la stratégie de l'entreprise et capables de l'accompagner dans la durée ». Dans le domaine de compétence de Sigvaris, les structures de formation initiale dans le domaine du textile ont presque toutes disparu. Aussi, « nous devons assurer une formation en interne plus dense », intervient Christine Zajac-Thomas, responsable développement des ressources humaines de Sigvaris. Sur ces aspects, au service formation de la CCI, le son de cloche diffère quelque peu. « Ces écoles sont des structures pour tester de nouveaux développements. Elles permettent aux entreprises d'être plus opérationnelles dans la conduite du changement ».
Laboratoire d'idées
Ce rôle d'incubateur des cursusus, les entreprises le reconnaissent volontiers. « Avec nos concept store, nous pouvons faire une veille perpétuelle, être au plus proche du terrain, détecter très rapidement les nouvelles tendances », précise Caroline Vaglio, directrice marketing et communication de Peggy Sage. A noter aussi que ces entreprises ne tournent pas complètement le dos à l'enseignement traditionnel. En effet, Sigvaris reste proche du Lycée Jacob Holzer de Firminy qui propose un bac Bac Pro Matériaux Industrie Textile. Et Peggy Sage intervient dans les diplômes d'esthétique pour faire des démonstrations notamment. A la Charlott' académie, le contenu théorique dispensé se rapproche de celui des écoles de commerce : leadership, gestion du temps... Preuve que les cursus initiaux n'ont pas "tout faux". Autre motivation à créer des structures de formations dédiées : le besoin de pousser le discours de marque, de transmettre des savoir-faire internes spécifiques, de travailler sur des cas concrets... « A la charlott'Académie, il nous arrive de travailler à partir d'une difficulté rencontrée par une participante », atteste Lydia Delbosco, chargée de la coordination des formations de la marque de lingerie. En parallèle, apprendre reste un bon levier pour motiver et fidéliser. Pour Charlott' où les conseillères sont des indépendantes, ce cursus a une valeur particulière. Il vient confirmer l'investissement de l'entreprise aux côtés "des filles". Du côté de Peggy Sage, « ce service aux pros garantit un plus grand attachement à la marque et à ses produits ». Et pousse donc les ventes.... La formation, un moyen de booster le CA des entreprises ?
Face à une offre de formation initiale pas toujours convaincante ou un besoin de fidélisation des clients ou des collaborateurs accru, les entreprises imaginent des cursus au service de l'acquisition de connaissances et de compétences.