Les prochains mois s'annoncent difficiles pour les entrepreneurs rhônalpins. Alors qu'il entamait tout juste une période de rémission, le secteur du BTP scrute attentivement la nouvelle crise de la dette qui menace les états Européens. Non sans une certaine inquiétude. «Nous sommes partis en vacances cet été le coeur léger et nous sommes revenus en septembre avec l'impression que le ciel nous était tombé sur la tête», résume Denis Cavat, vice-président de la fédération BTP Isère. Le 1er semestre avait pourtant bien commencé. En Rhône-Alpes, le nombre d'autorisations pour les logements neufs a crû de 14,2% par rapport à 2010, tandis que les mises en chantier de logements neufs ont augmenté de 30% (contre 12% et 16,5% pour la moyenne nationale). En temps de crise, il semble que plusieurs consommateurs se soient ainsi repliés vers la valeur refuge de la pierre. Mais la tendance s'est brusquement inversée sur les trois derniers mois puisque les mises en chantiers en Rhône-Alpes ont dégringolé de 21,8%.
L'emploi et les prix menacés
Cette baisse est d'autant plus inquiétante pour le BTP que la reprise de l'emploi, qui était essentiellement passée par l'intérim (+11,5% sur un an contre -1,1% pour l'emploi salarié), se trouve aujourd'hui menacée. «Une contraction des marchés dans les prochains mois entraînerait mécaniquement une réduction des effectifs», prévient Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment en région Rhône-Alpes. Si, pour l'instant, les carnets de commandes des entrepreneurs locaux restent bons, les prix ont néanmoins tendance à être revus à la baisse. Dans le Rhône, un département qui concentre près de 30% de l'activité régionale, «on observe une dégradation des prix et de la trésorerie des entreprises. Les délais de paiement avancés par la loi LME ne sont pas toujours respectés», affirme Gilles Courteix, président de la Fédération BTP Rhône. Autre problème: l'application de mesures réglementaires comme les diagnostics amiante ont eu pour effet de ralentir la mise en route des chantiers. Résultat: pour compenser ces périodes creuses et réaliser leur chiffre d'affaires, «les entreprises doivent en faire plus», résume Gilles Courteix.
2012, année électorale
Et ce n'est pas le premier semestre 2012 qui devrait arranger les choses, puisque la tenue des élections présidentielles et législatives pourrait ouvrir la voie à une période de flottement. Confrontés aux politiques de désendettement des collectivités locales qui retoquent leurs commandes à la baisse, les professionnels du secteur voient aussi d'un mauvais oeil la frilosité des banques qui prêtent moins facilement. Sans parler du récent coup de rabot porté au dispositif Scellier en 2012, en vertu duquel les réductions d'impôt pour l'achat d'un logement neuf passeront de 22% à 14%. Après avoir bénéficié temporairement de cette annonce qui a suscité des records de ventes au mois de septembre, l'Union des constructeurs immobiliers de France (UCI - FFB) s'attend à ce que le premier semestre 2012 sonne un coup d'arrêt pour la commercialisation des logements neufs. «Quel que soit le résultat des élections, il y aura une politique du logement qui nous permettra d'avoir plus de visibilité au second semestre», estime Dominique de Sauza, président de l'UCI - FFB. Ceux qui attendaient une baisse du prix de vente du neuf comme de l'ancien seront déçus, détaille Dominique de Sauza. «Les régions du Rhône et de l'Isère ont un solde migratoire positif: il existe de vrais besoins de logement auxquels il faut répondre et le manque de production de logements fait que les prix de l'ancien devraient rester collés à ceux du neuf.»
BTP. Après deux années très chahutées par la crise, le secteur de la construction redresse timidement la barre mais accumule les incertitudes pour 2012.